Une scolarisation pas si obligatoire que ça : quand un intégrisme peut en cacher un autre

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Système Scolaire 1 complément

Le gouvernent Macron qui en toute chose s’est fait une spécialité de la gesticulation, prétendait il y a peu, par la voix de deux de ses ministres, se lancer dans une croisade contre le séparatisme à l’école. Loin de s’attaquer aux nombreuses entorses à la carte scolaire (sport national chez les classes moyennes), c’est une fois encore sur les mêmes que le coup est tombé. Cette focalisation sur d’hypothétique extrémistes religieux refusant de scolariser leurs petites filles ne serait-il pas là aussi pour faire oublier la politique raciste de nombreuses municipalités en matière de scolarisation des jeunes enfants.

Déjà le 30 Août dernier, le ministre de l’éducation nationale affirmait dans le cadre de l’offensive gouvernementale contre un prétendu communautarisme que « le fondamentalisme islamiste dans certains territoires a fait que certaines petites filles vont à l’école le plus tard possible ». SUD éducation dénonçait dans un communiqué les propos du ministre. Il rappelait que « De nouveau, le ministre est contredit par ses propres services. L’étude ministérielle, parue en août 2019, indique que la proportion de filles scolarisées à 2, 3 ou 4 ans correspond à la proportion de filles dans leur classe d’âge. Les filles ne sont donc pas moins scolarisées que les garçons dans les classes de maternelle. C’est dans l’enseignement maternel privé, dont la loi Blanquer prévoit le financement accru de dizaines de millions d’euros, que les filles sont minoritaires. » Il y a quelques jours c’est le Ministre de l’intérieur qui se fendait d’une déclaration du même acabit. L’un comme l’autre ont bien été incapables de sortir le moindre exemple venant étayer leurs arguments. Ces petites filles à qui on interdirait la scolarisation pour des raisons religieuses sont pour l’instant à ranger avec le dahu et Nessy dans la catégorie des êtres légendaire dont l’existence reste à l’heure actuelle hypothétique. Ces chimères cachent pourtant des situations de non scolarisation bien réelles qui n’ont pas grand-chose à voir avec une volonté castratrice de parents problématiques.

Il y a quelques années lors d’un travail sur la politique publique de scolarisation des enfants Rroms je notais que bien souvent dans ces populations, le refus de scolarisation procédait de contraintes extérieures aux familles. Les principaux freins à la scolarisation des enfants issus de ces familles se trouvaient découler de l’instabilité du logement. En effet, ballottées de squat en bidon-ville, les familles qui réussissaient à inscrire leurs enfants dans une école se trouvaient parfois forcées, quelques mois après, de parcourir plus de dix kilomètres pour mener leurs enfants à l’école. Surtout, avant ça, il fallait que les familles réussissent à obtenir la reconnaissance de la domiciliation sur le territoire de la commune. La plupart du temps, la faible durée de maintien des familles sur le territoire d’une commune rendait de fait impossible pour les parents d’obtenir ce sésame, souvent essentiel à l’obtention d’une place dans une école. Les familles qui avaient réussi à scolariser leurs enfants étaient celles dont l’arrivée en France était la plus ancienne, plus qu’une situation de refus de scolarisation c’est dans des procédures sans fin que s’ancrait la problématique de ces enfants. Des associations un peu partout en France ferraillaient alors pour faire cesser cette situation comme le Collectif C.L.A.S.S.E.S à lyon

Le 30 juin dernier, le gouvernement se fendait même d’une circulaire rappelant aux mairies l’obligation de prendre en charge la scolarisation des enfants dans l’école publique et simplifiant les demandes en permettant de produire des attestations sur l’honneur en guise de domiciliation.

Pourtant aujourd’hui le même constat peut être fait sur une métropole comme Lyon pour les populations migrantes. À l’automne dernier, lors d’un passage sur un camp de l’agglomération sur 6 fratries, aucune n’était scolarisée dans le quartier et les temps de trajet étaient compris entre 45mn et 1h20. Ce problème touche même des familles pourtant prises en charge par les services de l’État. Cet automne, dans le nord de Lyon où plusieurs familles sont installées dans un squat et un foyer du plan froid, l’organisme chargé de reconnaître la domiciliation fait des pieds et des mains pour empêcher la domiciliation des familles, papier que continue d’exiger les écoles pour l’inscription. Dans l’ouest lyonnais, où des familles devraient là aussi être orientées par la métropole, on conseille aux travailleurs appelés à accompagner les nouveaux habitants de ne pas trop compter sur la coopération des municipalités pour l’obtention d’une domiciliation et la scolarisation des enfants. Bien sûr rien n’est officiel. Les services municipaux ont toujours une bonne raison de refuser la domiciliation à telle ou telle famille et font mine de ne pas savoir qu’une attestation sur l’honneur est désormais réputée suffisante. Rien n’interdit formellement aux travailleurs d’insister pour faire appliquer la loi, c’est plutôt une forme d’autocensure accompagnée d’une mauvaise maîtrise du droit qui prévalent. Cet hiver encore pour les familles rencontrées, le résultat c’est des enfants qui doivent faire des heures de transport tous les jours pour aller et revenir à l’école.

Pour ces enfants, loin des esclandres racistes de ministres, c’est les services décentralisés de l’État qui sont la première source de frein à la scolarisation. Plutôt que de pondre des lois à la chaîne prétendant lutter contre d’hypothétique situation de refus de scolarisation le ministre devrait s’inquiéter des politiques municipales de scolarisation.
En attendant le GITSI a produit un guide sur cette question que vous pouvez lire à cette adresse

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