De Marseille, suite aux attentats de Paris...

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Quelques mots depuis Marseille à propos des attentats de Paris pour tenter de contribuer à une compréhension de la situation, partant d’un constat simple : la violence de Daesh n’est pas une violence aveugle, c’est une violence politique.

Quelques mots depuis Marseille à propos des attentats de Paris pour tenter de contribuer à une compréhension de la situation, partant d’un constat simple : la violence de Daesh n’est pas une violence aveugle, c’est une violence politique.

Suite aux attentats de Paris...

Difficile de développer une réflexion politique critique au lendemain du carnage sanglant de ces tristes attentats de Paris, alors que le bilan des victimes ne cesse de s’alourdir et que des vagues d’émotion agitent l’hexagone et résonnent au-delà de ses frontières territoriales. Tout comme les événements du 7 janvier de cette année et l’attaque meurtrière dans les locaux de Charlie Hebdo et du supermarché Casher l’avaient fait. Il nous semble toutefois important, ou plutôt nécessaire, de parvenir à faire émerger cette réflexion de la marée émotionnelle assez logiquement conséquente à des faits tels que ceux-ci. Quelques-uns s’y sont déjà risqué, et nous faisons à présent nous aussi ce pas.

Tout d’abord, il nous faut exposer le but de ce texte. Et pour ce faire, tenter de voir les différences entre le 7 janvier et le 13 novembre, mais aussi quel legs, quelle continuité on peut voir entre les deux dates. Car ces deux situations ne sont pas en tout point semblables, et leurs différences nous aideront à y voir plus clair pour développer le propos et identifier quelles sont ces fameuses « portes ouvertes » dont les médias se sont fait l’écho (en se référant à une toute autre chose, cependant : eux ont parlé de ces personnes qui ouvraient leur porte pour la nuit en solidarité, nous traiterons d’autre chose).

Dans les deux cas, après les balles et le sang, c’est l’encre qui a coulé à flots, et un grand sursaut émotionnel, à un niveau presque pornographique. Dans le cas de Charlie Hebdo, il a été très difficile de fissurer le sentiment identitaire qui s’est créé après la tuerie. Quelques textes ont néanmoins été écrits dans ce sens à l’époque, et un peu plus depuis, mais il s’agit dans tous les cas d’une quantité infinitésimale en comparaison du phénomène « Je suis Charlie » qui a fleuri partout. A ce moment-là, l’émotion était telle qu’il était très difficile de critiquer cette déferlante et de refuser de se voir accoler cette étiquette, cet autocollant, ce badge, ce slogan, ce mot d’ordre et tous ses dérivés, et celles et ceux qui s’y risquaient étaient très facilement repoussé-e-s dans une catégorie proche de ce que l’on pourrait considérer comme étant la catégorie « ennemi-e-s de la nation », voire en plein dedans.
Le choix était présenté comme simple : ou bien on était Charlie, et donc contre les attentats, ou bien on ne l’était pas, et on était donc forcément pour. Ce qui était d’autant plus facile que le grand étendard paradoxal de la liberté d’expression était alors brandi, et qu’un martyr était clairement identifiable. Mais lorsqu’une parole contraire s’élevait, cette « liberté d’expression » devenait beaucoup plus ténue, écrasée par le sursaut identitaire et les représentations collectives.
En cela, il y a une grande différence entre les attaques de Charlie et les récents attentats. Dans les premières, Al Qaida a porté une ’réponse’ à un fait concret, la publication des fameuses caricatures. Pour les deuxièmes, rien de tout ça, le but de Daesh est de tuer le plus de gens possible. Dans un sens, ces nouvelles attaques, qui ont fait beaucoup plus de victimes, sont aussi plus dépersonnalisées, car il n’y a pas de dénominateur commun auquel faire référence.

Le champ politique (dans le sens social du terme) s’est alors polarisé artificiellement autour de l’État-nation, qui est devenu ce dénominateur commun, comme cela avait été le cas après les attentats du World Trade Center (« Où vous êtes avec nous, où vous êtes avec les terroristes », déclarait le Président Bush suite aux attentats. Critiquer la politique des États-Unis revenait donc à être repoussé dans la case ’terroriste’ et assimilé comme tel). Et l’outil utilisé pour donner une structure et canaliser cette grande émotion a été celui de l’unité nationale, en France comme aux États-Unis, comme en Angleterre ou en Espagne suite aux attentats de 2004.

Or l’une des critiques qui a justement surgi à la suite de l’attaque contre Charlie Hebdo a été la critique de l’idéologie et de l’outil politique que représente cette « unité nationale ».
Et c’est exactement ce qui revient maintenant, après ces nouvelles attaques meurtrières, alimenté d’une dynamique bien plus martiale. Et encore une fois, cette propagande récupère les larmes et la douleur des proches et des familles des victimes des attentats de Paris pour les instrumentaliser. Pour les autres, on peut être choqués, on peut se sentir solidaires, mais ces larmes et cette douleur ne devraient pas être prises comme cheval de bataille pour la création d’un monstre comme l’est l’identité nationale...

La suite à lire sur : https://mars-infos.org/suite-aux-attentats-de-paris-499

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