Sous l’œil de Big Brother les « bons citoyens » et les autres

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Bon. Des caméras y en a plein. Mais à quoi ça sert ? D’abord, d’après les Cahiers de la sécurité intérieure (1er trim. 2001), il paraît que pour « lutter contre la délinquance » ça marche pas trop. L’efficacité de la vidéosurveillance serait plutôt à aller chercher du côté des dispositifs de contrôle social et de leur puissance de normalisation.

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Les caméras de surveillance correspondent sous cette perspective à une version contemporaine du panoptique, c’est à dire une machine qui permet de tout voir sans être vu, afin d’imposer à une multitude quelconque un comportement donné, tout en repérant les éléments déviants. Quadrillant les axes de circulation, et sous couvert d’impératifs de
« sécurité nationale », le dispositif permet déjà le fichage des manifestantEs et des activistEs (petit rappel : ces petites merveilles de technologie peuvent vous tirer le portrait à 100 mètres en sélectionnant les meilleurs prises de vue...). Parallèlement se développent des logiciels informatiques de type ORION qui définissent des grilles d’analyses visuelles de « comportements dangereux » et déclenchent automatiquement le suivi d’une personne par les caméras.

Qui définit ces critères et dans quel but ? Là c’est le flou, et au travers de ce flou peut s’engager la chasse aux « populations à risque » : attroupements ou stationnements sur la voie publique, personnes portant casquettes et/ou basanées, individuEs suspectEs non soumisEs aux régularités du type : « marche-lèche vitrine-marche-entrée dans magasin » (là les vigiles et d’autres caméras prennent le relais...). Ici la caméra prescrit et définit le bon usage de l’espace public, sous peine d’intervention, de contrôle d’identité ou d’interpellation par la police et les
milices privées. La vidéosurveillance tend à rendre illégal tout comportement anormal ; l’impératif est clair,
« passantEs des quartiers commerciaux : consommez ! »,
« sauvageonNEs des cités : baissez la tête ! ».

La vidéosurveillance dans les zones commerciales ou touristiques permet d’en chasser les indésirables ; elle s’intègre également à une dynamique d’asseptisation de la ville, à une logique de rénovation immobilière qui doit permettre de remplacer les pauvres par des commerces, des touristes et une population plus aisée avec à la clé hausses de loyer, expulsions et relogement à la périphérie pour les populations précarisées (voir les exemples de Saint Jean et de la Croix Rousse). Sous l’œil de Big Brother les espaces deviennent surdéterminés (quartier à fonction commerciale, à fonction résidentielle...), la ville prend un sens unique à l’encontre des espaces vagues aux usages multiples et ouverts, à l’encontre des expériences subjectives de la ville : ça n’est plus seulement nous qui traçons nos propres petites routes dans ces rues, nous nous promenons immédiatement aussi dans leur mauvais film de surveillance, au risque de franchir la ligne qui sépare les comportements acceptables des actes déviants...

Les caméras de surveillance accrochées aux façades, petites sphères noires ou objectifs vides, sont autant d’indices sensibles pour un rappel à l’ordre ; petit à petit elles deviennent ordinaires ; petit à petit, sur le mode de l’auto-contrôle, Big Brother et la machine sécuritaire tendent à se frayer un chemin dans nos têtes.
NAV

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