« Une zone de guerre » : à Lyon, la justice réprime les débordements de la finale à coup de prison ferme

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« Ils ont transformé cette ville en zone de guerre ». C’est ainsi que la procureur du tribunal de grand instance de Lyon justifiait les interpellations et les jugements de plus d’une vingtaine de personnes suite aux débordements du 15 juillet. Retour sur une journée de procès où la justice lyonnaise, de plus en plus décomplexée, n’hésite plus à demander des peines de prison ferme avec mandat de dépôt pour de simples vols de maillot de foot’.

15 juillet, fin de journée. Un soubresaut traverse la ville. Des cris, des étreintes. Et aussi de la casse. De la lacrymo pour tout le monde. Le claquement des canettes qui s’abattent sur les flics. Ça court dans tous les sens en suffoquant. Des foules humaines s’en prennent à la police, aux magasins, au métro, aux véhicules. 1000 grenades lacrymogènes tirées en une seule soirée ; un tiers de ce que les forces de l’ordre utilisent habituellement en une année (à Lyon).
Même en prenant tous les derniers mouvements politiques ensemble (élections présidentielles en 2017 avec Lepen au deuxième tour, mouvement contre la loi travail XXL, « mouvement » étudiant et cheminot de ce printemps…) on n’arrive pas au niveau de bordelisation et d’affrontements en centre-ville qui a suivi la victoire des Bleus. Le lendemain, la préfecture annonçait une trentaine de personnes interpellées. Finalement, 24 ont été jugées en comparution immédiate le surlendemain.

Le chef d’accusation principal qui justifie quasiment tous les procès est : « vol en réunion avec effraction » au préjudice d’une série de magasins de la presqu’île et du 7ème. Personne ne passe pour « dégradations » (avoir casser des magasins). Quelques prévenus comparaissent pour « violences sur agents ».

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« Et là, vous avez vu la porte ouverte du tribunal et vous êtes rentré ? »

Pour qui n’a jamais mis les pieds dans un tribunal — et encore moins aux comparutions immédiates —, il faut s’imaginer que c’est un monde à part. Un endroit où tout le monde porte de longues robes noires et disserte pendant des heures devant des prévenus entourés de policiers pour décider s’il faut les envoyer au trou ou leur laisser une seconde chance. Il faut voir le spectacle assez lamentable de cet avocat des trois premiers prévenus (tous arrêtés pour vol) qui ne peut s’empêcher dans sa plaidoirie de faire des effets de manche à répétition, en citant Oscar Wilde et George Orwell alors que ses « clients » risquent de passer leur nuit et les suivantes à Corbas.

On comprend vite que c’est également un univers très hiérarchisé où tout le monde a, ou doit avoir, conscience de sa place. La première place, celle du maitre de cérémonie, est celle du juge, sorte de super chef qui contrôle le déroulement des audiences. On ne s’adresse à lui, à elle en l’occurrence, qu’en montrant de la déférence. C’est elle qui peut se permettre de demander à la procureur de se taire quand elle discute avec un avocat pendant une plaidoirie de la défense. C’est elle qui peut lancer à un prévenu (un adulte comme elle) un glacial « Tenez-vous droit ! » ou encore, face à un interpellé qui regarde ses baskets, un « c’est par ici que ça se passe » ; « C’est maitre X votre avocat ? » et l’avocat de bondir de sa chaise « Oui ! » avant de se rassoir immédiatement. C’est encore elle qui n’hésite pas à reprendre un interpellé sur ses formulations langagières : « j’étais au trottoir d’en face », [le coupant] « sur le trottoir d’en face »... Face à un prévenu qui dit « j’ai vu plein de gens, je suis rentré [dans un magasin défoncé] », elle rétorque « Et là, vous avez vu la porte ouverte du tribunal et vous êtes rentré ? » Derrière, les flics se marrent. C’est pas joli à voir.

« C’est une honte pour ceux qui nous regardent depuis l’étranger »

Ce mardi 17 juillet, la procureur, grandiloquente à souhait, ouvre le bal. « Ça devait être une fête, c’est devenue une guerre ».
Elle continue toujours aussi exaltée : « Pour tous les français, tous les lyonnais, ça devait être la fête. On devait être fiers d’avoir deux lyonnais dans l’équipe de France, d’avoir enfin deux étoiles au maillot. À cause d’eux [les interpellés du 15 juillet], la fête a été gâché. Lyon fait partie des trois villes où il y a eu des débordements [1].
Quand je dis « débordements », c’est guérilla urbaine. C’est une honte pour ceux qui nous regardent depuis l’étranger. Ils [les interpellés] ne sont pas responsables de tout mais il y a un contexte à saisir : à 20h, on a même pas le temps de s’embrasser, de profiter sereinement du moment que des gens cherchent à incendier un véhicule anti-bélier, portière défoncée et extincteur vidé. Alors que ce véhicule sert à protéger la société civile contre ce genre d’événements et contre les fous qui chaque jour font peser la menace d’un attentat terroriste.
Des incidents se produisent dans le métro puis il est évacué avec la fermeture de la station Bellecour. Plusieurs enseignes — Lacoste, Nature et Découverte, etc. — sont vandalisées. La rue de la République ne ressemble plus à grand-chose. Place du Pont, les policiers sont victimes de jets de projectiles. Les émeutiers sont repoussés. Plus tard, des véhicules sont incendiés. Les pompiers eux-mêmes sont pris à partis et ne peuvent intervenir. Les passants sont ébahis et apeurés. Des groupes de pilleurs éventrent les vitrines pour se servir encore dans la nuit. »

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Ce récit des événements du point de vue policier vient du PV de contexte que ces derniers ont communiqué à la justice et que la juge et la proc’ s’empressent goulûment de lire à plusieurs reprises à l’audience. Ce PV n’apporte strictement rien au procès, puisque rien n’y est décrit qui concerne personnellement les inculpés. Ce sont seulement des éléments d’ambiance transmis dans le but de les faire condamner plus lourdement. Comme la police a globalement peu d’éléments contre les gens qu’elle a arrêtés, elle en rajoute avec ce genre de récit un brin catastrophiste.
En 2010, pendant les procès du mouvement contre la réforme des retraites, les juges se plaisaient à faire du riot porn en plein tribunal : ils avaient poussé le vice jusqu’à faire installer dans la salle d’audience un écran et diffusaient avant les journées de procès les vidéos des scènes d’affrontements et de casse filmées depuis l’hélicoptère de la gendarmerie [2]. À l’époque, les avocats se scandalisaient de tels procédés et certains se barraient des salles d’audience en gueulant. Aujourd’hui, ça ne provoque même plus de scandale.
À la lecture de ce « PV de contexte », on apprend que les deux grandes préoccupations de la police sont : 1) que les gens s’amusent pendant ces moments et 2) que les voitures roulent (le rétablissement du flux automobile est un de leurs objectifs).

« Vous avez considéré que, parce que c’est la fête et la joie, tout le monde peut pénétrer et aller se servir après que les vitrines aient été fracassées »

Les interpellés défilent dans le box des accusés. Ils sont souvent jugés en groupe en fonction du magasin vers lequel ils se sont fait chopper. Un premier groupe vers Espace Foot (à la Guill), ensuite le Printemps (vers Bellecour), après un magasin de vélos électriques (sur Gambetta), Lacoste, etc. Tous les gens se sont fait attrapés dans ou à proximité des magasins. Parce qu’ils n’ont pas couru assez vite. Parce que dans ce genre de moments, les pouvoirs publics ne peuvent pas se permettre de n’arrêter personne. Ils veulent faire du chiffre, histoire de montrer qu’ils ont la situation en main.

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Au milieu de la foule des interpellés, il y a ce jeune homme tout juste majeur avec son histoire inattendue. Lui n’a pas été arrêté dans la rue mais s’est rendu de son plein gré. Ayant ramassé une veste qui trainait devant Espace Foot, il a « culpabilisé », l’a posé dans un buisson puis a marché et s’est rendu dans la nuit jusqu’au commissariat (les flics de Marlius Berliet annoncent fièrement dans leur PV « interpellons l’individu dans nos locaux à 00h40 ») [3].

La soirée de débordements du 15 juillet et les procès qui s’en suivent permettent de saisir les réactions du pouvoir face à l’événement émeutier. La réaction du pouvoir judiciaire n’est pas la même que celle du pouvoir marchand. Le pouvoir judiciaire est plein de mépris pour les interpellés, pour ceux qui n’ont pas fait la fête gentiment. Quand la proc’ lit par exemple leurs déclarations en garde-à-vue : « je suis resté toute la soirée pour voir les émeutes », elle ironise « c’est un spectacle intéressant ».

Les marchands, quant à eux, incarnent plutôt la figure du pleureur. L’un a même osé faire le déplacement pour se plaindre devant le tribunal de son « préjudice » [4]. Un autre patron est présenté comme un type essayant péniblement de gagner sa croûte en vendant des vélos électriques (entre 1000 et 2000 euros le vélo quand même). L’avocate des parties civiles/du Capital essaie de faire pleurer dans les chaumières. « Ils [les gérants] doivent retrouver le droit et la possibilité de travailler dans [leur] magasin ». Sur ça on est d’accord, le droit du Capital en a pris un certain coup le soir du 15 juillet.

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De manière générale, le pouvoir judiciaire plaint les gérants. Comme on est dans un tribunal et que ce ne sont pas des coupables, ce sont donc des victimes et il faut que ça se sache quitte à verser dans le ridicule.
La proc’ : « Ces actes ne sont pas sans conséquences sur les entreprises qui sont des TPE avec des chefs d’entreprises qui ne sont pas milliardaires. Il y a une perte, une évasion de la clientèle. C’est un fait détestable. Un patron a le droit de participer à la liesse populaire sans être perturbé par les appels des forces de l’ordre qui lui disent que sa boutique vient d’être dégradé ».
Le gérant-prolétaire-et-vendeur-de-vélo-électrique est, paraît-il, dans un état pitoyable, pas seulement du fait du préjudice matériel mais parce qu’il ne comprend pas. Il a un besoin de comprendre qu’on s’en soit pris à son magasin alors qu’il n’y avait « que des chants, que de la joie dans la rue ».
D’un côté c’est un peu pitoyable de voir ça, ce goût de geindre publiquement. De l’autre, c’est assez cocasse quand on connaît la rapacité de ces gens-là. Pour ce qui concerne ce fameux magasin de vélos où, selon la procurreur, 30 bicyclettes ont été dérobées — plus vraisemblablement à peine 5-6, selon les gens qui faisaient la fête à proximité —, lundi la vitrine était changée et mardi (soit le jour du procès) il rouvrait et reprenait son activité économique. Business is business. Sans parler du fait que tout ce petit monde judiciaire fait mine de ne pas savoir que les seules qui vont devoir réellement payer quelque chose dans cette histoire sont les assurances.

« Ces gens-là ne respectent pas le travail des gens qui se lèvent à 6h du mat’ pour faire tourner la boutique »

Ayant un rapport à la violence différent, le pouvoir économique et judiciaire se retrouvent néanmoins sur un point : la valeur travail.
La proc’, encore elle : « C’est ça la réalité, c’est un pillage. Ces gens-là ne respectent pas le travail d’autrui, des gens qui se lèvent à 6h du mat’ pour faire tourner la boutique ». (C’est sûr qu’elle en connaît quelque chose du monde du travail, assise toute la journée sur sa chaise à requérir des peines de prison et à infliger de la souffrance à ceux qui ont le malheur de lui passer sous la main.) Et c’est logiquement autour du travail que s’articule la pénalité (en faire gratuitement avec les TIG [5], être condamné à obligation d’en trouver un, avoir une peine plus clémente pour un prévenu « fixé » par un boulot…).

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En face, quelques avocats assurent les défenses. Celles-ci sont plutôt moins mauvaises que la plupart du temps où les commis d’office des comparutions immédiates ne lisent pratiquement pas les dossiers, ne contestent rien et s’écrasent devant la cour, se contentant de demander à peu près la même peine que le parquet…

Pour bien comprendre le cérémoniel des comparutions immédiates, il faut avoir en tête que les prises de becs et autres confrontations verbales entre avocats de la défense et procureur ne font jamais que rejouer l’éternel « débat » entre la gauche et la droite sur le rapport que « la société » doit avoir face au crime. Pour la gauche, la police n’a pas attrapé « les bons », pas les premiers qui ont cassé, pris ce qui les intéressait et foutu le camp mais des « seconds couteaux ». « Ce sont des vols d’opportunités, ils ne doivent pas assumer de responsabilité morale ». Pour la gauche, « il faut personnaliser la peine, l’adapter en fonction de la personnalité. ». « On n’est pas là pour faire une justice pour l’exemple » plaide contre l’évidence une avocate.
L’avocat de la défense joue la corde sensible, parle de l’âge du prévenu, de ses éventuels enfants, de son avenir qu’une peine de prison viendrait boucher. « Ce n’est pas une réponse adaptée » lance-t-il souvent. C’est le sempiternel balancement entre la gauche et la droite, entre l’avocat proche de son client, qui a un minimum d’empathie pour lui et le procureur, figure méchante par excellence qui réclame des exemples pour l’opinion, qui veut faire mal, terroriser, qui veut que les gens méditent leurs actions en maison d’arrêt, qui aimerait bien voir quelques têtes tombées si seulement la peine de mort était encore en vigueur.
Le procureur est, de par sa position, cet être qui carbure à la haine et qui surfe sur tous les affects micro-fascistes qui traversent la société (« en prison les casseurs ! », « mais sont-ils d’ailleurs bien français ? N’y-a-t-il pas quelques éléments pas vraiment de chez nous ? », etc.) et dont on peut se faire une idée en lisant les commentaires de faits divers de n’importe quel journal en ligne.
Mais, gauche et droite, tous sont d’accord et sur le fait central que le triptyque police-justice-prison est essentiel, qu’il faut punir ce qui s’est passé ce 15 juillet comme n’importe quelle manifestation qui prend la police et/ou le Capital pour cible, et que tout ce bordel c’est vraiment du n’importe quoi. Qu’une bonne fête n’a rien avoir avec l’idée et la pratique du débordement, qu’une fête dans la rue est un divertissement, si possible encadrée par la police et qu’en toute circonstances, même éméché, il faut respecter le règne de la marchandise. Au fond, on voulait la fête mais sans tout ce qui va avec.

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« Pour citer Oscar Wilde, je dirais que la seule solution pour résister à la tentation, c’est d’y céder »

Parfois, l’avocat de gauche se risque sur le terrain politique (l’avocat en question est proche des socialistes) et il approche alors le véritable rôle du dispositif des comparutions immédiates : « Pour atteindre sa cible, il faut viser juste. On ne juge pas un contexte, le parquet ne fait que communiquer, on fait passer un message de politique pénale ».
Lui n’est pas contre le fait que le parquet fasse passer un message. C’est d ’ailleurs « un citoyen avant d’être un avocat ». Mais qu’est-ce-que c’est que cette histoire de cible ? « On n’atteint pas la cible, la procureur se trompe lance-t-il. [en montrant la salle] Elle est là-bas [la cible] ! » En fait, il n’y a pas que les interpellés qui sont jugés, c’est une illusion. La cible est beaucoup plus conséquente : c’est en fait l’ensemble de la salle d’audience, soit essentiellement les proches, et même encore plus largement, c’est l’ensemble de la population, à travers les comptes rendus journalistiques qui est la cible réelle de l’appareil judiciaire. Et le message est clair : si vous faites un pas en dehors des clous, si vous fêtez un peu trop bruyamment et sauvagement quelque chose, on ne va pas vous louper.

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Une autre avocate s’offusque de cette évidence : à savoir que le contexte surdétermine tout dans ces affaires et que dans un autre contexte, la proc’ demanderait des peines bien inférieures pour ce genre de faits (des rappels à la loi devant un OPJ ou des CRPC [6]). Il faut redescendre sur terre : « ils ne sont au mieux jugeables que pour vol. Le préjudice est le vol d’un t-shirt de couleur grise du club d’Arsenal. » Mais la procureur assume complètement le rôle politique de ses réquisitoires, le fait donc de ne pas juger tout le monde de manière équitable et annonce que sa sévérité est liée au contexte : les interpellés ont transformé cette ville en « zone de guerre pendant plusieurs heures » (elle n’a pas du souvent en visiter des « zones de guerre »), « chacun y a contribué à sa façon, à son échelle. Je ne m’échapperai pas de ce contexte ».

Au fond, comme le dit la même avocate, on leur reproche ce qu’on reproche à n’importe quel inculpé dans un procès politique : une intention, en l’occurrence une mauvaise intention : « Je ne vois pas ce qu’on lui reproche, il est juste dans le magasin, c’est tout. » C’est le fait d’avoir été traversé par ce « et tiens, si j’en prenais un » en s’approchant d’une vitrine défoncée qui est condamné. Un avocat de la défense ose même : « Pour citer Oscar Wilde, je dirais que la seule solution pour résister à la tentation, c’est d’y céder. » Au fond, on leur reproche surtout de ne pas être des citoyens irréprochables, d’avoir de mauvaises pensées qui les traverse.

« On peut comprendre la fête. Mais les CRS n’étaient pas à la fête »

On le sait peu mais la police est une profession où l’on aime bien se victimiser. Victimes des délinquants, du désamour et de la non-reconnaissance de la population, du laxisme des juges. Un flic, ce 17 juillet, se victimise devant toute la salle d’audience :
-  Avocat : vous avez pris votre service à quelle heure, 13h non ?
-  Flic : 15h.
-  A : Et vous deviez finir à quelle heure ?
-  F : 23h.
-  A : Et vous avez fini à quelle heure ?
-  F : 5h du mat’.
-  A : 5h du mat’ ! Alors qu’à la base vous ne deviez même pas travailler et qu’on vous a rappelé !

L’avocat continue : « Les forces de police étaient là pour essayer de faire en sorte que tout le monde puisse rentrer chez lui dans un état à peu près correct ». Dans ce cas-là, il aurait fallu interdire l’alcool mais c’était alors s’en prendre à la marchandise (un peu comme les émeutiers).

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Comme n’importe quelle victime, les flics ont besoin et attendent qu’on les réconforte. La proc’ se lance dans une diatribe avec toujours la même retenue : « je tiens ici à saluer le courage et l’exemplarité [7]. Ou encore qu’un policier mette un coup de matraque télescopique a un autre dans la bouche et lui casse trois dents.]] des forces de l’ordre. Je sais que le week-end a été difficile, qu’il a fallu beaucoup d’énergie pour maintenir le calme. Je sais que la fête a tourné au fiasco. Je sais leur mobilisation dans la nuit du 14 au 15 juillet. Ils sont là pour qu’il puisse y avoir une fête, pour sécuriser la vie de chacun d’entre nous. Pour lutter contre les risques qu’on court tous les jours avec des événements comme celui-ci et les risques terroristes. »
Et elle finit en faisant l’apologie du flic venant réclamer des dommages et intérêts pour s’être fait bousculer par un père de famille essayant de s’échapper d’un magasin. Le flic n’y est pas allé avec le dos de la cuillère : coup de pied dans le bassin, plusieurs coups de matraque télescopique, balayette, clef de bras et menottage. La proc’ n’en peut plus : « C’est courageux comme positionnement. Il se met devant la vitrine, il est prêt au combat. Il aurait pu les laisser piller. » Tout ce petit monde aimerait bien avoir des héros à glorifier. Mais n’est pas Beltrame qui veut.

Un affrontement de classes

La vérité de ce moment judiciaire, c’est que c’est un affect de vengeance qui anime le tribunal. Ceux qui se sont fait attraper doivent payer pour tout ce qui s’est passé le 15 juillet, le débordement de la fête. C’est ce qui explique l’énormité des peines (au final quatre personne ont été emmenées en prison, les autres peines sont aussi très lourdes).

Ce que tout le monde fait mine d’ignorer et qui ne sera pas évoqué durant tous ces procès, c’est quelque chose comme « l’affrontement de classes » (comme on disait jadis) qui se lit dans cette émeute et la répression qui l’accompagne. Même sans être marxiste, quand on regarde ce qui s’est passé, on est obligé de constater que ce ne sont que des pauvres qui passent en jugement. Ce sont eux qui ont se sont saisis de la victoire de l’équipe de France comme une l’occasion d’aller foutre le zbeul en centre-ville, se refaire une garde-robe au passage et en profiter pour ravager la métropole rutilante. Un bien beau programme.

P.-S.

Toujours bon à savoir : la proc’ a demandé qu’il n’y ait pas de levée des scellés car des analyses vont se poursuivre notamment avec une veste abandonnée à l’intérieur du magasin de vélos et sans doute par les analyses ADN de traces de sang « relevées par les services de police ».

Notes

[1En fait, c’est faux, des affrontements se sont produits dans plusieurs villes : Paris, Nantes, Rouen, Grenoble, Marseille, La Roche-sur-Yon Toul, Mulhouse, Menton, dans les Yvelines, etc.

[2Pour se donner un ordre d’idée, c’est comme si dans des procès pour détournement de fonds publics, les juges se laissent aller à diffuser des vidéos de pauvres qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts, histoire de bien faire comprendre le résultat du procès qu’on escompte.

[3Être gentil face à ces gens-là ne sert à rien, le seul langage qu’ils comprennent, c’est le rapport de force. N’ayant au final rien volé et s’étant rendu, la proc’ a osé demandé contre lui 4 mois avec sursis. La juge lui en a mis 6.

[4Vitrine pétée, présentoirs vidés, murs dégradés, articles volés… Sur la vidéo-surveillance, il a comptabilisé une auto-réduction d’environ 50 individus.

[5Travaux d’Intérêt Général, peine alternative à l’incarcération et où on travaille gratuitement...

[6Comparution sur Reconnaisance Préalable de Culpabilité, sorte de plaidé coupable à la française.

[7C’est sans doute cette même exemplarité qui a conduit à ce qu’un jeune homme se prenne un tir de flash-ball dans la tête et perde un oeil ce même 15 juillet place Bellecour.

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