Petite histoire médiatique d’un racisme ordinaire

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En nous ressassant tout un vocabulaire spécifique aux « jeunes de banlieue », les médias réveillent en nous - la société - de vieilles haines dont celles du pauvre, du jeune et de l’étranger.

Tout d’abord l’expression « jeune de banlieue », est une profonde aberration. Une banlieue n’étant que la périphérie d’une grande ville, les jeunes de Neuilly, sont aussi des « jeunes de banlieue ». La violence de ce terme réside donc dans l’implicite. Banlieues et quartiers, dans le langage médiatique signifie : zones délabrées, (sur)peuplées de chômeurs et de jeunes voyous violents où il ne fait pas bon s’y promener. En plus elles sont sûrement le foyer de cellules terroristes islmamistes liées à Al-Qaida (sic !). Pour les médias la menace est donc à l’intérieur, dans les « cités ». Zone que l’on qualifie aisément de « non-droit » comme si nous étions en période de guerre. Mais l’Etat est bien en guerre contre les pauvres et les jeunes. Des jeunes voués, selon les médias et les politiques, à être des brûleurs de voitures.

L’utilisations du terme émeutes, au lieu de révoltes a servi à décridibliser ces événements en les réduisants à une histoire de jeunes, manipulés par les dealers et les imams, brûlant des voitures et criant « Nik’ Sarkozy et la police ». Or les émeutes ne sont pas que cela. Il y avait de la révolte chez ces jeunes. Une révolte violente face aux violences quotidiennes : le racisme, la précarité, les rondes de CRS, la façons dont on parle d’eux dans les médias, etc. Pour tous les jeunes qui ont participé à ces événements, les motivations n’étaient pas les mêmes, révoltes politisées pour certains, casser du flic pour d’autres, exteriorisation des frustrations accumulées, etc. Les médias ont vouluent faire d’événements hétérogènes un mouvement homogène ; cela arrange tout le monde. Et on entretient toutes les confusions entre résidants des cités et populations d’origines maghrébines, entre maghrébins et musulmans, et entre musulmans et intégristes. Derrière chaque maghrébin se cachant un islamiste et donc un terroriste potentiel. Voilà ce que nous ont montré les médias.

Pour en finir avec les amalgames, on nous ressort que la polygamie serait responsable des récentes violences urbaines. En effet, on sait très bien que si l’on dit que la polygamie est une des causes des violences qui ont frappées les banlieues, on dit d’une certaine manière que ce sont les « arabes », qui sont responsables de ces violences. Et du même coup que les parents d’origines maghrébines n’ont aucunes responsabilités parentales, et qu’ils ne savent pas éduquer leurs enfants. On punit donc les parents au motif qu’ils manquent à leurs devoirs parentaux. L’Etat n’a pas à dicter comment éduquer ses enfants.

Si l’on se penche sur le discours des médias en général depuis les années 60 (même sûrement avant), on remarque une forte tendance à stigmatiser les jeunes dans leurs rapports quotidiens. Ce fut ce qu’on a appelé les Blousons noirs, puis les beatniks avec les cheveux longs, ces « jeunes » que l’on présentait comme violents et drogués. Désormais, c’est le « Jeune de banlieue ». C’est un véritable concept journalistique et politique. Le « jeune de banlieue » est d’origine maghrébine, en échec scolaire, fume du shit, il est voleur et violent, s’habille avec des marques et écoute du rap dont les paroles incitent à la violence. Voilà le portrait du jeune de banlieue pour les médias et les politiciens.

Tous les amalgames qu’ont faits les journalistes pendant et après ces événements (mais même avant), de manière continue lorsqu’ils relataient les voitures brulées dans les cités des banlieues strabourgeoises, lyonnaises et parisennes ; ne font qu’une chose : Accroître la peur du jeune et de l’étranger. La peur ainsi ancrée dans le collectif, provoque le repli et la crispation sur des repères que l’on pense sûrs et stables. Ils ne serait pas étonnants d’assister à une augmentation des manifestations du racisme ordinaire et latent de notre société et à une montée du repli identitaire et des idées nauséabondes qui l’accompagnent. Nous l’entretenons chaque jours.... Ce n’est pas Le Pen qui est dangereux en soi, mais ses idées. Or toutes les dernières mesures prises par le gouvernements n’ont sucitée que des encouragements et de très faibles et timorées réactions. Nous assistons à une réhabilitation en douce de la double peine, à des restrictions sur le droit à l’immigration, à un renforcement du flicage des banlieues et de nos vies (vidéosurveillance omniprésente, présence toujours plus forte de la police dans les rues, etc.). Et tout cela par un Etat dit « démocrate et républicain » et avec une population passive et insouciante. (Connaisez vous l’histoire de la grenouille que l’on fait bouillir ?) Ce n’est pas parce que ceux qui prennent ces mesures ne sont pas au FN qu’ils sont obligatoirement de grands démocrates humanistes.

Il est nécéssaire d’avoir une démarche critique face aux informations que, bien souvent à dessein, on nous matraque à longueur de JT. Nécéssaire aussi de s’opposer aux manifestations communes du racisme quotidien et de la lepenisation des esprits. Nécessaire encore de s’opposer au sécuritaire et au totalitaire que la manipulation de l’opinion publique par les médias a permis de mettre en place dans l’indifférence générale. Halte à l’Etat d’urgence et à toutes les application de la doctrine sécuritaire.

Solidarité avec tous les révoltés, ici comme ailleurs. Parce que tant que les pauvres se battront entre eux, les riches et les puissants dormiront tranquilles !

Groupe Durruti de l’Union de Groupes Anarchistes Lyonnais

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