L’air, un produit « rentable » pour Le Progrès

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Comment l’on pense l’écologie aujourd’hui dans la classe dominante ? Un simple produit où il faut investir avec pour seul but un retour sur investissement, illustration avec un article du Progrès.

Ça commence avec un article [1] du Progrès au titre pour le moins surprenant Qualité de l’air : « c’est rentable d’investir » et au châpo liminaire "la qualité de l’air ne se limite pas aux enjeux sanitaires…" Tout est posé. L’article rédigé par Sylvie Montaron semble être une synthèse de la conférence de presse de Marie-Blanche Personnaz directrice générale d’Air Rhône-Alpes [2]. Un article où se déploie une vision de l’écologie pour le moins singulière, l’objectif principal d’une amélioration de la qualité de l’air à Lyon n’est sûrement pas d’éviter l’accroissement de risques de maladies respiratoires ou cardio-vasculaires, de protéger un éco-système extrêmement fragile.

Toutes ces histoires de préservation de la nature, des risques que peuvent engendrer une mauvaise qualité de l’air, l’ensemble de ces dangers sont bien futiles face au profit économique potentiel que l’on pourrait tirer d’une amélioration de l’air, l’enjeu central, sinon vital, en ce qui concerne l’amélioration de la qualité de l’air dans l’agglomération lyonnaise, c’est bien évidemment « d’attirer des familles d’actifs avec de jeunes enfants, particulièrement soucieuses de la qualité de l’air ».

On le sait bien, un air pur, un éco-système préservé, il n’y a que les « actifs » pour le mériter. Pas n’importe quels "actifs". C’est qu’à travers cette expression, "familles d’actifs avec de jeunes enfants" se dessine le profil de ceux que le marketing et la sociologie couchée nomment les CSP+ ; à savoir la catégorie socio-professionnelle la plus favorisée. Une classe sociale aisée où l’on retrouve pèle-mêle : les chefs d’entreprises, les commerçants, les artisans ou encore les professions intellectuelles supérieures ou intermédiaires. En bref, une classe sociale qui a le privilège de choisir son cadre de vie, qui les moyens de se soucier de la qualité de l’air de la ville où elle compte vivre. L’intérêt de toucher cette classe sociale étant bien évidemment de poursuivre la politique d’embourgeoisement de la ville, avec notamment la piscine la plus chère de France (Guillotin vous racontait ça sur Rebellyon). Une classe sociale donc qui ne se plaindra sûrement pas du prix exorbitant des infrastructures lyonnaises et de la gentrification déjà bien avancée de la ville.

Second argument pour une amélioration de l’air, le tourisme bien évidemment, après le souci envers les "familles d’actifs avec de jeunes enfants", nous n’allions surtout pas nous tourner vers les pauvres, surtout pas, parce que nous explique, Sylvie Montaron, « investir dans la qualité de l’air c’est aussi rentable, pour le tourisme (…) de mauvaises données (concernant la qualité de l’air) peuvent donc dissuader des touristes potentiels ». Là également il s’agit d’attirer des touristes issus des classes les plus aisées. La logique est simple, extrêmement claire, une meilleure qualité de l’air pousserait les touristes, ayant les moyens de se soucier de la nature de l’air de la ville qu’ils comptent visiter, à choisir Lyon, des touristes qui tout au long de leur séjour feraient quelques menues dépenses qui créeraient des emplois pourquoi pas, généreraient plus de profits,et nous retombons ainsi dans la logique si chère au capitalisme, celle d’une expansion infinie de la croissance. Cette logique qui fait justement tant de mal à notre éco-système.

Puis mollement, en dernier argument donc, l’article de nous citer les effets ou plutôt les méfaits de la pollution de l’air, « des nécroses sur les feuilles d’arbres, et à long terme, un affaiblissement de la croissance des plantes touchant en particulier les cultures agricoles ». Voilà, pour se donner bonne conscience tout de même. Là où il avait fallu plus de 8 lignes pour développer cette idée de la rentabilité de l’air, il en aura fallu que quatre pour expédier les conséquences d’une mauvaise qualité de l’air sur l’éco-système.

Par cette hiérarchisation des priorités liées à l’amélioration de la qualité de l’air se dresse en quelques lignes une vision marchande de l’air qui est bien dans… l’air du temps, celle qui voit dans tout ce qui nous entoure un simple investissement. Toujours cet objectif du profit. Tout peut être rentabilisé, tout doit être calqué sur des objectifs marchands. Se dresse là non pas une écologie, mais simplement une vision capitaliste de l’écologie. Il s’agit d’investir dans un bien, de transformer ce bien, ici l’assainissement de l’air, avec l’objectif d’en retirer une plus-value à savoir les répercussions pour la ville en terme d’emplois et de consommations liés au tourisme ou à l’augmentation de la taille d’une ville avec la venue de « familles d’actifs ». Nous ne sommes aucunement dans une visée écologique, comme tendrait l’indiquer la rubrique dans laquelle figure l’article, "environnement", des propos qui auraient leur place dans la rubrique économique, déjà bien étoffée, au Progrès.

Karim Van

Notes

[1Paru le 17 Mai 2017

[2Atmo Auvergne-Rhône-Alpes est l’observatoire agréé par le Ministère de la Transition écologique et solidaire, pour la surveillance et l’information sur la qualité de l’air en Auvergne-Rhône-Alpes.

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