Contre le poison raciste et antisémite : organisons la riposte populaire !

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Analyse de la CGA Lyon sur la montée du racisme et de l’antisémitisme, et sa signification en période de crise.

Contre le poison raciste et antisémite : organisons la riposte populaire !

Il n’est pas nécessaire d’être unE militantE pour constater que depuis une décennie, la parole raciste s’est totalement libérée, justifiant l’oppression raciste concrète ainsi que le passage à l’acte contre des minorités nationales racisées par des courants politiques ou des individus, soit par l’État.
Cette montée du racisme coïncide avec l’aggravation de la crise capitaliste et de ses résultantes (montée du chômage de masse, précarité grandissante, casse des droits sociaux, des services publics, démantèlement de la protection sociale…).

Pour camoufler les vrais responsables de ce désastre humain, à savoir un système économique, le capitalisme, une classe dominante, la bourgeoisie, et une institution qui organise la domination et l’exploitation, l’État, il faut bien trouver des boucs émissaires !

Donc, en plus des "ouvrierEs qui coûtent trop cher et vivent au-dessus de leurs moyens", sont désignéEs comme responsables de cette « crise », les noirEs, les arabes, les turcs/kurdes et minorités originaires de Turquie, les roms, les asiatiques, les juifs/juives et les musulmanEs essentialiséEs et raciséEs, bref toutes celles et ceux qui sont considéré-es par l’idéologie nationaliste comme extérieur-es au corps national même s’ils ou elles ont la nationalité française : les minorités nationales.

Aujourd’hui comme hier, la bourgeoisie diffuse le poison raciste parce qu’il lui permet de « diviser pour mieux régner », en montant les oppriméEs les unEs contre les autres.

L’antisémitisme, quant à lui, s’il s’inscrit aussi dans ce « diviser pour mieux régner » a pour fonction supplémentaire de rendre la classe dirigeante invisible en lui substituant en groupe racialisé, les juifs et les juives. C’est ce qui en fait une forme spécifique de racisme.

C’est la raison pour laquelle l’antisémitisme est indispensable à la bourgeoisie en période de crise capitaliste, parce qu’il lui permet de disparaître aux yeux des oppriméEs en étant invisibilisé par le discours antisémite.

La responsabilité du capitalisme

La question de la responsabilité de l’organisation capitaliste de l’économie dans la crise, de l’appropriation du travail collectif par une minorité possédante, la bourgeoisie, grâce au salariat et à la propriété privé des moyens de production est ainsi évacuée par les antisémites, qui divisent artificiellement le capitalisme en un mauvais capitalisme "financier" qu’ils associent aux juifs et aux juives et un bon "capitalisme industriel".

Or non seulement cette séparation n’existe pas en réalité, non seulement les capitalistes juifs et juives ne sont qu’une fraction infime de la classe capitaliste et ne possèdent qu’une fraction infime du capital, y compris financier, non seulement ce discours nie l’existence bien réelle de la classe ouvrière juive, mais exonère la bourgeoisie française de toute responsabilité.

Avec la crise capitaliste, explose donc le racisme, diffusé par les relais idéologiques de la bourgeoisie et de l’État, qu’il s’agisse des médias bourgeois, de réseaux intellectuels réactionnaires, des institutions étatiques, de courants politiques nationalistes allant d’une certaine gauche étatique aux fascistes. Le racisme comme courant idéologique de fond, comme rapport social et comme oppression concrète, est promu y compris par des idéologues et responsables politiques se targuant d’être antiracistes.

C’est une oppression qui se structure non seulement autour d’actes et de discours institutionnels concrets qui écrasent les personnes racisées appartenant aux minorités nationales présentes sur le territoire, mais aussi de discours et d’actes portés par des individus, courants et organisations politiques qui produisent le même rapport social d’oppression.

Aujourd’hui, le racisme d’État se structure autour d’un discours et d’actes ciblant principalement les minorités noires, arabes et roms.
Mais aussi, dans le cas de l’islamophobie, les musulmanEs c’est à dire les personnes à qui l’idéologie raciste assigne une identité musulmane dans un processus de racialisation d’une identité religieuse. Ces courants sont également portés au sein de la population par des individu-e-s, courants et organisations politiques.

Comme tous les racismes, l’antisémitisme est une arme de la bourgeoisie

Pour ce qui concerne l’antisémitisme, l’État a certes officiellement rompu avec un antisémitisme d’État qui à imprégné le discours institutionnel jusqu’aux années 70 voire 80 (on se souvient de la dénonciation des "agitateurs juifs allemands", mais aussi des propos de Raymond Barre au lendemain de l’attentat de la rue Copernic en 1980 : « Cet attentat odieux voulait frapper les israélites qui se rendaient à la synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic » ), en condamnant officiellement l’antisémitisme de manière opportuniste pour se donner un vernis antiraciste.

Cependant l’idéologie antisémite est profondément ancrée dans l’idéologie nationale française, et est portée par un nombre toujours plus important d’individus, de courants et d’organisations politiques à la faveur de la crise. La conséquence est la reformation d’un mouvement antisémite assumé, de masse.

Comme l’antisémitisme est une nécessité politique pour la bourgeoisie en période de crise, mais que d’autres part il est nécessaire pour l’État de préserver pour le moment les apparences "républicaines" en prétendant lutter contre l’antisémitisme, la promotion par l’État et la bourgeoisie se fait de manière plus perverse : en promouvant les discours antisémites par une dénonciation verbale sans guère d’effets concrets autres que celui de donner une caisse de résonance à ces mouvements en les médiatisant, et en accréditant leur posture "rebelle" et pseudo-révolutionnaire sans pour autant les empêcher de nuire.

Internet et les plateformes telles que youtube, dailymotion, twitter, etc... permettent par ailleurs, moyennant le soutien de certaines fractions de la bourgeoisie, de donner à ces courants un écho très important, notamment au sein de la jeunesse, tout en permettant le contournement d’une stratégie judiciaire qui n’a jamais eu pour objectif réel de briser la dynamique raciste et antisémite.

Le rôle de l’État

En effet la dissolution des organisations ouvertement antisémites telles que l’œuvre française, les Jeunesses nationalistes révolutionnaires, les quelques procès contre Dieudonné et Soral ne les ont jamais empêché d’accéder à une audience de masse, de continuer à diffuser leur venin antisémite et raciste. D’accéder aux plateaux de la télévision d’État (ce qui montre l’hypocrisie du discours étatique autant que celle de la posture pseudo-rebelle de ces antisémites et racistes qui crient à la censure).
La promotion de ces courants, organisations et individus antisémites et de leur discours se fait ainsi "sans avoir l’air d’y toucher".

Cet antisémitisme fait totalement partie de l’histoire de l’État français comme celle des nationalistes et fascistes (de l’affaire Dreyfus en passant par le livre de Drumont « La France Juive », puis avec Vichy et Pétain et depuis pas mal d’années, le FN et les déclarations abjectes de JM Le Pen).

Ces « anti-système », comme aiment à se présenter Dieudonné et Soral, outre leurs idées nauséabondes (antisémitisme, culte de la Nation, de la Tradition, du Patriarcat), ne font de fait que renforcer le système Étatique et la bourgeoisie qui utilisent une bonne vieille recette, à savoir : diviser pour mieux régner afin d’opprimer sans soubresauts, les classes populaires.

Manuel Valls, par ces gesticulations, en médiatisant un maximum Dieudonné (ce qui enchante ce dernier), joue un sale double jeu. D’un côté, il tente de donner à l’État le beau rôle de garant de la lutte antiraciste, alors que lui-même ministre de l’intérieur, continue à expulser comme jamais les sans-papiers, fait des déclarations racistes sur les Rroms en détruisant systématiquement leurs campements de fortune, et entretient en permanence un climat de suspicion vis à vis des musulmanEs.

L’État laisse par ailleurs champ libre au développement de groupes fascistes tels que les identitaires, par exemple à Lyon où ils peuvent continuer à semer la terreur dans les rues de Saint-Jean à partir d’un local (La Traboule) ayant pignon sur rue. Derrière des discours "antiracistes", Valls a la main douce pour les fascistes tout en ayant la main dure contre les antifascistes et les militantEs du mouvement ouvrier et révolutionnaire.

De l’autre il assure la promotion de Dieudonné et s’inscrit totalement dans la stratégie de communication de ce dernier et de ses alliés antisémites, qui peut ainsi se donner une aura "révolutionnaire" et continuer ainsi de détourner la colère populaire contre la bourgeoisie, en la dirigeant vers la minorité nationale juive présentée comme "ayant la main sur l’État et l’économie".

Valls et les antisémites autour de Dieudonné se constituent ainsi les unEs et les autres en faux camps opposés, chacun en tirant des bénéfices politiques, marginalisant le camp populaire, celui de la révolte contre l’exploitation capitaliste et les oppressions réelles et concrètes du racisme et de l’antisémitisme comme du système patriarcal.

L’intestat lutte donc faussement contre l’antisémitisme qui pourra ainsi continuer, comme le racisme, à servir de petite musique de diversion des colères sociales. D’ailleurs, pendant ce temps là, la bourgeoisie continue tranquillement son offensive, l’État français mène ses sales guerres impérialistes, et au niveau national, État et bourgeoisie travaillent main dans la main (cf : pacte de responsabilité présenté par Hollande lors de ses vœux de fin d’année).

Alors quelles pistes pour tenter de résister ?

Même si cela parait insuffisant, l’action individuelle doit être un premier réflexe salutaire. À son travail, dans son quartier, auprès de relations, ne jamais laisser passer un propos, une blague un tant soit peu sexiste, homophobe, transphobe, raciste, ou antisémite. Ce n’est pas si vain que cela !

Mais au-delà de cet acte personnel, c’est le développement et l’organisation des luttes populaires contre l’exploitation et l’oppression capitaliste qui briseront la dynamique raciste et antisémite, en créant les conditions de l’unité populaire contre les classes dominantes qui en sont responsables.

Partout dans les syndicats, il faut désormais lier émancipation sociale et lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Les licenciements, les salaires bloqués ou diminués, la baisse du pouvoir d’achat…et tant d’autres choses, ce ne sont pas les juifs, les arabes, les noirs, les rroms qui en sont responsables, mais bien l’État et la bourgeoisie !

A côté des luttes populaires visant à revisibiliser la classe dominante et organiser la confrontation sociale contre celle-ci, et l’État qui organise sa domination, nous devons soutenir toutes les initiatives d’autodéfense antifasciste, notamment les initiatives autonomes qui émergent au sein des minorités nationales, sur une base antiraciste, face aux violences fascistes.

Car les oppriméEs ont tout intérêt à ne compter que sur elles et eux-mêmes pour défendre leur intégrité physique. Le vernis "antiraciste" de l’’État, à mesure que s’approfondit la crise capitaliste, ne peut que céder progressivement la place à un racisme d’État assumé, garantissant l’impunité aux agressions racistes et fascistes.

Certains, au nom de la lutte contre la Haine voudraient nous entraîner encore une fois sur une mobilisation « Républicaine » ! Qu’est-ce que cela veut dire défendre une République qui chaque jour passant, fabrique un peu plus de chômeur(euses), aide le patronat à mieux faire du profit, organise le racisme d’État pour alimenter la peur de l’étranger, des minorités nationales et nous diviser un peu plus ?!
République qui casse la protection sociale, les services publiques…. Alors en tant que libertaires disons le franchement , ce combat-là n’est pas le nôtre !

Notre volonté est bien de lutter contre l’organisation sociale et économique qui nous opprime et nous exploite en réunissant toutes celles et tous ceux qui vivent là, bossent, galèrent pour vivre...

Nous voulons décider par nous-mêmes de notre sort, et aller vers l’égalité sociale et économique en construisant dans la lutte et l’organisation populaire, une société communiste libertaire. Nous ne nous battons pas pour une révolution citoyenne, mais pour une révolution sociale.

Certes, les temps sont difficiles et l’air nauséabond. La course contre l’idéologie raciste, antisémite, antisociale est engagée. Mais il ne faut pas baisser les bras pour autant.
La tendance peut s’inverser si nous refusons la résignation. Une étincelle peut mettre le feu à toute cette colère sourde. À nous d’être présentEs pour contribuer à développer et organiser la révolte populaire, afin qu’elle ne soit pas déviée vers des boucs émissaires sous l’effet de l’idéologie dominante et de l’action des courants fascistes soutenus par des fractions grandissantes de la bourgeoisie et par l’État.

Coordination des Groupes Anarchistes - Lyon

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