De Lyon à New-York, « nous ne marcherons plus à l’ombre de leurs chars publicitaires »

1503 visites
Lyon

Il me semblait nécessaire de partager ce texte ici, comme réponse d’un allié à la campagne calomnieuse menée contre un groupe queer par les tenants de la pride institutionnelle Lyonnaise.
Le constat est international, les luttes queer ne peuvent pas être récupérées par les complices de la classe dominante qui ont pour objectif la pacification de toutes revendications.
Le constat est donc le même à New-York et à Lyon, il faut s’opposer à elleux, de quelque manière que ce soit.

En préambule, il me semble important, pour des questions de transparence, de notifier que j’écris ce texte en tant que personne cis-hétéro allié des luttes LGBTQIA+. Je ne cherche en aucun cas à prendre la parole « à la place de » seulement à partager des choses vues, vécues, et entendues à la Reclaim Pride March de New-York le 30 Juin 2019. Il me semblait nécessaire de partager ce texte ici, comme réponse d’un allié à la campagne calomnieuse menée contre un groupe queer par les tenants de la pride institutionnelle Lyonnaise.
Le constat est international, les luttes queer ne peuvent pas être récupérées par les complices de la classe dominante qui ont pour objectif la pacification de toutes revendications.
Le constat est donc le même à New-York et à Lyon, il faut s’opposer à elleux, de quelque manière que ce soit.

Le dimanche 30 juin 2019, en même temps que la World Pride NYC, a eu lieu, à New-York, la « Reclaim Pride March » organisée par la « Reclaim Pride Coalition » [1]
Plus de 40 000 personnes répondaient présent.es à l’appel et s’élançaient dans les rues de la ville à 9h30.
Sur les tee-shirts portés par certain.es nous pouvons lire « my pride is politic » [2] , sur les banderoles nous pouvons voir des hommages à Stonewall « the riot continues » [3].

JPEG - 3 Mo

L’atmosphère est festive et revendicative :
nous chantons contre Trump et sa politique, nous chantons contre l’interdiction d’avortement, nous chantons contre ICE [4] et la déportation, nous chantons contre l’état policier, nous chantons contre la criminalisation des travailleur.euse.s du sexe, nous chantons contre l’occupation israélienne ; notre voix s’élève contre toutes formes d’oppressions et le constat suivant est fait « None are free, until all are free » [5]
.
Les moments de chant sont ponctués de minutes de silence pendant lesquelles nous rendons hommage à celleux mort.es sous les coups de la politique néofasciste de Donald Trump, en centre de détention, sous les balles de la police, aux frontières.
Nous reprenons la marche, des membres de Black Lives Matter rejoignent le cortège, l’heure est à l’intersectionnalité et les chants se muent en cris révolutionnaires : c’est au sein de ce système hétéro-normatif et patriarcal que toutes ces oppressions prennent forme, il faut en prendre acte et chercher à le détruire par tous les moyens possibles.

JPEG - 1.7 Mo
« Les brésiliennes contre le fascisme »

Les groupes qui forment la « Reclaim Pride Coalition » partent du principe que la présence de la police et des grandes entreprises au sein de la Pride organisée par la ville est intolérable. Cette dernière ne semble plus être qu’une vaste opération marketing qui promeut l’illusion de progressisme chez les puissant.es, leurs permettant ainsi de dissimuler les violences commises à l’égard des communautés les plus vulnérables, les moins privilégiées !
En plus de cela, la ville de New-York a rendu inaccessible au tout-venant l’accès à sa pride : pour défiler avec elleux il faut disposer d’un justificatif d’appartenance à un des organismes présents. De sorte que, celleux qui s’empressaient de joindre leur fierté à celle d’autres pour marcher se retrouvent simples spectateurices, derrière des grilles misent en place par la police, d’une parade d’entreprises cherchant à booster leurs taux de respectabilité.
Car il ne faut pas s’y tromper, les prides institutionnelles en se donnant l’aspect de grandes fêtes dépolitisées ont pourtant un objectif politique : redorer l’image d’entreprises en utilisant les corps de certain.es, corps qui serviront de référence normative pour en exclure d’autres.
Souvent, le slogan « don’t deny it, Stonewall was a riot » [6] revient, comme pour rappeler ce que fut l’événement originel datant de 1969.

JPEG - 548.7 ko
« Stonewall signifie toujours : Bats toi »

C’est le but affiché de la « Reclaim Pride » qui se traduit en français par « réapproprions nous la pride » : conserver la mémoire de cet événement et les bases politiques sur lesquelles il a était construit [7]. Car la ville de New-York n’a de cesse de vanter dans ses campagnes de communication le fait que la métropole soit le berceau des revendications LGBTQIA+, rappelant Stonewall tout en oubliant qu’il y a 50 ans, c’est la police en commettant des violences à l’égard de LGBTQIA+ présent.es dans le Stonewall Inn qui allume la mèche et déclenche le combat.
La mémoire de cet événement ne peut être abandonnée aux dominant.es qui la réécrive selon leurs objectifs boursiers. Stonewall fut une émeute qui mettait en cause le système politique dans son entièreté. Des militant.es font le parallèle entre l’événement qui a eu lieu il y a 50 ans, et la marche faite aujourd’hui me notifiant que déjà à l’époque, lorsque l’homosexualité respectait les codes hétéronormés du couple et de la vie de famille imposés par le système des dominant.es, elle était alors acceptée par ce système. Pour elleux, garder précieusement cette mémoire, c’est aussi rappeler qu’à l’époque déjà la police attaquait celleux qui devaient être rendu.es invisibles par le système, les personnes racisées, transsexuelles, pauvres, les « inacceptables ». Or aujourd’hui, c’est la même chose qui a lieu quand la ville de New-York refuse l’accès au tout-venant sous prétexte qu’iels n’appartiennent pas à un organisme. Quand le service d’ordre d’une pride institutionnelle appelle en renfort la police pour expulser du cortège celleux qui ne sont pas toléré.es.
Le parallèle avec ce qui s’est passé à Lyon pendant la pride est évident. Partout dans le monde la tendance semble aller vers la repolitisation des fiertés car pour reprendre les termes de camarades lyonnais.es "la techno parade c’est fini !"
Il est intolérable de devoir montrer patte blanche pour assister à une pride comme ce fut le cas à New-York et ça l’est tout autant d’annuler une pride sous prétexte qu’une partie du cortège veut prendre la tête et refuse d’être forcée au silence par un char complètement festif sans revendications politiques affichées alors que tou.tes connaissent l’histoire de Stonewall. Dans les deux cas, il y a des services d’ordre qui travaillent avec la police. Dans les deux cas, le constat est clair : tout le monde n’est pas bienvenu dans les prides institutionnelles ; le plus déplorable étant qu’iels préfèrent avoir dans leurs rangs des flics et des hétéros plutôt que certain.es queers à cause de ce qu’iels représentent.
Aujourd’hui comme hier, les institutions dominantes ont pour objectif de classer les corps selon qu’elles les considèrent tolérables ou intolérables.
Aujourd’hui comme hier, la pride doit rester un moyen de rendre visible celleux qui sont considéré.es comme les intolérables du schéma néo-libéral.

JPEG - 851.3 ko

À l’issue de la marche, nous nous retrouvons près d’une scène au centre de Central Park, à son sommet ses mots reviennent « None are Free, Until all are free ». Des prises de paroles par des personnes racisé.es et LGBTQIA+ ont lieu, le fantôme de Marsha P. Johnson [8] est convoqué et nous pouvons presque sentir sa présence.
Réactualiser cette mémoire en marchant chaque année c’est aussi, en un sens, réparer les mort.es, ne pas abandonner leurs images ni leurs voix.

JPEG - 595.4 ko

Partout les militant.es Queer semblent faire le même constat, la Pride ne peut pas devenir un objet marketing pour entreprises cherchant à lisser leurs images. Surtout, que certaines d’entre-elles, qui défilent dans la rue, finance le reste de l’année des campagnes politiques LGBTQIA+phobes, ou sont des soutiens actifs des politiques anti-migratoires.
Un militant New-Yorkais m’a expliqué sa volonté d’opposer la Reclaim Pride à la Worldwide Pride NYC par cette question :
« Comment je pourrais être fier de défiler à l’ombre des chars publicitaires ? »
Peut-être que le sujet ce n’est pas ce que les organisateurices de la pride lyonnaise, et leurs soutiens, nomment le « fascisme » des quelques personnes queer qui ont voulu prendre la tête de cortège en « bousillant le travail d’une année ». Même s’iels sont revenu.es sur leurs propos dans leur dernier communiqué, dans lequel on pouvait aussi lire la remise en cause de l’identité queer des personnes du cortège de tête.

À la question de cette radicalité jugée outrancière par elleux, j’aimerais rapporter dans ce texte une réponse en forme de question posée par des militant.es queer radicaux.les rencontré.es lors de la marche « lorsqu’il m’est permis de prendre la rue, de qui suis-je le complice ? Qui sont les absent.es ? Et s’il y en a, comment puis-je me sentir libre ? ».

LIENS :

- Sur la Reclaim Pride March :

- Sur les évènements à Lyon, et dans d’autre villes de France :

Sur la Pride et l’appropriation :

Notes

[1Structure fondée par plusieurs organisations comme Act Up NY, Housing Works, NYC Democratic and Socialist of America et SAGE.

[2« ma pride est politique »

[3« l’émeute continue »

[4Le United States Immigration and Customs Enforcement est une agence de police douanière et de contrôle des frontières du département de la Sécurité intérieure des États-Unis. L’équivalent de la Police aux frontières en France.

[5« Personne n’est libre, tant que tout le monde n’est pas libre »

[6« Ne le nie pas, Stonewall était une émeute »

[7Le 28 Juin 1969, la police fait une descente dans un bar de New-York appelé le Stonewall Inn, connu pour être un endroit où se rassemble la communauté LBTQIA+ marginalisée. En réponse à la brutalité policière des émeutes ont lieu pendant plusieurs jours. C’est l’évènement fondateur du Gay Liberation Movement.

[8Marsha P. Johnson, femme trans et drag-queen, est reconnue pour être l’une des initiatrices des émeutes de Stonewall avec Stormé DeLarverie et Sylvia Rivera. Elle fonde avec cette dernière la Street Transvestite Action Revolutionaries (STAR) et participe à des marches de libération queer et d’autres formes d’actions directes. En 1990, elle milite pour Act-Up. Avec Rivera elle fondera la STAR House afin de fournir de la nourriture et des vêtements aux jeunes drag queens, femmes trans, et enfants des rues vivant sur les docks de Christopher Street. Elle est retrouvée morte en Juillet 1992, dans l’Hudson river. La police conclut hâtivement à un suicide, alors que ses proches cherchent à prouver qu’elle à était victime d’harcèlement. La police de New York rouvre l’affaire en 2012.

Proposer un complément d'info

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Publiez !

Comment publier sur Rebellyon.info?

Rebellyon.info n’est pas un collectif de rédaction, c’est un outil qui permet la publication d’articles que vous proposez. La proposition d’article se fait à travers l’interface privée du site. Quelques infos rapides pour comprendre comment être publié !
Si vous rencontrez le moindre problème, n’hésitez pas à nous le faire savoir
via le mail contact [at] rebellyon.info

Derniers articles de la thématique « Rapports sociaux de genre » :

› Tous les articles "Rapports sociaux de genre"