A la fête des opposant·es au projet d’A45 : « S’ils donnent les premiers coups de tractopelles, on va muscler le jeu »

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A45

Dimanche 18 septembre, les opposant·es au pharaonique et ridicule projet d’autoroute A45 entre Lyon et Saint-Etienne organisait une fête à Mornant. Malgré une pluie constante, l’affluence était là et l’ambiance était combative et joyeuse. Des membres du collectif d’entraide à la rédaction ont recueilli des paroles de participant·es, paysan·nes et militant·es.

Depuis que Laurent Wauquiez a relancé le dossier de l’A45, un projet absurde devant coûter 1,2 milliards d’euros pour réaliser une autoroute parallèle à... une autre autoroute entre Lyon et Saint-Étienne (l’A47), la mobilisation des opposant·e·s grossit. Dimanche 18 septembre 2016, ils et elles appelaient à une fête sur un terrain agricole situé sur son tracé théorique. Le public est venu en nombre (2000 personnes selon une enthousiaste intervenante, on s’approchait sans doute davantage du millier). En vélo (malgré la pluie et le froid, une grosse centaine de cyclistes dans la tracto-vélo), à pied ou en voiture, les personnes ont afflué des alentours plus ou moins immédiats de Mornant comme des villes de Saint-Étienne et de Lyon.

Wauquiez invente le concept de la double autoroute

Un projet d’autoroute reliant Lyon à Saint-Etienne est relancé par le président du Conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez. Chiffrée à 1,2 milliard d’euros, l’A45 viendrait doubler une autre autoroute déjà existante entre ces deux agglomérations, au tracé quasi parallèle. Elle traverserait (...)

20 septembre 2016


Sur place, on trouvait une scène accueillant des concerts, des discussions, des tracteurs et des banderoles, des stands pour manger et boire des produits du coin, ainsi que ceux des associations et organisations présentes (FRAPNA , Confédération paysanne, LPO, Sauvegarde des Coteaux du Lyonnais, Alternatiba, etc.).

Des camarades qui se battent contre le barrage de Sivens et l’aéroport de Notre-Dame-des Landes étaient présents pour témoigner de leurs expériences. Plusieurs centaines de personnes ont assisté, sous une pluie battante, à leur intervention. Celle-ci a permis de dresser des parallèles avec d’autres luttes contre de grands projet inutiles et imposés (GPII), de faire le point sur la difficulté et la nécessité des alliances entre groupes très différents (agriculteurs, militants écologistes et anarchistes, zadistes, etc.) ou encore sur les modalités des procédures d’expropriationet et les possibilités de résistance face à elles.

Avant un retour sur le précieux contenu de leurs interventions (à venir sur Rebellyon), on vous propose de saisir l’esprit de la mobilisation à travers quelques photos et trois interviews, celle d’un agriculteur impacté par le trajet, celle d’un militant « historique » contre les projets autoroutiers du coin et celle d’une Lyonnaise venue pour l’occasion.

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« Ce projet est un non-sens complet »

Interview de Jérôme, éleveur laitier sur la commune de Mornant. Il travaille avec son frère. L’autoroute va passer sur un des terrains de leur ferme. C’est là qu’était organisée la fête.

Comment as-tu appris l’existence du projet ?

Le projet, ça fait longtemps qu’il existe. Ça c’est accéléré au moins de juillet quand ils ont voté le plan de financement de l’A45 à la région. C’est pour ça qu’on est là pour montrer que le combat commence maintenant.

As-tu déjà été contacté ?

Non, ce n’est pas l’heure des rachats de terre. Pour le moment, on construit une mobilisation citoyenne. Aujourd’hui on est très nombreux malgré la pluie, avec beaucoup d’agriculteurs du territoire. On est là pour dire notre opposition ferme à ce projet inutile, totalement inutile. Une autoroute parallèle à une autre, qui va coûter 1,2 milliards d’euros, c’est complètement absurde.

Comment se construit la lutte ici ?

Là c’est une mobilisation citoyenne, donc au départ on est avec nos élus locaux. Il y a des élus départementaux et régionaux qui nous soutiennent aussi, qui sont contre l’autoroute. Il va falloir monter un peu plus au créneau au niveau de la région et ces élus-là, qui ont une influence sur le projet, on attend beaucoup d’eux.

En dehors du fait de s’appuyer sur les élus, quelles sont les perspectives que tu vois pour cette lutte ?

S’appuyer sur des élus qui ont de l’influence, c’est très important. Par la suite si cela ne donne rien et si la région fait ce projet-là, on musclera un peu la lutte et on fera une résistance forte, et même très forte. On est vraiment mobilisés et de plus en plus on va vers une mobilisation plus forte.

Combien de fermes comme la tienne sont concernées par le projet ?

Il y a 500 hectares donc une trentaine de fermes. On est sur un plateau très dynamique au niveau de l’agriculture où beaucoup de fermes transforment leurs produits en circuit court pour approvisionner Lyon et Saint-Étienne. C’est là le non-sens. On parle énormément de circuits courts, toutes les collectivités veulent développer les circuits courts… Là, on est dans un bassin de production avec beaucoup de production, où on fait beaucoup de vente directe aux particuliers, et ils veulent casser tout ça. On est vraiment un territoire de vente directe, avec Uniferme, le premier magasin de producteurs, qui est à côté, qui va être impacté aussi par ce projet. C’est un non-sens complet.

Dans les domaines de l’éducation à l’environnement, comme dans le fait que les contrats de développement durable ne soient plus gérés par les collectivités mais par la chambre d’agriculture, dont sont issus des élus de la majorité régionale et où la FNSEA est très présente, on voit bien la logique de l’équipe de Laurent Wauquiez.

Il y a beaucoup d’acteurs agricoles qui n’ont pas voté contre à la Région. C’est fou. C’est les terres des paysans mais on ne protège pas les paysans. On protège les intérêts économiques de la région… mais l’intérêt économique principal du territoire c’est l’agriculture. Les représentants agricoles qui ne défendent pas les paysans, c’est quand même grave. La Confédération paysanne est sur le terrain et déterminée. Elle nous soutient à fond et il faudrait que les autres syndicats nous soutiennent, qu’ils soutiennent les paysans. L’abandon des terres agricoles pour faire des autoroutes, c’est complètement hors cadre de l’agriculutre.

Des camarades de Sivens et de Notre-Dame-des-Landes sont là aujourd’hui. On voit bien le parallèle. Ce sont des formes de lutte qui vous inspirent ? Les occupations comme les ZAD (zones à défendre) ?

En dernier lieu, s’il ne reste que ça, s’ils commencent à donner les premiers coups de tractopelles, on va muscler le jeu. Ça fait partie d’une des pistes. Mais on ne veut pas en arriver là. Si on en arrive là, c’est la faute de la Région. C’est à eux de prendre leurs responsabilités. S’ils ne veulent pas qu’il y ait une forme de ZAD qui se développe dans le territoire parce qu’il y a beaucoup de paysans qui sont très motivés… voilà, c’est de leur faute s’il y a un truc comme ça qui se passe. Mais nous, producteurs, on aura plus que ça en dernier recours.

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« On espère que des moyens de lutte nouveaux vont émerger »

Interview de Jean-Marc, membre de la Sauvegarde des Coteaux du Lyonnais (SCL). Cette association lutte depuis 1990 contre les projets autoroutiers successifs de l’Ouest lyonnais.

Tu peux nous faire l’historique des projets autoroutiers dans le coin ?

En 1990, ça a commencé avec un schéma de voirie des coteaux du lyonnais qui était en fait l’amorce du C.O.L, le contournement autoroutier de Lyon par l’Ouest.
En ce qui concerne l’A45, il y a vraiment eu les premières études de faites en 1935, mais après ça a été abandonné. Le projet a été ressorti en 1993 par le préfet du Rhône de l’époque.

Pourquoi ça aboutit maintenant à une volonté de concrétisation ?

Ce projet a eu beaucoup de retard, il a été beaucoup reculé, parce qu’il y a eu beaucoup d’opposition, notamment dans toute la partie du Rhône, à cette autoroute. Ça a été beaucoup bloqué. Mais depuis que Laurent Wauquiez est à la Région, il a débloqué de l’argent et ça accélère le processus.

Qui finance ce projet ?

Le financement, tel qu’il est pressenti, c’est la région Auvergne-Rhône-Alpes qui finance 131 millions d’euros, le département de la Loire 131 millions d’euros, Saint-Étienne Métropole 131 millions d’euros, et environ 400 millions d’euros par l’État. Ce serait le concessionnaire, Vinci est pressenti, qui mettrait le reste.

Comment se construit la contestation localement ?

Nous, la SCL, on est les historiques du coin. On est en train d’avoir d’autres opposants avec nous. Les agriculteurs sont vraiment fervents. D’ailleurs ce sont les premiers impactés. On les soutient beaucoup, et ils nous soutiennent, la Confédération paysanne en premier. Il y a aussi d’autres agriculteurs qui ne sont pas de la Confédération paysanne, ce qui est bien, ça veut dire que ça élargit le cercle de plus en plus. Il y a des gens de Lyon, notamment des groupes de jeunes, qui soutiennent aussi d’un point de vue global, comme tous les grands projets inutiles. Ça, c’est important. Parce que l’A45 est un grand projet inutile qu’on veut nous imposer, comme ailleurs, comme à Notre-Dame-des-Landes, comme le Centrer Parks à Roybon. Ces projets-là sont tous liés, ils soulèvent les mêmes problématiques.

Quels sont les moyens que vous envisagé donner à la lutte ?

Une coordination avec des commissions va se créer. On espère que de ça vont sortir des moyens de lutte nouveaux que nous n’imaginons pas encore. Pourquoi pas une ZAD ? On est complètement ouverts. Si une ZAD veut se créer sur le coin, on la soutient. En tous cas, on est déterminé. On va se battre. On se bat contre dur mais on se battra jusqu’au bout.

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« Malgré la pluie, malgré le froid, il y a énormément de monde »

Interview d’une participante, venue du centre de Lyon pour l’occasion.

Pourquoi ça te révolte ?

Parce que c’est un projet qui n’a pas d’autres motivations qu’économiques. Comme tout en fait, que ce soit à l’échelle micro-locale, dans les arrondissements de Lyon ou que ce soit à l’échelle nationale… C’est toujours la même chose, les ambitions ne sont qu’économiques et la parole de l’habitant ou du citoyen on s’assoit dessus. On n’existe pas. On nous fait croire par ces pseudos élections qu’on a un pouvoir. Mais c’est que dalle, c’est juste hyper méga-chiant, c’est insupportable, c’est révoltant.

Comment les citadin·e·s peuvent s’inscrire sur les luttes contre ce projet d’autoroute ?

J’imagine qu’un projet de ZAD est possible si le projet va plus loin et que les décideurs politiques décident de rendre le projet effectif. D’ailleurs, dans les gens qui sont là, y en a plein qui sont dans les ZAD, donc peut-être que la perspective se pose en effet. Même si elle ne prendrait pas la même forme que sur un projet où le terrain est moins étendu. Le truc avec un projet d’autoroute, c’est que ça s’étend à des kilomètre du coup c’est plus compliqué.

J’imagine que les actions doivent pouvoir se faire en plusieurs lieux stratégiques. Par exemple, si les travaux commençaient, je pense qu’il serait possible de bloquer en occupant une zone. Mais justement, si les travaux commencent, cela devient un argument pour les acteurs politiques de continuer la construction de l’autoroute. Donc il faudrait vraiment faire en sorte d’empêcher que ce projet aboutisse. Pour le moment, ce qui a été dit c’est qu’il y aurait quelques élus locaux et des syndicats agricoles qui vont lutter dans les instances « légitimes ». Pour la suite, on verra quels moyens peuvent être mis en place.

Regarde aujourd’hui, malgré la pluie, malgré le froid, il y a quand même énormément de monde, notamment des citadin·e·s. Je pense que ce n’est pas anodin. Il y a des connexions qui sont faites avec les mouvements sociaux de cette année contre la loi « travaille ». Les gens, dont les citadin·e·s comme moi, ont l’envie de s’inscrire sur différentes luttes, de résister de manière collective. Je ne sais pas quelle forme va prendre les luttes qui vont se mener ici dans l’Ouest. Pour l’instant, il y a les locaux qui s’investissent, quelques syndicats d’agriculteurs, notamment la confédération paysanne. J’imagine que des associations d’habitants impactés par le projet peuvent se monter comme à Notre-Dame-des-Landes. Mais je pense qu’un projet de ZAD est possible, oui.

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P.-S.

Article réalisé dans le cadre du collectif d’entraide à la rédaction.

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