Des (nouveaux) commissariats pour remplacer les (anciennes) toilettes publiques

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« Et même le plus réticent finira par se convertir, par la force ou de plein gré, grâce à nos sentiers déjà bien balisés et il pourra atteindre la plus parfaite pureté ou bien mourir ... » Anonyme (1728)

Etant entendu que même s’il est plus heureux de parler des toilettes que de la police, nous devons bien nous rendre compte que si la fosse septique est bouchée et que l’on souhaite y remédier, il faut bien mettre la tête dedans. Et s’il est facile de désengorger celle des isoloirs digesteurs, nommés aussi toilettes publiques, qui nous procurent un certain plaisir (ou nous libèrent d’un fardeau) après utilisation et dont l’espèce est en voie de disparition, il est beaucoup plus difficile de décrasser le marécage moisissant et gardien de l’ordre qui pourrit encore plus facilement en contact avec l’air du discours sécuritaire. On commence à se soucier (ou à nous faire croire qu’on s’en soucie) de l’augmentation excessive des gaz à effets de serre mais on s’inquiète moins (surtout dans les médias) de l’augmentation des discours à effets sécuritaires.

Plutôt que de s’attarder à un terme un peu à la mode - l’insécurité - qui est surtout là pour faire fantasmer certains frustrés tout en oubliant de parler de problèmes qui pourraient réellement mettre en danger notre sécurité, comme le nucléaire dont on nous dit qu’il s’inscrit dans le cadre du développement durable (une notion qui a moins de sens encore qu’anarchiste de droite), il pourrait être intéressant de parler de pro-blèmes (et de solutions) concrets. Lors du contre-sommet du G8 on a pu entendre la formule « ils sont huit nous sommes des milliards » qui témoigne bien de la volonté de se dérespon-sabiliser des causes des maux de ce monde : c’est de leur faute à eux, les huit maîtres du monde, et nous n’y sommes pour rien.

Il serait temps de comprendre comme l’expliquait La Boétie il y a quelques siècles, ou Aldous Huxley il n’y a pas si longtemps, que si nous sommes esclaves c’est parce que nous le voulons bien. LasséEs de ces slogans au moins autant dénués de sens qu’ils étaient nombreux, certainEs ont plutôt décidé de mettre en place un village autogéré (devinez lequel) et donc d’affronter concrètement les pro-blèmes et les contradictions que suppose la vie collective en permettant une participation de toutEs aux décisions et aux tâches comme la préparation des repas, le nettoyage, la construction de mobiliers ou des toilettes... Ceci montre l’importance d’actions et de réflexions concrètes.

Les aménagements comme la construction de commissariats (ou de parkings qui nous englutinent encore plus dans la mare à voiture) et la disparition des toilettes publiques (ou des endroits de rencontre comme la place du Pont) concernent chaque jour la vie des individus qui vivent dans cette ville. Oui tous les jours la police est là pour cadrer nos vies et nous faire vivre dans un climat nécrophage (demandez à la famille de Nicolas Billotet tué par des policiers avec huit balles dont trois dans la tête en mars dernier dans le 9e).

Oui, la disparition des toilettes est une mesure incitative à rester chez soi tout comme les rues remplies de voitures empêchent la vie de quartier de se dérouler pleinement à l’air libre et créent une barrière sociale de part et d’autre de la chaussée. Oui, c’est dans un but d’asseptisation sociale, une volonté de nettoyer, de débarrasser les squats, les sans papiers, les sans abris, de conformer en fermant ou en limitant (à l’aide de réglementations du niveau de bruit par exemple) les bars, les espaces culturels, les salles de concert en fin de compte la volonté de purifier la ville pour qu’à la fin il ne reste plus rien et que l’on se retrouve dans le désert qu’on est en train de fabriquer.

Cette muséïfication de la ville où celle-ci devient un décor où l’on passe mais où on ne vit pas permet aux vendeurs de tourisme de faire rêver les gens en leur montrant une ville resplendissante conforme à un idéal créé dans une agence de communication. Tout comme on vend avec l’image de femme-objet, parfaite, purifiée au maximum, de même on vend avec l’image de la ville-objet en tuant toutes formes de vie se trouvant derrière cette image par javellisation de tout ce qui ne corresponderait pas au modèle. Ici les toilettes n’ont par leur place et si vous avez envie de faire vos besoins, retenez-vous ou allez consommer quelque chose à boire ou à manger, sans même avoir ni soif ni faim. Les chiens et deux trois autres restent les derniers rebelles, mais sur du bitume reluisant les excréments ne brillent pas toujours. Un type raconte « la première fois que je suis venu à Lyon en m’balladant j’ai eu envie d’aller aux toilettes. J’en ai pas trouvé alors j’ai pissé dans la rue. Des flics m’ont vu et m’ont demandé mes papiers et ont failli me mettre une amende pour comportement outrageant sur la voie publique... ».

La ville est un espace de vie où l’on doit favoriser l’échange et l’entraide. Alors que nos attitudes sont de plus en plus cloisonnées derrière notre petit moi où chacunE est somméE de consommer-travailler et de rester chez soi , on gagnerait à apprendre à vivre à l’extérieur, à se réapproprier les rues, à crier, à courir, à jouer au milieu de celles ci, recréer des endroits pour divaguer ou dormir dehors A l’heure où l’on dénonce la privatisation des services publics, il serait important de ne pas condamner à la sphère privée ce service qui permet aux gens d’effectuer leur besoins. Ce serait une opportunité pour valoriser ces excréments et donc diminuer les déchets, moins utiliser d’eau et éventuellement créer de l’énergie. Les enjeux de la réappropriation de l’espace public sont considérables, reconstruire des toilettes publiques gratuites au lieu de construire des commissariats peut être un moyen concret pour y parvenir.

Didier

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