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Winter is coming

Puisque les gifles et la farine ne suffisent pas, quelques bonnes raisons de faire face aux élections présidentielles qui arrivent.

Le 4 et 5 février 2017, la ville de Lyon se retrouve prise en otage par le lancement de la campagne présidentielle. Macron (le samedi) et Mélenchon (le dimanche) ont choisi de coller aux basques de Marine Le Pen qui lance sa campagne « Bleu Marine », du côté de la cité internationale [1]. La formation d’extrême droite espère bien surfer sur les effets Trump et Brexit pour une fois de plus donner le ton de la campagne présidentielle à venir (table ronde le samedi, meeting le dimanche). Du côté du candidat néo-libéral ou du champion d’une fantômatique France insoumise, il s’agit surtout de s’affirmer en challengers potentiels, à même de rejoindre le FN au deuxième tour.

Vague bleu marine ?

Parmi les trois poids lourds supposés de la future élection présidentielle (à côté des Républicains amorphes et du quasi défunt PS), le FN correspond sans doute à la force politique la plus dynamique : elle caracole en tête dans les sondages, elle s’affirme comme une alternative crédible à la droite et à la gauche de gouvernement (sur le mode du « eux on les a pas encore essayé ») et enfin elle a le quasi monopole des affirmations éthiques (fussent-elles à gerber) concernant la défense d’une certaine « manière de vivre » à la française.

Plus simplement ça veut dire que le FN est le seul parti, en tout cas dans le champ de la politique parlementaire, à être vraiment mobilisateur du point de vue des émotions diffuses (angoisses sécuritaires, peur du déclassement, haine de soi, réflexes phobiques en tout genre...) et à articuler centralement la question de la vie qu’on nous fait et de celle qu’on voudrait avoir (quitte à fictionner une minable identité française qui se projette surtout comme le revers trop faiblard de toutes les autres affirmations communautaires : complot juif, mafia chinoise, clans d’Europe de l’Est, communautés islamiques…). Pas étonnant qu’on retrouve des militants FN dans toutes les initiatives miliciennes qui se sont affirmées ces derniers temps, notamment pour protester contre l’installation de quelques dizaines de migrants expulsés de Calais et relogés dans une myriade de petits bourgs de campagne.

Ceci dit le FN n’est pas un parti extrémiste ou marginal : il est au cœur du système dont il prétend s’affranchir. C’est cette formation qui a affirmé le plus distinctement les thèmes les plus en vogues dans le débat démocratique de ces vingt dernières années… Avec l’invention du problème ou du péril migratoire, l’obsession sécuritaire comme psychose collective et mode achevé de gouvernement, le retour aux valeurs françaises et à l’identité nationale, la relance économique magnifiée en régénération patriotique.

Effacer la vague, dissiper les fantômes, prendre notre élan

Pour son meeting de dimanche, Jean-Luc Mélenchon devrait être présent à la fois à Eurexpo et en hologramme quelque part à Panam’. Sans rire. Voilà un professionnel de la politique qui a le mérite d’en révéler le secret : au fond, nos gouvernants ne sont que des figures spectrales. Mais à quelles hantises tous ces fantômes foireux nous exposent réellement ? Qu’est-ce qu’ils risquent de changer effectivement dans nos vies ?

Pour le Uber-candidat Macron, sa « révolution » (la cyber-précarisation de nos existences) est sans doute déjà en marche, à chaque fluidification de l’économie. L’hologramme Mélenchon nous assure de son côté que voter rend définitivement impuissant (la France insoumise restant une aimable fiction bien incapable d’entamer le réel de la domination ou de l’exploitation). Et la France bleu marine nous promet à la fois un programme de gouvernement par le choc et une mobilisation de tous les petits pouvoirs locaux qui se retrouveront largement « décomplexés » : des flics qui ne se sentent plus pisser, un employé de préfecture intraitable à l’égard des migrant-es, des citoyens vigilants prêts à passer à la vitesse supérieures face à toutes les « racailles ». C’est du fait aussi de cette diffusion massive d’affects réactionnaires que la grande messe FN nous apparaît particulièrement menaçante.

Il y a deux options face à ce lancement en fanfare. Dans le premier cas de figure, on ne fait rien. Leur grand barnum, on s’en branle, et il va falloir subir plein pot (avec toutes nos ressources d’indifférence) ce déballage de conneries sur les étrangers-délinquants et toutes leurs recettes miracles face à la crise : des mesures dont on pressent qu’elles permettent surtout de resserrer les boulons à tous les étages de l’édifice social… Il faudra s’apprêter à en prendre plein la gueule, profiter de la campagne pour s’habituer à tout avaler et courir ensuite de luttes défensives en luttes défensives (éviter que ça empire trop pour les migrants, éviter que ça empire trop pour les libertés syndicales, éviter que ça empire trop derrière le mur des taules, etc.).

Option deux : on bloque l’avalanche avant qu’elle ne prenne trop de puissance ; on la bloque à toute occasion en fait. Après l’annulation de l’université d’été du PS, et selon nos propres rythmes aussi, en affirmant nos propres vérités et nos manières de faire, en se lançant ensemble à l’aventure. Ouvrir en grand nos territoires aux peuplements en tout genre : des gens fuyant la guerre ou la galère, des cultures collectives, des nuits hallucinées et des vies partagées… Pourquoi bloquer, quand même, leur campagne de merde ? Il faut la saboter pour ne pas rester comme des lapins pris dans les phares, rester à l’initiative ; suspendre leur calendrier ça veut dire, pour nous, prendre notre élan, nouer les solidarités pour briser la précarité, saboter la gestion des flux migratoires, arracher les moyens de notre auto organisation. Et hop.

Les 4 – 5 février : réchauffons l’hiver, bloquons leurs campagnes.

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Notes

[1Le 29 novembre 2014, s’est tenu un congrès du Front National au sein de cette même cité internationale qui a donné lieu à une contre-manifestation et des affrontements avec la police en centre-ville

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