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À Vaulx, c’est de la frappe ! Manif et blocage du périph lyonnais

Retour sur la journée de lutte du mercredi 13 avril à Vaulx-en-Velin où 600 personnes sont venues accueillir Valls, Macron et El Khomri avant de partir en manif sauvage.

Rendez-vous

13 avril. Une partie du gouvernement Valls se ramène à Vaulx-en-Velin pour préparer une nouvelle loi sur les quartiers. Histoire de dire « nous sommes proches des gens », « on est au plus près du terrain », « on écoute les doléances à la base », etc. Tout le blabla habituel pour essayer de faire croire que la politique est toujours vivante. Qu’elle ne s’est pas intégralement dissoute dans l’entreprise, la Bourse et la gestion de l’ordre public. Et qu’il suffit d’y croire encore, de se « mobiliser » (derrière les gouvernants) pour que la situation s’améliore. D’habitude plus c’est gros, plus ça passe. Mais en pleine période de mouvement, on a du mal à avaler la pilule. Parce qu’on sent bien, à travers les rencontres, les actions, les discussions et les manifs, que ce qui peut ouvrir une brèche dans le présent, ce sont des existences politiques et qui s’assument comme telles, et certainement pas la politique.

Le mot tourne plus ou moins bien. Et à la date annoncée, un peu plus d’un demi-millier de personnes se retrouvent devant la mairie de Vaulx à quelques centaines de mètres du comité interministériel. Vaudais, lycéens du mouvement, gens de Nuit Debout, syndicalistes de SUD et de la CGT et tous ceux qui ont eu vent du rendez-vous. Histoire de dire à Manuel et Najat « cassez-vous ».

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Ce 13 avril donc, les gens arrivent devant le lycée Doisneau, théâtre la semaine dernière de tentatives de blocage de la part des lycéens et d’une bonne répression (plus de 20 arrestations en quelques jours et plusieurs condamnations judiciaires et procès à venir). Tout le périmètre de l’ENTPE, l’école où se rassemble le gratin ministériel, est quadrillé de policiers en tenue anti-émeutes. Des snipers sont même postés sur les bâtiments officiels. Les manifestants se massent néanmoins devant les grilles.

Une bonne partie du cortège, poussée par l’envie de ne pas s’en tenir à du symbolique, file en direction du commissariat pour aller perturber le rassemblement des politiciens. Tout comme le désir que quelque chose se passe se propage au fil du mouvement, certains gestes se diffusent, deviennent des réflexes à chaque fois qu’on prend la rue. En l’occurrence, plusieurs banderoles renforcées permettent de pousser une ligne de flics, mais sans grand succès. Le dispositif policier est trop conséquent. Décision est prise de partir en manif dans Vaulx. Les gens testent quelques chemins vers l’ENTPE mais il y a toujours des rangées massives de robocops au bout. Après quelques essais infructueux, on décide de tenter autre chose.

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Changement stratégique

Arrêter de se fixer sur la réunion des ministres et s’extraire du dispositif policier : voilà le bon geste. En face ils ont mis le paquet sur la « zone rouge » infranchissable. Qu’à cela ne tienne, on va bordéliser ailleurs et les forcer à s’adapter à ce qu’on va faire. L’idée commence à circuler : bloquer le périph’ et foutre le bordel dans la circulation. Un peu sur le modèle des blocages économiques tentés dans plusieurs manifs à Paname, ou sur l’A7 à Marseille en début de mouvement, ou encore en ce moment-même dans le 101e département français, Mayotte, en grève générale depuis plus de 10 jours. Le fait d’avoir un objectif précis, que ce soit aller faire un apéro chez Valls ou aller bloquer telle ou telle infrastructure du Capital, est sans doute ce qui fait la différence avec les manifs flottantes, comme celles du 31 mars à la première Nuit Debout lyonnaise où chaque intersection de rue donnait lieu à des débats sans fin sur où aller et que faire.

On part donc en manif direction Villeurbanne, on passe devant le marché aux puces, les gens nous applaudissent sur les cotés de la manif. Des jeunes et des moins jeunes nous rejoignent. En passant, un RG se fait mettre la pression verbalement et sort de la manif. On se retrouve bientôt sur le périph’ avec barrières et matériel de chantier pour bloquer. Euphorie du moment.

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Blocage, gazage et reflux

Après avoir pris position sur le périph’, les flics arrivent au pas de course et commencent à se positionner en face de nous. Les automobilistes sont bloqués. Un bouchon de 2 km se forme. L’ambiance est grêleuse, des éclairs zèbrent le ciel et bientôt un immense nuage de lacrymo ajoute à la scène une atmosphère « fin du monde ». Les gens reculent puis évacuent. Les policiers viennent au contact. La BAC est particulièrement remontée et, à la fin de l’évacuation, effectue une charge de bâtards où la première ligne de manifestants se fait rentrer dedans et matraquer sévèrement. C’est là que plusieurs personnes se font interpeller [1].

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Un blocage de périphérique à Lyon est une chose assez rare, surtout lorsqu’il est réalisé sur ce mode de l’impréparation totale, du coup de tête. C’est sans doute une petite victoire pour le mouvement du fait du décalage opéré : maintenant, en plus des manifs, on peut aussi bloquer facilement [2] n’importe quel endroit de la métropole sans attendre d’être des dizaines de milliers. À la fois pour enrayer la machine économique, donc ce contre quoi on se bat, et pour rendre la situation ingouvernable. Comme le montre l’exemple de la grève générale en Guadeloupe (2009), le meilleur moyen de rendre la situation hors contrôle consiste à multiplier les opérations de ce genre. C’est d’ailleurs l’invitation de plus de 200 syndicalistes, lassés de l’inertie des directions confédérales (en fait la CGT essentiellement), qui ont lancé il y a deux semaines un appel "On bloque tout" : la « seule manière de gagner et de faire plier le gouvernement, c’est de bloquer l’économie » expliquent-ils.

Depuis le début du mouvement, un des gros enjeux est d’arriver à sortir des formes traditionnelles du « mouvement social ». À ne pas reproduire les erreurs du passé. Ici, le parallèle avec le CPE fonctionne à moitié. Les AG et les occupations d’amphis ou de lycées ne prennent pas. Les assemblées hebdomadaires des deux campus de Lyon 2 ont été rapidement désertées [3]. Et l’occupation de la fac est assez symbolique vu le faible nombre de gens qui y participent réellement. Restent les manifestations qui sont le cœur du mouvement. Son cœur vivant. L’idée que les manifs sur le mode syndical – où plus rien d’autre ne se joue que du comptage de manifestants, où ne s’exprime aucune intelligence de la rue, si peu qui puisse donner envie de rejoindre – servent plus à donner de la force à une poignée de bureaucrates pour aller négocier dans le dos du mouvement qu’à le propager et à le renforcer, fait son chemin. Prendre la tête de manif, redécorer les banques et les agences d’intérim sur le parcours, mettre la pression aux flics : autant de pratiques qui tendent à devenir des réflexes de base dans chaque ville où le mouvement prend de l’ampleur.

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D’habitude, dans les contre-sommets, la zone a rouge a tendance à aspirer les manifestants qui se focalisent sur la manière de rentrer dedans. Ce qui est souvent un échec. A Vaulx, les flics ont été capturés dans leur propre dispositif, incapables d’anticiper ce que la foule allait faire. C’est une petite victoire si on se dit que se défaire de la police ne signifie pas uniquement être en mesure de l’affronter dans la rue mais aussi de déjouer sa stratégie (comme lors de l’action au PS). D’être plus malins qu’eux. Ce qui est largement à notre portée.

Notes

[1Devant le peu de choses à leur reprocher, les flics les ont principalement accusés de "refus de se disperser".

[2Vu qu’en plus, à Lyon, on part aussi d’une situation où y’a peu d’habitudes de pratiques de rue offensives (hormis la parenthèse du mouvement contre la réforme des retraites avec ses émeutes à répétions en plein centre-ville) contrairement à d’autres endroits comme Nantes, Rennes ou Paris.

[3À la fois parce que le fétichisme du vote pour à peu près tout et n’importe quoi a atteint des sommets et parce qu’il empêche de s’organiser pratiquement (voter pour que l’AG se positionne sur la question des tags en manif par exemple). Mais également parce que le niveau de certains débats (« est-ce qu’aller débrayer des amphis n’est pas une action un peu trop violente qui pourrait dresser des étudiants et des profs contre nous ?! ») tire le mouvement vers la léthargie, l’éloigne de sa puissance.

Après, cela contraste fortement avec le culte de l’assemblée partout présent dans les occupations de place de Nuit Debout.

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  • Le 1er mai 2016 à 04:41, par soso

    yo,

    nouvelle vidéo sur cette journée, assez cool !

    https://www.youtube.com/watch?v=M2fZutcUDlw

    Au moins maintenant on peut éviter de filer le lien de celle des fachos de l’agence info libre...
    (je ne parle pas d’ici, mais de manière générale)
    à+

  • Le 20 avril 2016 à 13:01, par Bananarchiste

    Puis pas besoin de syndicats pour faire grève. Même si vous avez une bonne capacité de mobilisation, vous avez aussi une forte capacité de démobilisation y compris quand les AG ouvrières sont pour poursuivre la grève. Normal qu’on soit méfiants.

  • Le 17 avril 2016 à 16:56, par

    Salut,

    c’est pas parce que le texte ne parle pas des grèves qu’il tombe dans l’anti-syndicalisme. Simplement dans ce mouvement, faut reconnaître qu’il y a très peu de grèves par rapport à des situations comme 1995 ou 2010. Pas d’appels non plus à des grèves reconductibles à partir du 28 avril. Donc ce qui fait que le mouvement passe vachement par les manifs, de fait.

    Je pense que la "grève de masse" peut être une bonne option comme tu dis, mais comme elle n’est pas là, et que ce n’est pas l’option retenue par l’intersyndicale au niveau nationale (en fait la CGT vu le poids qu’elle a dedans), et bien il faut se tourner vers d’autres choses à faire pour taper dans l’économie et paralyser le pays sans attendre d’être des millions dans la rue.

    On pourrait par exemple imaginer que d’autres choses soient discuter dans les intersyndicales avant les manifs que juste l’ordre des cortèges, le SO et quels logos faire apparaître sur les banderoles. Des questions plus stratégiques comme : où aller bloquer, avec qui, pour quels résultats, comme aider tel piquet de grève (à Lyon je vois que Bosch pour l’instant), etc. Peut-être qu’il faudrait d’ailleurs se voir en dehors de ces intersyndicales justement, pour évoquer tout cela.

    Parce que dans le fond la situation est quand même assez favorable. Nuit Debout, c’est d’abord un putain de syndrome de masse qui dit (si on laisse de coté tous les errements absurdes comme écrire une nouvelle constitution, écrire des lettres aux institutions, etc.) : y’en a marre on veut plus rentrer chez nous après les journées de manifs, on veut continuer, on veut faire autre chose. Donc partant de là, y’aurait moyen d’envisager beaucoup de choses.

  • Le 17 avril 2016 à 13:52, par Un syndicaliste signataire de l’appel "bloquons tout"

    Il y a un truc régulièrement absent et nié dans beaucoup de textes qui paraissent ces derniers temps sur rebellyon, et qui semblent ne voir le mouvement que par la dimension "étudiante" en laissant de côté ce qui se passe dans les boites (comme si ce que certains ne voient pas n’existait pas....) :
    Le coeur du mouvement, ce n’est pas "les manifs", quelles qu’en soit le mode (avec ou sans affrontement avec les flics, avec ou sans attaques sur les banques et autres), c’est LA GREVE de masse, qui a certainement plus d’impact sur la marche du capitalisme (en s’attaquant à la production et aux profits) que de "rédécorer" les agences d’intérims et les banques...
    Et ça c’est une modalité d’action SYNDICALE, qui a pour effet de bloquer justement l’économie, donc ça serait bien de rompre avec un certain antisyndicalisme bien dans l’air du temps... Mais ça implique de s’organiser collectivement dans les boites, ce que, pour l’instant, seuls les syndicats font...
    Evidemment, en plus de la grève, il faut multiplier les actions collective pour en maximiser l’effet (comme en 2010 par exemple : péages gratuits, piquets sur les sites de la chimie, blocage du traffic ferroviaire...), mais pour être efficace il vaut mieux faire le lien avec les salariés en lutte dans les boites...
    Même si les attaques contre les agences d’intérim et des banques font partie de la construction d’un rapport de force, il n’y a pas besoin de les fétichiser comme c’est fait régulièrement par celles et ceux qui considèrent que les manifs syndicales sont seulement un moyen de "se compter". Non les manifs syndicales sont avant tout un moyen de DEVELOPPER la grève en permettant de briser l’isolement entreprise par entreprise.
    Alors c’est sur, il faut autre chose, en plus, mais le blocage ou les actions, pour être efficaces, et minimiser la répression, ne doivent pas se faire là où se concentrent les flics (justement les manifs), mais en plus, à d’autres temps et lieux stratégiques. C’est possible avec un minimum d’organisation...

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