À souhaiter le vélo’v.... on obtient la bicycl’hate

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Pourquoi le vélo’v est une mauvaise réponse à une bonne question : comment développer l’usage du vélo en ville ?

À souhaiter le vélo’v.... on obtient la bicycl’hate (prononciation à l’anglaise) : ou pourquoi le vélo’v est la mauvaise réponse à une bonne question : comment développer l’usage du vélo en ville ?

En novembre 2004, le Grand Lyon signe un contrat avec la société JCDecaux qui prévoit la mise en place de vélos en libre-service. En contrepartie, Decaux se voit attribuer le marché du mobilier urbain pour 13 ans.

Contre arguments à la fièvre vélo’v (que je préfère nommer bicycl’hate)

- On n’incite pas à faire du vélo avec un vélo lourd :
l’objet vélo’v développé par la société JCDecaux se doit d’être résistant pour permettre ce système de prêt/location. Ainsi il est doté de nombreux équipements qui le rendent lourd et imposant. Un vélo’v pèse 22kg. Ceci pose des problèmes d’équilibre, de rapidité d’accélération dans des croisements dangereux et exclut l’accès à certains quartiers de la ville (à Lyon les différentes collines) malgré trois vitesses (sans grandes diférences d’ailleurs).

- On crée un danger pour les piétons à généraliser les vélos lourds :
un piéton renversé par un vélo’v (bicycl’hate) a peu de chance de s’en sortir sans dommage. Non au 4X4 à vélo !

- On n’incite pas à faire du vélo avec un vélo inadapté :
les vélos étant tous construits à l’identique, seule la hauteur de la selle permet de l’adapter à l’usager. Peu d’utilisateurs se soucient pour de courtes distances du confort. Pourtant un vélo inadapté à sa taille est source de maux (dos, nuque, genoux, etc.) Il serait préférable un système de prêt/location de vélo personnalisé dans des points d’accueil personnalisé (maison roue libre à Paris, location à Toulouse, Vélocation à Strasbourg, etc.)

- Une qualité inexistante :
l’objet, passé entre d’autres mains (parfois peu respectueuses) est souvent en mauvais état. À rouler régulièrement avec un vélo en mauvais état, on en regrette le confort de sa voiture ou la simplicité des transports en commun. Quelqu’un n’ayant pas de pratique récente du vélo - le vrai - risque d’en tirer une mauvaise expérience. Cela est renforcé par la lourdeur du vélo : les gadgets techniques nécessaires au « libre-service » sont inutiles sur son vélo individuel, donc plus léger, mobile et réactif. Rappelons que les vélos « dorment dehors » sous la pluie. Comment l’inventeur de l’abribus n’a pas créé d’abris pour ses vélos ? Patience, sans doute que cela viendra et avec à nouveau plus de pubs sur les abris... en justifiant cela auprès des élus dans un souci de protéger le matériel. Plus facile de faire passer la pilule en deux fois.

- Un système non-écologique :
un vélo avec de très nombreux composants, 22kg, un cadre d’acier, du plastique non-recyclable inutile (garde boue immense et coffrage du guidon). À cela on doit rajouter les déplacements nombreux de camions chargés de réapprovisionner les stations manquant de vélo. Ces camions stationnent en double file à proximité des stations, ou sur le trottoir.
On peut se poser la question du coût environnemental d’un tel objet et du bilan écologique global d’un tel système : fabrication, stations, camions...

- Un système imposé en plus de la voiture et non en opposition.
les premières enquêtes prouvent que seulement moins de 7% des utilisateurs ont choisi ce mode de transport plutôt que leur voiture. Cela ne veut pas dire que les utilisateurs ont renoncé à la voiture, non, ils l’ont juste laissée de côté à l’occasion de ce déplacement. Moins de 7% est un chiffre ridicule. Ce n’est pas ainsi que la voiture va rester au garage. Au regard de l’impact environnemental de la mise en place d’un tel système, ce gain est inexistant pour nos poumons et pour la planète.
La preuve que l’objectif n’est pas de lutter contre la voiture, c’est que les points de location ne sont pas installés sur la voierie mais sur les trottoirs (pour environ 80%), et Lyon Parc Auto continue de construire des parking dans chaque quartier.

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Rare station sur la voierie... par la suppression de places « handicapé »

- On n’incite pas à renoncer à la voiture et à faire du vélo avec un système pas fiable :
il est souvent difficile voir impossible à certains moment de trouver un vélo en bon état sans faire plusieurs stations. Ce système n’est donc pas fiable pour les déplacements importants (horaire à tenir pour aller à un rendez-vous, aller travailler ou prendre un train) ; soit il n’y a plus de vélos à la station, soit ils sont inutilisables (cassés, crevés). Ce système ne peut donc pas être un vrai outil de transport mais simplement un service, en plus.

- Un système de prêt/location excluant :
Ce système n’est pas ouvert à tous puisque pour l’utiliser, il est nécessaire de posséder une carte bleue ou d’effectuer des démarches d’adhésion . De plus, les tarifs favorisent un type de citoyen, ceux qui possèdent un abonnement de transport en commun (donc des gens déjà très mobiles).

- Un flicage de tous les instants :
pour emprunter, il faut disposer d’une carte, donc s’identifier à l’achat de la dite carte. De la tracabilité à la surveillance, il n’y a qu’un pas. Ceci permet de calculer les flux et les types de déplacements mais d’autres analyses peuvent être faites : « Telle personne vient d’effectuer tel parcours de telle heure à telle heure ». Précisons que c’est une société privée, JCDecaux SA, qui gère vos données personnelles... Lire aussi : Vélo’V : surveillance et notion de partage...

- Un système faisant l’apologie de la bagnole et de la destruction de la planète :
ce système est financé par la pub et donc soulève le problème du message véhiculé par la publicité, celui de la surconsommation. Rappelons aussi que la publicité est à la base de la société automobile.

- Un système qui méprise le piéton :
en contrepartie du marché publicitaire, JCDecaux s’est engagé à mettre en place ses bicycl’hate en libre-service. Aussi, les panneaux publicitaires aujourd’hui sont plus nombreux que sous le précédent contrat alors que la tendance en France est à la réduction de la signalétique publicitaire en ville. Les panneaux publicitaires (+ 40 % environ) envahissent les trottoirs sans aucun respect de l’alignement urbain. Ils sont disposés afin d’être vus, sans aucune règle visant à respecter les piétons, les aveugles, les personnes à mobilité réduite ou avec poussettes. Ils gênent souvent la vue à des carrefours ou des sorties de place de stationnement pour les automobilistes ou coupent la fluidité d’une circulation sur un trottoir. Lire aussi : Vélo’v : l’envers du décor

- Un mépris de l’environnement et du patrimoine :
ces nouveaux panneaux sont grands consommateurs d’électricité. Illuminés, ils possèdent un petit moteur pour offrir aux annonceurs un panneau publicitaire déroulant. Plus nombreux qu’auparavant, ils nécessitent plus de déplacements des camions JCDecaux pour changer les publicités, le nettoyage ou la maintenance. Plus de déplacements polluants donc et bien sûr de la part des conducteurs de ces camions, un stationnement sauvage systématique. Pollution visuelle, pollution des esprits, pollution atmosphérique, gaspillage énergétique ; tout ceci en zone urbaine et dans un site classé patrimoine de l’UNESCO.

- Un CDD qui cache un CDI :
dur pour une ville arrivant à échéance de son contrat sur le mobilier urbain de ne pas redonner le contrat au même opérateur. Dur de justifier le retrait des vélos en libre-service auprès des usagers. Pour une municipalité, ce n’est donc pas qu’un contrat de 10 ans (13 ans à Lyon) qui est signé mais bien un CDI. Et pour JCDecaux l’assurance de ne pas être inquiété dans son monopole.

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Quand le mobilier urbain ne respecte pas les vélos il ne faut pas s’attendre à ce que les cyclistes respectent le mobilier urbain

- Un argument pour ne rien faire en faveur du vélo :
la Bicycl’hate, c’est à l’origine 2 000 vélos lancés dans une ville qui ne dispose d’aucun aménagement cyclable digne de ce nom.
À Lyon, seules deux pistes bidirectionnelles sécurisées existent : rue de la Part-Dieu et quai de Saône. Mal pensées, elles sont pleines d’obstacles (mobilier urbain ou arrêts de bus, chicanes non fluide) avec un revêtement défectueux ou sans système d’évacuation d’eau, les transformant en piscines urbaines les jours de pluie et les jours suivant. Le reste des aménagements n’est que coups de peinture (souvent bien effacés) dans des rues qui n’engagent à rien : pas de réduction du nombre de voies pour les automobiles.
Ainsi, les nouveaux utilisateurs du vélo ont tendance à se réfugier sur les trottoirs au grand regret des piétons. À Lyon, des associations de piétons ont fait appel aux pouvoirs publics pour renforcer la répression (verbalisation) contre les cyclistes. Est-ce par l’amende que l’on veut développer le vélo ? Est-ce en opposant piétons et cyclistes ou plutôt circulations douces et circulations polluantes ? Lire aussi Faut-il passer les cyclistes lyonnais au kärcher ?

- Comme par hasard on trouve de l’espace pour ces attaches vélo :
Pour favoriser l’usage du vélo, il faut aussi rendre facile son stationnement. On regrette que quasiment aucune place dans des lieux surveillés ne soit disponible. Dans la rue, à Lyon comme dans beaucoup de villes, les « arceaux » ou autre mobilier pour attacher son vélo sont rares et toujours situés sur la chaussée, sans protection contre d’éventuel accrochage involontaire de voitures reculant pour stationner ou se déportant sur le coté : cela aboutit parfois à des roues voilées...

- Un système qui n’est pas gratuit :
JCDecaux paye son mobilier urbain, paye une redevance à la ville, paye la fabrication/entretien des velo’v. Il répercute les frais sur l’annonceur qui paye la publicité qu’il confie à mettre sous verre par JCDecaux. L’annonceur dégage un budget de pub en augmentant le prix de ses produits. Nous achetons des produits dont une part non négligeable n’a rien à voir avec le coup de fabrication mais plutôt les frais publicitaires de la marque. En achetant, nous finançons la pub. En achetant, nous finançons ce système sur lequel reposent ces faux « vélo’v gratuit ».

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Mensonge : la bicycl’hate n’est pas gratuite

- Une municipalité communique à peu de frais sur les transports doux :
ce système qui ne lui coûte rien, est visible et ouvre ainsi la porte à toutes les autosatisfactions politiques dans les domaines des transports ou de l’environnement. C’est le cas à Lyon. Plus aucune critique n’est acceptée par la majorité PS-Verts et plus aucun projet réellement au service d’une alternative à la voiture n’est une priorité politique.

Pourtant, ce ne sont pas les chantiers qui manquent pour développer l’usage du vélo en ville. Il serait souhaitable de développer tous les aménagements facilitant la vie des cyclistes (et des piétons) : pistes cyclables, rues calmes, parkings à vélo, espaces couverts et surveillés à proximité des gares, intermodalité, croisements protégés, etc.

- L’avenir des circulations douces doit-il réellement passer par le développement de la publicité ?
- Plus de pubs pour moins d’autos, est-ce la seule alternative des politiques et des aménageurs urbains aujourd’hui ?
- Protéger l’environnement en défigurant nos villes, est-ce la seule solution ?

Si les questions sont idiotes, c’est sans doute que la réponse proposée par le Grand Lyon l’est aussi.

Steve

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