Un agriculteur de la Confédération Paysanne abattu par des gendarmes en Saône-et-Loire

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Le samedi 20 mai, Jérôme Laronze, éleveur à Trivy en Saône-et-Loire, a été tué par les gendarmes de Cluny. Il était recherché depuis le 11 mai suite à un contrôle sanitaire particulièrement tendu, effectué avec la présence de nombreux gendarmes. Il aurait pris la fuite en – selon certains médias locaux – « fonçant sur les gendarmes ».

Pourtant, dans ses déclarations à la presse avant sa mort brutale, Jérôme Laronze indiquait avoir seulement voulu « effaroucher » les gendarmes. Après quelques jours de cavale, durant lesquels il a pris contact avec le journal local (le Journal de Saône-et-Loire) pour communiquer son point de vue sur les faits [1], il est signalé aux autorités par un habitant du village de Sailly. Deux gendarmes se rendent alors sur les lieux, gilets par balle et armes à la main. À leur arrivée, l’agriculteur, qui était assoupi dans son véhicule, tente de s’échapper au volant de sa voiture et est abattu par trois tirs mortels dans des circonstances révoltantes. Selon, les premiers éléments de l’enquête, les tirs seraient des tirs latéraux et à l’arrière de son véhicule.

Depuis un moment, les contrôles sanitaires étaient une profonde source de tensions pour cet agriculteur. Comme celui survenu lors du 6 juin 2016. Ce jour-là, des fonctionnaires de la Direction Départementale de la Protection des Populations (DDPP) procèdent à l’identification de ses bovins dans ses pâtures, contrôle effectué en présence d’une dizaine de gendarmes alors qu’il n’avait jamais menacé les contrôleurs, ni fait obstacle aux précédents contrôles. Mais les bêtes paniquent devant cette présence policière intervenue armes au poing, et selon le récit de l’agriculteur une vingtaine d’entre elles se précipitent dans le ruisseau. Plusieurs d’entre elles ne survivront pas. Cet épisode, relaté en détail dans une lettre adressée à la presse, a profondément choqué l’agriculteur. « Plus tard on m’a demandé de ne rien dire concernant ces bêtes pour que mon dossier soit régularisé » affirme-t-il dans le journal local [2].

Comme tant d’autres paysans, Jérôme Laronze dénonce alors « l’hyper-administration qui n’apporte rien aux agriculteurs, sinon de l’humiliation et des brimades. Cela ne rapporte qu’aux marchands et aux intermédiaires. Mon cas est anecdotique mais il illustre l’hyper-réglementation qui conduit à une destruction des paysans. » [3]

Un vétérinaire de Saône-et-Loire parle ainsi de « véritable harcèlement administratif réalisé par la DSV - DDPP ». [4] Face à cette situation, des paysans et des proches s’organisent pour soutenir Jérôme Laronze quand-il doit faire face à ces contrôles. C’est ce qu’explicite le communiqué de la Confédération paysanne 71 dont il était membre (voir le texte intégral ci-dessous) : « L’intervention de la famille de Jérôme et de membres de la Conf en juin 2016 avait permis que l’avant-dernier contrôle se déroule pacifiquement et que les forces de l’ordre restent en retrait, puis s’en retournent. (...) La situation de Jérôme (...) était donc bien connue des services de l’État. »

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Difficile dans ce contexte de comprendre l’obstination des services sanitaires à vouloir se faire accompagner par les gendarmes et non de penser une prise en charge collective comme cela avait déjà été mis en place auparavant.

Alors, ce 11 mai, face à ce qu’il ressent comme une provocation et un harcèlement, le paysan réagit en cherchant à « effaroucher » les gendarmes. « Quand les contrôleurs sont arrivés et tous ces gens en armes, j’étais sur mon tracteur et j’y suis resté car c’était pour moi le seul et unique moyen d’avoir droit à la parole. J’ai toujours été courtois et je n’ai jamais manqué d’égards pour les contrôleurs. Mais ce jour là j’ai été pris de la colère du juste... » [5]. La version policière reprise largement dans la presse locale prétend qu’« Au volant de son tracteur, il a alors tenté de renverser des gendarmes, qui sont parvenus à éviter le choc » [6]. Au vue de la différence des versions sur les faits, on peut se poser des questions sur ce qu’il s’est réellement passé neuf jours plus tard et sur le témoignage des deux gendarmes qui l’ont finalement abattu. La procureure de Mâcon assure que : « [Jérôme] a foncé sur eux sur un étroit chemin de terre. Les deux ont fait feu, il a été touché mortellement ».

Les autorités communiquent autour du fait qu’une enquête balistique est en cours et devra établir les conditions dans lesquelles les gendarmes ont fait usage de leurs armes. Mais dans tous les cas, les trajectoires des tirs montrent que les deux gendarmes n’étaient pas en situation de danger et donc de légitime défense. Le nombre important de tirs interpelle également sur le but réel poursuivi par les deux gendarmes.

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Comme régulièrement dans ces cas-ci, les autorités essayent de discréditer la victime ayant subi des violences policières (en l’occurence ayant été abattu par les forces de l’ordre). Certains médias reprenant les communiqués officiels et des rumeurs le décrivent comme « n’allant pas bien », « ne s’occupant pas de son cheptel ». Lui, au contraire, avait ces derniers jours communiqué, avec humour et lucidité, une critique assez fine de sa situation et des craintes sur sa personne en raison de sa liberté de parole.

Une mobilisation est prévue prochainement et le procès pour devrait avoir lieu à Châlon-sur-Saône. Nous ferons suivre les infos.

Une page facebook a été monté par ses proches : « Cette page a aussi pour vocation de recevoir les témoignages des personnes indignées par les circonstances de son décès et d’informer sur l’évolution de la procédure judiciaire dans un souci de transparence et de recherche de la vérité, sans compromis. » https://www.facebook.com/JusticepourJerome/

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