Les biotechnologies n’ont plus de fondement scientifique

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Biovision/Biosquare

Lettre à Gérard Collomb, Maire de Lyon, Président du Grand-Lyon,
aux membres du Conseil Municipal de la Ville de Lyon,
du Conseil de la Communauté Urbaine du Grand-Lyon,
du Conseil Général du département du Rhône,
du Conseil Régional de la région Rhône-Alpes

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biovision ou biomyopie ?

En 1999, Ralph Hardy, ancien directeur des « sciences de la vie » de DuPont expliquait ce qu’était le vivant aux sénateurs états-uniens en des termes que ces derniers pouvaient facilement comprendre : « L’ADN (le top management) dirige le formation de l’ARN (l’encadrement intermédiaire) qui dirige la formation des protéines (les ouvrières) ». Au fond, la vie est une entreprise capitaliste. Politicien lui aussi, Monsieur Barre, de plus économiste et maire de Lyon, pouvait comprendre facilement ce langage. Il a voulu faire de sa ville la capitale européenne des biotechnologies en créant cette cérémonie coûteuse appelée « Biovision ».

Il importe peu que M. Barre se soit trompé ou ait été trompé. A force de se vouloir visionnaires, les politiciens sont des proies faciles pour les spécialistes des relations publiques dont la tâche est de les rendre aveugles et sourds. Une immense propagande techno-scientifique s’emploie à les désinformer au nom du “Progrès”, de la compétitivité, de l’Emploi et réussit d’autant plus facilement à les abuser qu’ils ont eux-mêmes, bien imprudemment, mis la science et la technologie au service des intérêts industriels et financiers, sans même se soucier de conserver une expertise indépendante. Mais entre la première célébration en 1998 de notre avenir biotech radieux, et la nouvelle cérémonie, le paysage scientifique a si bien changé que ce qui pouvait passer pour une anticipation visionnaire s’avère maintenant comme une myopie gaspilleuse, qui ne se poursuit que parce qu’il existe dans la ville de Lyon une bureaucratie dont l’intérêt est de poursuivre cette chimère.

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La découverte de la double hélice de l’ADN en 1953 fait du décryptage du code génétique LE grand problème auquel s’attaquent sans guère de succès les scientifiques de toutes disciplines. En 1958, Francis Crick, co-découvreur de la double hélice, le simplifie avec deux hypothèses géniales qui ouvrent la voie au succès : « l’hypothèse séquentielle » - à un gène correspond une protéine - , et le « dogme central de la biologie moléculaire » - l’information génétique une fois passée de l’ADN dans les protéines n’y revient pas. Ce triomphe scientifique bouleverse la biologie.
Tout d’abord, ces hypothèses deviennent vraies puisqu’elles « marchent ». Dans l’ADN se cache la connaissance ultime du vivant. La vie procède de cette molécule magique, comme une entreprise de son PDG.

Ensuite, la recherche se concentre logiquement sur les programmes industriels de décryptage des génomes. Penser est désormais inutile. La biologie devient une question de techniques, de financement, d’organisation. Sa structure reflète la conception du vivant à la Hardy avec son « top management » d’entrepreneurs-directeurs de laboratoires, son encadrement intermédiaire de chercheurs sous contrats et ses innombrables petites mains précaires de doctorants.
Ensuite encore, ces hypothèses nourrisent la vieille conception cartésienne du vivant comme « bête machine ». Elles ouvrent la voie à son industrialisation. Il suffit de transférer un gène pour introduire la fonction correspondante dans l’organisme de son choix.
Enfin, puisque le gène est une « matière vivante » qui « fabrique une protéine », il devient possible de le breveter. Ce que les Etats-Unis entreprennent dès 1980.

En 2000, le soi disant décryptage du génome humain porte le coup de grâce à cette « doctrine de l’ADN » : l’espèce humaine a trois à dix fois plus de protéines que de gènes. En d’autres termes, les biotechnologies n’ont plus de fondement scientifique. Le vivant que l’on croyait simple apparaît maintenant d’une complexité inouïe et des chercheurs ont pu écrire, par exemple, que les « diagrammes de régulation des gènes ressemblaient de plus en plus à des explosions dans des usines de spaghetti. » Il n’est guère étonnant que les promesses extravagantes ont été autant d’échec que le complexe génético-industriel masque par des promesses encore plus extravagantes.

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Devant l’hôtel de ville de Lyon, soutien aux faucheurs volontaires en procès le 13 avril à Orléans, et refus du colloque « biopognon »

Dans ces conditions, une collectivité publique doit-elle financer une opération de propagande pour des entreprises pharmaceutiques :

- qui dépensent trois fois plus d’argent en marketing qu’en recherche (le tiers du chiffre d’affaire contre 12-15%)  ?

- dont la recherche est elle même dominée par le marketing au point qu’elle est quasi-stérile et dépend du pillage des résultats de la recherche publique  ?

- qui utilise l’aspect thérapeutique, argument souvent avancé, n’étant en fait qu’un remède du mal par le mal, au lieu de résoudre les problèmes par une meilleure qualité de vie  ?

- qui condamne à mort des dizaines de millions de malades dans le monde en les privant de médicaments essentiels au nom de la défense des brevets  ?

- et dont le taux de profit est le plus élevé de tous les secteurs industriels (environ 17 % du chiffre d’affaire, alors que, par comparaison, le taux de profit de l’industrie automobile est de l’ordre de 3%, en sachant que les automobiles fonctionnent, ce qui n’est pas toujours le cas des médicaments)  ?

Nous ne le pensons pas.

En conséquence, nous exigeons qu’aucun financement public n’aille dorénavant à Biovision. Nous suggérons que les collectivités publiques financent à la place un comité indépendant destiné à faire la lumière sur le fonctionnement d’une industrie dont le seul mérite est d’assurer des revenus et des dividendes obscènes à ses dirigeants et à ses actionnaires aux dépens de l’intérêt public.

Le Collectif du Festival des Résistances et des Alternatives de Lyon 2005

P.-S.

Les groupes ou organisations qui désirent signer cette lettre peuvent le faire ci-dessous un peu plus bas. Merci.

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