Sono-détonne II

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Yannick « Dynamite » a débuté sa carrière d’activiste punk en animant des émissions sur Radio Canut : « Pavillon 36 »(rock français), puis « A toute berzingue » (punk).

Lorsqu’il cesse ces activités, c’est pour lancer en mai 1998 le mini-zine gratuit Dynamite (20 numéros jusqu’à maintenant, avec chroniques de disques et de fanzines, interview à chaque numéro etc.). Parallèlement, Yannick s’occupe aussi du label Dynamite Records (1 MCD d’Ironix « Huma Frenezo » et 1 split-EP Bad nasty / Dick spikie, sorti en avril 2003), et de la liste de distribution associée.
Quelles sont les motivations de cette hyper-activité dédiée aux musiques enragées et franchement anti-commerciales ? Où puise-t-il son énergie et surtout que pense-t-il du milieu musical dans lequel il évolue et pour lequel il donne beaucoup ? Rencontre avec un « punk with a brain » :

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Dynamite, c’est une affaire qui marche ? Quel est l’accueil du public ?

Pour le fanzine, les échos ont été très bons dès le début (ce qui me surprend, d’ailleurs, car en relisant les premiers numéros, je les trouve un peu légers), malgré quelques différends avec quelques zines et labels, consécutivement à certaines chroniques qu’ils n’ont pas appréciées. Mais là-dessus, je ne considère pas avoir quelque chose à me reprocher, c’est justement cette liberté de ton qui fait la spécificité de Dynamite depuis le début. J’ai probablement le tort de considérer que la scène punk doit fonctionner à partir de rapports honnêtes et sincères entre ses acteurs. A partir de là, je me vois mal me forcer à être positif dans toutes mes chroniques, pour ne froisser aucune susceptibilité, ou être assuré de continuer à recevoir la promo de tel ou tel label. A ceux qui disent que c’est facile de critiquer, je leur réponds que c’est encore plus facile de dire du bien de tout le monde ! (...)

Pour le label, la première production a plutôt bien marché, même si c’était risqué, car le groupe avait déjà splitté quand le disque est sorti, il s’agissait donc d’un gros coup de cœur, qui a payé, car les chroniques ont été excellentes, et le disque est quasiment épuisé aujourd’hui. Pour le split-EP Bad Nasty / Dick Spikie, il est sorti depuis quelques mois seulement, mais le premier pressage de 500 exemplaires a été épuisé en deux mois, et je ne pense pas avoir trop de problèmes pour écouler le repressage (500 exemplaires à nouveau). Les explications sont liées au fait que Dick Spikie est un des groupes punk japonais les plus connus (mais sûrement pas le meilleur, je suis le premier à le dire !) et constituent un bon prétexte pour faire découvrir Bad Nasty (punk, Nancy), un jeune groupe excellent, qui a déjà pas mal tourné en Allemagne, Italie, Suisse et Espagne.

Pour la distro, par contre, le résultat est beaucoup plus mitigé. En effet, dans le punk, la distribution des
disques se fait beaucoup par les échanges entre labels, il est donc indispensable de constituer une liste de distribution associée au label. Sur le principe, c’est un bon moyen de faire toujours découvrir de nouveaux groupes, de proposer des disques de groupes étrangers difficilement accessibles autrement. Mais c’est aussi la partie où on est obligé de fonctionner un minimum avec une optique mercantile, et c’est justement ce qui me plait le moins. D’une part, tu ne peux pas prendre trop de disques du même groupe si tu crains qu’ils ne te restent sur les bras, et d’autres part, si ta distro n’est pas assez fournie, les gens préfèrent commander aux distros ou labels qui proposent quasiment tout. Dans les deux cas, ça empêche ta distro de tourner correctement, et des disques qui dorment dans un bac, c’est de l’argent bloqué que tu ne peux pas réinvestir pour financer les productions suivantes. Et puis si il y avait des concerts à Lyon régulièrement, ça pourrait m’aider, mais c’est quand même loin d’être le cas actuellement ! De toutes façons, il me reste toujours le festival Rude Boy Unity de Genève pour renflouer les caisses au mois d’octobre. Tant que je me fais pas choper par la douane, ça roule !

Tes opinions sur la scène punk au sens large.

Mes opinions sur la scène punk au sens large ? Tu sais qu’il y en a qui écrivent des thèses dessus ? Il y a tellement de points qui me viennent en tête que je ne sais plus par quoi commencer ! Entre les groupes de punk-rock très français pour qui le punk est juste un loisir du week-end, et les punks à chiens qui n’ont jamais de quoi payer une entrée à 5 euros alors qu’ils viennent de vider 2 packs de bières, il y a effectivement beaucoup de choses à redire. Mais c’est justement quand on regarde entre les deux qu’on peut trouver son intérêt : le DIY (Do It Yourself) étant un des principaux moteurs du punk, cette scène peut continuer à exister en dehors des circuits commerciaux, sans avoir à se mettre à genoux devant qui que ce soit, sans concessions, et également sans objectifs de carrière (puisqu’il n’y a pas grand chose à gagner à faire du punk !), ce qui élimine déjà les mauvaises raisons d’être dedans !

A partir de là, le punk est un refus de se conformer, le refus d’ingérer ce que l’on nous présente comme des évidences, le refus de rentrer gentiment dans sa boite, en assumant les choix et les conséquences que cela impose. Fred Raffin (chanteur de Bad religion) avait écrit dans un article intitulé « Un manifeste punk » : « le punk est la lutte constante contre la peur des répercussions sociales ». Malheureusement, à ce que j’ai déjà noté en France, beaucoup de groupes très « punk français » manquent justement de conscience et d’action sociale et/ou politique, des espèces de punk qui se révèlent tendance « gauche plurielle » dès qu’on les fait sortir des sujets bateau comme les flics, les religions et l’armée. Et pourtant, ce ne sont quand même pas les sujets de révolte (au-delà de l’indignation) qui manquent ! Quoique si on peut éviter de devenir un petit microcosme renfermé, prétentieux et supérieur parce que s’inscrivant dans toutes les luttes parcellaires actuelles (c’est à dire une caractéristique des anarcho-crusties - Ah, la joie des étiquettes !), ce ne serait pas plus mal.

Il y a également une chose qui me plombe passablement chez une certaine partie de la scène punk, qui est l’omniprésence de l’alcool et sa glorification récurrente. Comme si il pouvait y avoir une quelconque fierté à picoler !
Un autre point que je trouve dommage, c’est le manque de projets d’envergure dans la scène punk française, qui ne peuvent se mettre en place qu’avec la participation d’un nombre suffisant de personnes. Chacun fait son truc dans son coin (moi le premier !), les initiatives reposent sur une ou deux personnes, et il y a ainsi au final assez peu de projets qui arrivent à durer longtemps, et de façon régulière. D’autant plus que c’est grâce à un travail continu et régulier qu’on peut arriver à construire une scène. On parle souvent de la scène allemande en disant que c’est tellement mieux là-bas, mais je pense qu’en France aussi, il y a encore moyen de faire des choses constructives pour la scène punk.

Par contre, le point qui m’inquiète le plus, c’est la
diminution du nombre de lieux de concerts en France,
et les restrictions qui sont mises en place pour
décourager les petits établissements de proposer des concerts. Tout le monde chez soi, c’est bien mieux,
(il faut se reposer lors des quelques heures de libres que le système te laisse chaque jour dès qu’il t’as collé un boulot sur le dos pour te contrôler), et si tu sors quand même, souris, tu es filmé !

Des affinités ou inimitiés ?

Les gens que j’aime bien dans cette scène, de façon générale sont les gens qui se bougent d’une façon ou d’une autre, que ce soit en tant qu’activiste (zine, label, organisateur de concerts...) ou tout simplement en tant que spectateur (mais pas simplement consommateur) en allant par exemple au concert d’un groupe punk argentin inconnu qui joue dans un bar. En bref, des gens ouverts, curieux, passionnés, lookés ou non, mais pour qui le punk représente quelque chose, et pas seulement un style musical accompagnant la rébellion adolescente avant de rentrer gentiment dans le rang et de tendre les bras à cette rutilante société de consommation qu’ils ont critiquée un peu avant pour la forme car ça fait partie du folklore ! Quoique dans cette définition, on retrouve malheureusement une bonne partie des punks américains !

Pour citer quelque noms, j’ai énormément d’estime pour ceux qui mélangent le punk et la politique dans leurs zines ou assos, comme Maloka à Dijon, les zines Street Trash à Rennes, Plus Rien à Lille ou Vendetta à Toulouse, sans tomber dans les travers de certains zines qui se drapent d’une idéologie anarchiste toujours bien vue dans la scène punk en mettant des A cerclés partout et en recopiant quelques tracts de la FA (pffff, voilà une phrase à rallonge, prenez de l’élan avant d’essayer de la lire à haute voix !). Et au-delà de ça, les gens que j’aime bien, ce sont tous ceux avec qui j’ai correspondu depuis les 5 années d’existence du zine, que j’ai l’occasion de rencontrer ensuite lors d’un concert à Paris, Genève ou St-Brieuc, et avec qui j’ai parlé des heures entières en ayant l’impression de les avoir toujours connus. Il y a également une solidarité que je trouve forte et assez particulière à cette scène punk, par exemple dans beaucoup de cas, je n’ai eu aucun problème pour l’hébergement après un concert loin d’ici, il suffit de discuter avec 2-3 personnes, et il y a toujours des gens pour te dépanner autant que possible.

Après, les punks les plus voyants ou les plus gueulards ne sont pas nécessairement les plus représentatifs, mais je préfère en vivre les bons cotés sans m’apitoyer sur les aspects négatifs subsistants, sans pour autant fermer les yeux dessus.

Les gens que je n’aime pas sont ceux qui jouent leurs importants parce qu’ils ont un statut quelconque dans notre petit monde, ceux qui ne supportent pas la critique ou la remise en cause, ceux dont les paroles sont trop différentes des actes (ça, c’est pour le punk), et pour la oi ! (la demi-soeur du punk), ce qui m’horripile actuellement c’est l’apolitisme d’un coté (être de la working class n’implique-t-il pas déjà des positions politiques ?), et l’attitude de groupuscules comme le RASH (Red and Anarchist SkinHeads), très à la mode actuellement, qui cherchent tellement des fafs à latter, qu’ils ne trouvent pas, espèrent se rabattre sur des apos, qu’ils ne trouvent pas non plus, et finissent comme à Genève lors du festival anti-raciste 2002 à taper sur 3 membres de No Pasaran, pour un problème d’audition et d’atrophie du cerveau (faut croire que croiser tout le temps les bras pour mettre en valeur ses muscles virils et impressionner son monde empêche l’oxygène
d’arriver au cerveau !). Ce serait tellement drôle si ça n’avait pas eu comme conséquence d’envoyer des camarades à l’hosto.

En fait, plus je cherche une approche révolutionnaire dans le RASH, moins je trouve, et j’en arrive toujours à l’impression que leur seule volonté est d’être les seuls représentants du mouvement skin, et « tenir la rue », selon leur phraséologie officielle. C’est bien joli de taper sur les skins fachos (quoique je doute que ça leur fasse changer d’avis, ils se feront seulement un peu plus discrets) et skins apos (qui sont pour la majorité des prolos qui se sont tranquillement moulés dans la paix sociale ambiante), mais je vois toujours pas de perspectives anti-capitalistes là-dedans ! Si c’est seulement pour défendre un titre ou un statut, c’est aussi con que le football ou le hooliganisme (des prolos de villes différentes qui se tapent dessus, je ne m’y ferais jamais !).

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Aujourd’hui, c’est quoi les punks dans notre belle cité lyonnaise ?

Au niveau de la scène punk-rock, le tour est assez vite fait : quasiment aucun groupe ayant une activité minimale, il n’y a que l’émission Hématome sur Radio Canut pour diffuser du punk sur Lyon, et l’asso Street Gones pour l’organisation de concerts. Heureusement, au niveau de la scène crust, hardcore, emo, grind, il y a une grosse équipe de Lyonnais et de Stéphanois, dont notamment les assos Tranzophobia, Zorlac, Burn your flag, etc., ou les groupes Coche Bomba ou Vomit For Breakfast, qui organisent régulièrement des concerts au Gourbi ou auparavant à l’Académie de la Contre-Culture. Malheureusement, ces gens se connaissent tous, et étant suffisamment nombreux, sont beaucoup à rester uniquement entre eux, n’allant qu’aux concerts que leurs potes organisent !

Concernant la scène musicale et culturelle lyonnaise de façon plus large, je dois bien avouer que je ne suis pas trop au courant de ce qui s’y passe ! Le seul point qui me semble problématique au niveau local, c’est le manque de structures pour les concerts. Il y a très peu de café-concerts et les salles de moyenne importance sont inexistantes, à l’exception du CCO. La disparition du Pez Ner se fait cruellement sentir pour toutes les musiques non-commerciales.

Ta play-liste du moment ?

Ca risque d’être long ! En effet, je suis un très gros consommateur de musique, et je suis par exemple souvent incapable d’écouter le même album 2 fois de suite ! En tout premier, je citerais Oi Polloi, un groupe anarcho-punk écossais terrible au niveau musical comme au niveau des textes. Je les ai vus à Genève au festival anti-raciste 2002, et j’ai trouvé ça génial ! En plus, ils ne pouvaient m’apparaître que terribles en jouant juste après la Brigada Florès Magon ! Voir Oi Polloi qui, entre les morceaux, parle d’anti-sexisme, d’anti-capitalisme ou d’Ariel Sharon après la Brigada qui parle de fierté d’être skinhead comme ci ou militant comme çà (comment peut-on avoir la passion de son aliénation ?), c’est pas le même niveau de contestation ! Alors, j’en étais où, avant d’être assez grossièrement interrompu par moi-même ? Ah oui, ma play-list. Pfff, pas ma question préférée, ça, c’est sûr. Je dirais Harum Scarum « Mental Health » (anarcho-punk américain), Unseen « The Anger and the truth » (punk-HC américain), Zabriskie Point (l’ensemble de leur œuvre, punk français), Attentat Sonore (anarcho-punk, France), The Skatalites (le coffret Skatalites and Friends), Les Ogres de Barback (je les ai vus à Vénissieux au mois de juillet, ça m’a remis dedans alors que j’avais laissé de coté ce groupe pendant trop longtemps), P4 A l’attaque, Antidote, Angelic Upstarts, Oi The Arrase, Crass, Brigada (eh oui ! Mais uniquement le premier album), Ordures Ioniques, Los Fastidios, La Tordue, Youth of Today, René Binamé, Pestpocken, Protex Blue, Aus-Rotten, Defiance, etc. J’arrête là, la question me saoule, et je réponds en plus même plus aux critères que tu me demandes d’indiquer ! D’ailleurs, je suis sûr que tout le monde s’en fout ! (...)

Des projets ?

Alors, à court terme, ce sera de me remettre sur le prochain Dynamite si je veux qu’il sorte un jour. Ensuite, au niveau du label, j’aimerais profiter de succès du split-EP Bad Nasty / Dick Spikie pour développer la liste de distribution, et envisager des sorties de disques plus régulières. Je n’ose plus avancer de projets précis à moyen terme, puisque j’ai de plus en plus de mal à les tenir.

Le mot de la fin :

Je crois que là, je viens déjà de palabrer un bon moment, ça va suffire pour cette fois ! J’espère avoir été à peu près clair, si ce n’est pas le cas, n’hésitez pas à me contacter pour en parler. « Communication pas consommation », qu’y disaient ! Merci à toi Richie pour l’interview, et longue vie à Popouri.

- Contact on ze ouaibe.

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