Témoignages sur les agressions du 14 mai 2011

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Dans la nuit du 14 mai, des nazis s’en sont pris à un bar et à des passants.
L’attaque fut rapide et extrêmement violente. Ces agressions se sont fait suite au rassemblement fasciste de l’après-midi à Saint-Jean. Voici trois témoignages de personnes ayant vécu ou ayant été témoin de celles-ci, rassemblés par le Comité de vigilance.

Témoignage 1

Lyon le 20 mai 2011,

Dans la nuit du samedi 14 au dimanche 15 mai, vers une heure du matin, je
me trouvais dans le bar le « Phoebus » situé sur les pentes de la croix
rousse, dans le premier arrondissement de Lyon. Un concert se déroulait tranquillement, le bar était plein et beaucoup de gens dansaient. Je me
trouvais près du bar lorsque j’ai entendu un bruit de verre et des cris. Il
y a eu un mouvement de recul des personnes se trouvant près de la sortie du
bar. J’ai vu des vitres se cassées sous la pression de coups provenant de
l’extérieur. J’ai entendu des gens crier « c’est les fachos » et une grosse
tension se former dans le bar. Je n’ai pas vu les agresseurs, car mon
réflexe a été de me mettre à l’abri au fond du bar. De cet angle de vue je
ne distinguais pas tous les détails de la scène, mais je voyais des
mouvements très violents de l’extérieur essayant de rentrer dans le bar et
des mouvements de l’intérieur les repoussants, tout cela rythmé par des sons
agressifs.

A fond du bar, tout le monde s’était levé et je me suis retrouvée entourée
de quelques filles étrangères affolées voulant s’abriter dans les toilettes
du bar qui étaient occupés. J’ai voulu appeler la police au plus vite mais n’ayant pas de réseau, je n’ai pas pu le faire tout de suite. Je suis allé aux toilettes avec les filles et une d’entre elle a pu appeler.

Dès le coup de fil passé nous sommes sorties des toilettes, et j’ai cru
comprendre que les agresseurs étaient partis, car les gens paraissaient
moins attentifs à ce qui se passait à l’entrée du bar. J’ai essayé de
comprendre où en était la situation et d’observer l’ampleur des dégâts. J’ai
cherché les amis avec qui j’étais venue. Le patron du bar nous a dit qu’il
fallait sortir. Nous nous sommes tous retrouvés en état de choc sur le
trottoir, devant le Phoebus. Des petits groupes de gens se sont formés. Une
voiture de flic est arrivée quasiment au même moment, suivie d’une voiture
de la BAC. J’ai entendu une personne parler à un flic et dire qu’il y avait
deux blessés. Une ambulance est arrivée rapidement. Je n’ai pas vu les
blessés. Il y avait beaucoup de gens dehors. Peu de temps après, une
fourgonnette de police est passé rapidement, sans s’arrêter, rue des tables
claudiennes.

Ensuite, moi et mes amis sommes partis vers le bas des pentes.

Ce n’est que le lendemain que j’ai appris l’ampleur des dégâts humains et
matériels causés par cette bande de fachos enragés. Je trouve cette violence
purement gratuite totalement inhumaine et intolérable.

Bérénice

Témoignage 2

"Vous le savez sûrement déjà, les clients du bar qui étaient sur le trottoir
et le Phoebus, ont été sauvagement attaqués dans la nuit de samedi à
dimanche. Un groupe de néo-nazis (salut nazi devant le bar) issus de la
dispersion de la manifestation de l’après-midi, s’en est pris aux fumeurs
qui étaient devant le bar à 1h30 environ du matin. Ils ont cassés la
première vitre de la porte d’entrée. personne ne comprend ce qui se passe,
les musiciens s’arrêtent, tout le monde regarde dehors. On les voit s’enfuir
vers le haut des pentes : têtes blanches et cheveux ras, vêtus de noir.
Après une première acalmie, ils reviennent à la charge, dévalant la rue des
tables claudiennes, pour s’acharner sur les personnes et sur l’entrée du
bar. Les vitres du sas du phoebus ont volé en éclat jusque dans la salle.
Ils voulaient entrer. A l’intérieur les éclats de verre, les cris, les
pleurs, la peur. Une personne crie "les femmes enceintes derrière, ceux qui
veulent se battre devant !"...
nous sommes tous stupéfaits !
Certains appellent la police, mise en attente...
En une seconde j’ai pensé qu’ils pouvaient balancer un truc inflammable à
l’intérieur ... vous connaissez le Phoebus ?
alors nous serions tous morts ... 30 à 40 personnes réunies pour apprécier
un petit concert en toute tranquilité...
Nous avons pu sortir enfin, quelques minutes plus tard.
La police est arrivée, puis les pompiers. Il y avait au moins un blessé
grave sur le trottoir.
Nous avons laissé nos téléphone au patron du bar au cas où il aurait besoin
de nos témoignages.
Et puis ne sachant pas quoi faire, nous sommes rentrés chez nous, chacun de
son côté.
Et dans les rues adjaçantes, lorsque le calme de la nuit est
revenu m’envelopper, j’ai senti que la peur était là.
Aujourd’hui, en France, on peut être agressé d’un moment à l’autre, parce
qu’on fréquente tel lieu, qu’on a telle couleur de peau, ou qu’on aime telle
musique ?

Est-ce qu’on peut faire quelque chose ?
Pour résister à cette montée de violence qui semble se trouver des
légitimités dans les propos tenus par les responsables politiques.
Est-ce que le Phoebus a besoin d’aide ?

Je suis encore choquée de ce qui s’est passé. Depuis hier, je cherche un
moyen de me mobiliser pour que ça ne reste pas sans suite, que l’information
circule et qu’elle participe à une prise de conscience collective avant les
élections de 2012...
Au moins il faut que ça se sache... alors n’hésitez pas.
Je sais que le collectif Vigilance 69 appelle tous les témoins à prendre
contact avec eux...
merci de faire écho à cette triste actualité ..."

Catherine

Témoignage 3

Bonjour,

Je viens d’être informée de votre appel à témoins concernant les évènements
du samedi 14 mai dernier.

M’étant malheureusement retrouvée au « mauvais endroit, au mauvais moment »
cette nuit là, je vous livre mon témoignage… qui j’espère suscitera des
réactions productives pour poursuivre la lutte contre toutes les formes
d’idéologies découlant sur la violence et la haine raciale.

« Samedi 14 mai vers 14h00 je me promène comme à mon habitude, dans mon
quartier du Vieux Lyon. J’avais bien entendu parler de la fameuse « Marche
des Cochons » rebaptisée « Rassemblement pour la Liberté » (sic) organisée à
l’initiative du Bloc Identitaire qui devait se tenir cet après-midi là sur
la place Saint-Jean. Mais la scène à laquelle j’ai assisté a surpassé, dans
l’horreur, ce que j’avais pu imaginé. Se tenaient là, près de 200 personnes
(à vu d’œil) toutes venues écouter et applaudir un grossier prêche
islamophobe débité par un des leaders du Bloc. Le discours savamment délivré
en anglais, afin de passer plus « inaperçu », était parsemé de phrases types
comme, et je cite avec un goût amer en bouche : « les musulmans n’ont pas
leurs place France, ils n’obéissent pas à nos règles »… J’en passe des pires
et des meilleures. Au-delà du choc d’être confrontée à de tels propos,
autorisés en place publique sur le sol de la République française, je me
suis d’abord posé la question suivante : dans la mesure où le droit à la
liberté d’expression découle sur l’incitation à la haine raciale ainsi que
sur l’apologie de la violence et de la doctrine néonazie, comment la
préfecture a-t-elle pu donner son aval à un tel rassemblement ?

Preuve que la préfecture avait pressenti les débordements possibles, une
vingtaine de cars de CRS avait été mobilisée pour quadriller le quartier
Saint Jean. Mais à part quelques regards hostiles et quelques cris
d’approbation au discours fasciste, les manifestants n’occasionnent aucune
violence physique.

Samedi 14 mai, vers 23h30-minuit, les CRS sont rentrés à la caserne.
J’arpente alors de la Croix-Rousse, accompagnée de deux amis, à la recherche
d’un bar pour écouter un peu de musique live et boire un verre. Une soirée
dans la bonne humeur, tout ce qu’il y a de plus banal. A priori. Notre choix
se porte sur le Phoebus, rue Pouteau. Avant de passer la porte, nous nous
asseyons quelques minutes sur les marches au croisement de la rue des Tables
Claudiennes et de la rue Pouteau, juste en face du café-concert.

Ces quelques minutes suffiront à faire basculer la soirée dans l’extrême
violence. Nous assistons effarés, au début du débordement. Cinq ou six
jeunes hommes (25-30 ans) sortent du Phoebus, bouteille de bières vides et
verres en main. Ils commencent à échauffer les deux videurs. Puis ils
jettent furieusement leurs bouteilles et verres sur la vitrine du bar. Ils
sont très rapidement rejoints par une vingtaine d’autres hommes qui
déboulent de la rue des Tables Claudiennes et du bas de la rue Pouteau, en
vociférant des propos racistes accompagnés de saluts nazis. Le groupe se
déchaine pour saccager l’entrée du bar et frappe les videurs, et quelques
personnes présentes à l’entrée.

Pendant ce laps de temps ultra-rapide, nous sommes restés là, en face,
ahuris face à cette vague de violence soudaine et gratuite. Jusqu’à ce que
l’un d’entre eux détourne son regard vers nous, seuls témoins oculaires
proches de la scène. L’homme trapu, aussi âgé d’à peine trente ans, traverse
la rue pour s’en prendre à l’un de mes amis « B » . Il lui flanque un coup
de pied dans les côtes en criant des mots inintelligibles. Sous la pression
du coup, mon ami s’écroule sur le trottoir. La tête heurte le bitume la
première. Restée derrière lui, je panique et commence à supplier son
agresseur d’arrêter. « B » semble inconscient. Par peur qu’il ne s’acharne
(à cet instant, il est en plein délire, il bouge frénétiquement jambes et
bras), je m’allonge sur « B » en continuant à crier ou pleureur ou les deux
à la fois. Au même moment, mon deuxième ami « R » gravit les marches pour se
protéger. L’agresseur se met alors à sa poursuite, réussit aussi à lui
flanquer un coup de pied dans le dos avant de renoncer. Toujours accroupie
sur « R », j’assiste à une deuxième scène atroce. Un passant, remontant la
rue des Tables Claudiennes, se fait littéralement « prendre en sandwich »
par trois hommes du groupe. Ils lui assènent des coups au visage, dans les
côtes et au ventre. Il s’écroule au sol lui aussi, à un mètre de ma jambe
droite. Du sang dégouline de sa mâchoire. J’essaie de reprendre mes esprits
pour faire un meilleur constat ce qui se passe…

Le reste du groupe de « skinheads » continue à détruire la façade du bar.
Des habitants, que le bruit des heurts a alerté, se sont pressés aux bords
des fenêtres et balcons. J’entends des voix qui martèlent « Appeler la
police, appeler la police ! ». Une deuxième question amère me taraude : où
est donc passé le bataillon de CRS ?

Inquiétés par les cris des habitants, la troupe de skinheads se disperse.
Une partie descend la rue Pouteau, une autre s’éparpille dans la rue des
Tables Claudiennes. En une fraction de secondes, la rue redevient déserte et
je peux enfin constater l’ampleur du désastre. La vitrine du Phoebus est
complètement ravagée, les deux videurs sont sonnés, le patron du bar hagard,
le passant passé à tabac tremble et « B » est toujours inconscient. Les
clients du bar, restés l’intérieur pour éviter les violences, sortent pour
nous rejoindre. On attend déjà les sirènes qui résonnent dans les pentes de
la Croix Rousse.

Cinq minutes plus tard, policiers et pompiers quadrillent les lieux et
prennent en charge les deux blessés. Quelques témoignages sont récoltés,
entre pleurs et crises de nerfs. « B », resté inconscient jusqu’alors,
reprend lentement connaissance avant d’être amené à l’hôpital Saint
Luc-Saint Joseph.

Je repense aux émotions qui me tiraillent à ce moment là. Partagée entre un
sentiment d’incroyable injustice et de peur face à cette percée flagrante et
inhumaine de violences poussées à leur paroxysme par la haine de « l’autre
 », par le rejet abject de « la différence »… Où sont passées les valeurs
fondamentales « Liberté, Égalité, Fraternité », socle identitaire de notre
République démocratique ?

Dimanche 15 mai. Après une nuit à l’hôpital, « B » apprend qu’il a souffert
d’un traumatisme crânien, heureusement bénin. Il a dû subir deux IRM et a
reçu un ITT de 7 jours. Je pense à l’autre victime et espère qu’il n’a pas
souffert de blessures graves et qu’il se porte bien aujourd’hui.

Nous avons porté plainte mardi 17 mai. Je suis toujours en attente d’une
convocation au commissariat pour la déposition de mon témoignage. Mais nous
ne cèderons pas. Cette journée et cette nuit du 14 mai ne peut et ne doit
être passée sous silence. Le mutisme médiatique et politique (la préfecture
se doit de prendre ses responsabilités !) est insoutenable à mes yeux. Pour
les faits : entre dimanche 15 et lundi 16, plus de 300 dépêches AFP tombent
sur l’affaire DSK. Contre une seule sur la rixe lyonnaise...

J’ai problablement employé des mots forts, mais je suis convaincue en mon
for intérieur qu’ils sont à la hauteur du drame. Ce drame, c’est la
propagation insidieuse (quoique) mais réelle d’une nouvelle idéologie
fasciste. Ce drame engage notre pays sur le long voire le très long terme.
Alors j’en appelle à la conscience de chacun, mobilisons-nous ! »

En vous remerciant de tout l’intérêt porté à mon témoignage, je reste à
votre entière disposition pour toute information ou pour participer, par
n’importe quel biais que ce soit, à votre combat légitime.

C.

P.-S.

Le collectif 69 de vigilance contre l’extrême-droite recherche toujours des témoignages sur ce qui est arrivé sur les pentes ce soir-là.

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