Halte à la terreur en Tchétchènie !

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23 février 2004 : 60e anniversaire de la déportation des Tchétchènes et des Ingouches. Il y a soixante ans, le 23 février 1944, 480 000 Tchétchènes et Ingouches furent déporté-e-s vers les steppes du Kazakhstan et du Kirghizistan. Des dizaines de milliers de personnes ont péri au cours de leur déportation. Le nettoyage ethnique continue encore maintenant en Tchétchénie. Des personnes disparaissent aussi fréquemment qu’elles disparaissaient dans la période la plus sombre de la répression sous Staline.

À LYON, MERCREDI 23 FÉVRIER À 19 HEURES,
PLACE DES TERREAUX :
Venez tous manifester votre solidarité avec le peuple tchétchène qui commémore ce jour-là l’anniversaire de sa déportation par Staline en 1944.


Le Comité Tchétchènie de Lyon
 [1] appelle à ce rassemblement pour que tout le monde sache que la guerre continue en Tchétchènie et fasse pression. Il est présent de façon permanente chaque mardi de 18h à 19h sur le perron de l’hôtel-de-ville, pour essayer, face à la chape de plomb imposée par la Russie, d’apporter des informations sur ce qui se passe en Tchétchénie, où les journalistes sont interdits d’accès, et de mettre ensemble des moyens d’action et de solidarité.

On assassine tous les jours en Tchétchènie.

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Le 18 février dernier, à environ 20h00, une voiture a été mitraillée près d’un point de contrôle sur la route reliant les villages Kourtchaloï et Novaïa Jizn. Tous les cinq passagers ont été tués, leurs corps étant retrouvés plus tard dans la forêt de l’arrondissement Leninski de Grozny. Selon l’enquête judiciaire, l’une des thèses retenue est celle de l’implication des forces fédérales.

D’après "Memorial", une ONG russe très combative, la plupart du temps on ne retrouve pas les corps qui sont enterrés dans des fosses communes ou déchiquettés à l’explosif.

Cependant en avril 2004, à Douba-Iourt, les corps de huit villageois, enlevés par des soldats russes, ont été retrouvés dans un charnier au bord d’une route. Saîd y a retrouvé le cadavre de son fils Idriss, qui avait été enlevé quinze jours auparavant par des soldats russes. Les soldats, qui avaient fait irruption avec des blindés, portaient des cagoules noires, comme souvent lors des rafles nocturnes qui, depuis deux ou trois ans, sont devenues une macabre routine dans la région. Ils ont distribué des coups de crosse, lancé des injures, et traîné Idriss, qui n’a pas eu le temps de s’habiller, hors de la cour.

Entailles profondes de couteau sur le torse et dans le dos, plantes de pieds brûlées, crâne fracassé, doigts brisés, dents arrachées, impacts de balles dans les cuisses et dans la nuque, larges plaies sur les épaules et les reins : voilà dans quel état se trouvaient les dépouilles ensanglantées de ces personnes kidnappées.

« Quel être humain a pu faire ça ? Ce sont des monstres ! Il n’y a ici aucun pouvoir digne de ce nom, il n’y a pas un gramme de loi. Ici se déroulent le meurtre, la barbarie et le vol », s’émeut Saïd. « Ils tuent nos jeunes hommes comme du bétail, ils les massacrent sans même demander leur nom. Les Russes veulent une seule chose, c’est nous chasser d’ici, de notre terre. Mais nous ne partirons pas, car nous n’avons nulle part où aller. Je serai enterré ici. J’ai vécu la déportation - le 23 février 1944, Staline avait ordonné la déportation de tout le peuple tchétchène par wagons à bestiaux vers l’Asie centrale - ; je suis né dans un wagon de train, et ma famille a connu la faim au Kazakhstan. Nous sommes rentrés à Douba-Iourt le 20 mai 1957 ; nous sommes rentrés de la déportation, et nous ne partirons plus », affirme le vieil homme, qui n’a pas peur de parler, et ce simple fait constitue une sorte d’exception en Tchétchénie, où la crainte de représailles par les militaires russes ou leurs supplétifs locaux pousse de nombreuses victimes d’exactions au silence.

Voici un des extraits des informations qui sont distribuées mardi après mardi par le Comité Tchétchènie de Lyon :

« Aslan Maskhadov, président de la Tchétchénie en 97, appellent les Occidentaux à réagir.

Le président indépendantiste tchétchène Aslan Maskhadov a appelé les Occidentaux à sortir de leur silence sur la Tchétchénie et à pousser la Russie à accepter des négociations, après l’annonce d’un cessez-le-feu unilatéral des rebelles, dans un message publié sur le site indépendantiste www.kavkazcenter.com, mardi 8 février.
Les indépendantistes tchétchènes "sont prêts à démontrer leur volonté de paix et appellent l’ONU, l’UE, le Conseil de l’Europe, les gouvernements des pays démocratiques d’Europe et les Etats-Unis à rompre avec l’immobilisme et à s’impliquer plus activement dans le plan de paix que nous proposons", déclare M. Maskhadov.

Depuis le 1er février, M. Maskhadov a décrété un cessez-le-feu unilatéral, appelant le Kremlin à accepter des négociations "sans conditions préalables". Le cessez-le-feu et l’offre de négociations visent à "endiguer la menace qui pèse non seulement sur notre peuple, mais sur tous les peuples de Russie et du Caucase en raison de la guerre sanglante qui se poursuit pour la sixième année en Tchétchénie, et est depuis longtemps sortie des limites fixées par le Kremlin", ajoute M. Maskhadov. Selon lui, des "processus complexes et profonds, en cours aujourd’hui dans le Caucase, mènent irrémédiablement cette région à une catastrophe d’une ampleur plus importante".

L’offre de Maskhadov avait été rejetée lundi par un porte-parole du Kremlin, qui qualifie toujours le leader indépendantiste de "terroriste". Le président indépendantiste a pourtant toujours tenu à se démarquer des positions des chefs de guerre radicaux, condamnant notamment les prises d’otages et les attentats visant des civils sur le territoire russe. »

Et le gouvernement français, contrairement à ce qu’il semble dire, ne tient-il pas à soutenir le gouvernement russe en expulsant les Tchétchènes qui se sont réfugiés en France ?

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Une famille de 28 personnes dont 12 enfants (6 nés en France) attendent depuis plus de 4
ans que la France leur accorde l’asile politique. Ils viennent d’un pays en guerre depuis 10 ans, la Tchétchénie, d’une ville
en ruine, Grozny au sein d’un Etat, la Russie, où ils ne sont nulle part les
bienvenus. Des membres de ces familles ont été tués, d’autres frappés, mais
en décembre 2004, ce droit d’asile leur était refusé. Aujourdhui, le sort de chacun de ces réfugiés est entre les mains du
préfet de l’Ain qui n’écarte pas, pour certains d’entre eux, la possibilité
d’une reconduite hors du territoire.

Après le sit-in des lycéens à Bourg, les actions des élèves, des enseignants et des parents d’élèves à Miribel et Trévoux, le Comité Tchétchènie de Lyon appelle à continuer la
mobilisation pour que tous aient un titre de séjour et aient enfin le droit
de travailler. Ce n’est que justice !

A Moscou, aussi, des opposants, et notamment des anarchistes, appelle à une
Manifestation contre la guerre en Tchétchènie le 23 février à 13h30, près du monument de Mayakovskiy (métro "Mayakovskaya").

« Le 23 février 2004 est un jour férié en Russie. Mais pour nous il n’y a rien à célébrer pendant ce jour. Nous ne célébrons pas ce jour parce que nous ne reconnaissons pas la patrie (Russie, Tchétchènie ou n’importe qu’elle autre) qui "protège", occupe des territoires, kidnappe des personnes, interroge, tue, fixe les résultats des élections, organise une propagande raciste et organise des actes terroristes. Nous sommes les ennemis de chaque Etat, parce que c’est en leur nom et dans leurs intérêts que les crimes les plus terribles sont commis.

La guerre en Tchétchènie n’apparaît plus dans des bulletins d’informations, mais ceci ne signifie pas qu’elle n’existe pas en réalité. Les actes de terreur dans les villes russes sont la répercussion terrible de cette guerre.

Quotidiennement, les gens périssent et disparaissent dans le territoire de cette république minuscule. Des soldats traumatisés sont conduits à la cruauté, puis à leur retour chez eux et pendant des années ils ne peuvent pas retourner à "une vie paisible", ils joignent les rangs des forces spéciales ou du crime organisé, prêt à tuer sur les ordres de n’importe qui.

Cette guerre a été déclenchée de sorte que Poutine ait pu devenir président. Quatre années ont passé mais la guerre continue. Nous ne pensons pas qu’un autre président sera meilleur - les conflits ethniques ont été toujours exploitées par des politiciens pour leurs propres intérêts. Seule l’association volontaire et indépendante des personnes en dehors des frontières politiques - pour la paix et la solidarité - peut nous donner la chance de vivre en dehors de la guerre et de la violence. Seulement un mouvement pacifiste de masse arrêtera cette guerre. »

Notes

[1Comité Tchétchènie de Lyon
chez LDH 5, place Bellecour 69002 Lyon (06 82 45 60 28)
comitetchetchenielyon@hotmail.com

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