Il y a 5 ans ? Clément était tué par l’extrême droite. Retour sur ces 5 dernières années sur Lyon

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Du 4 au 14 septembre 2018 se déroule le procès des assassins de Clément Méric à Paris, nos camarades de Paris nous ont demandé notre retour sur les 5 dernières années de la lutte antifasciste que nous avons mené sur Lyon.

Nous sommes La GALE pour Groupe Antifascistes Lyon et Environs et notre création s’est concrétisée à la suite du meurtre de Clément.
Nous nous sommes créés en 2013. Nous faisons partie des fondateurs et fondatrices du groupe. Déja, il y a 5 ans les violences fascistes à Lyon n’étaient pas nouvelles pour nous. Bien au contraire.

Lyon, par son histoire, a toujours été une ville où les réactionnaires ont été très bien implantés. Malgré son nom de "capitale de la Résistance", elle n’en est pas moins un épicentre de la présence fasciste en France. Il y a toujours eu des affrontements avec les fascistes. Mais ils ont changé de nature avec le temps, passant d’affrontements ritualisés, tels que ceux qui pouvaient exister dans les années 80, à des attaques ayant vocation à tuer.

En janvier 2011, l’extrême-droite a franchi une étape dans la violence. Une attaque a eu lieu contre un couple à la sortie d’un concert, à Villeurbanne, en banlieue Lyonnaise. Les agresseurs voulaient attenter à la vie des deux victimes. Dans le même interval de temps, des centaines d’histoires d’agressions contre des personnes racisées ont été rapportées et il n’est pas toujours possible d’en faire l’inventaire.
Lyon est un pandémonium de l’extrême-droite. En 2013, au moment du meurtre de Clément, Lyon héberge sur son sol plusieurs groupes d’extrême-droite très actifs et agressifs.

  • Les Jeunesses Nationalistes, dirigés par Gabriac et Benedetti.
  • La toute récente reformation du GUD Lyon en septembre 2011 avec Steven Bissuel.
  • Les identitaires très proche du stade de foot avaient déjà leur lot de fachos fan de ratonade.

A cette époque nous étions plusieurs groupes antifascistes affinitaires sans nom, ni réelle organisation, nous faisions des actions antifascistes dans l’ombre et sans les exposer ou les revendiquer. L’activité était cependant réelle.
Un mois avant la mort de Clément, 25 d’entre nous avaient été arrêtés en tentant d’empêcher un rassemblement d’Oeuvre française et des Jeunesses Nationalistes à la mémoire d’un natio­na­liste décédé en 1994 .
Cette opération marqua une vraie rupture dans le fonctionnement de l’antifascisme à Lyon, notamment parce qu’il s’agit du moment où la légitimité du CV69 (collectif de vigilance 69 contre l’extreme droite) était remise en cause, et elle a entraîné également l’émergence d’une nouvelle génération de militants et militantes antifascistes.

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Le soir du meurtre de Clément avec d’autres camarades antifa nous avons discuté toute la nuit en attendant la triste nouvelle au téléphone par les camarades de l’AFA Paris-Banlieue.
Le lendemain encore choqués, le cœur lourd et voyant les médias et certains partis politiques récupérer la lutte antifasciste ou au contraire à nous mettre au même rang que les fascistes nous décidions que la lutte antifa qui s’intensifiait sur Lyon ne devait plus rester dans l’ombre, ne devait plus rester inaccessible.

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Partant de ce constat, nous avons décidé de fonder la GALE, et dans le même temps, d’initier un festival antifasciste qui connaîtra cette année sa 6ème édition, le Lyon Antifa Fest. Ce festival s’est forgé en mémoire de Clément et pour soutenir les 25 antifascistes arrêtés sur la contre-manifestation face aux jeunesses nationalistes.

Lyon, grossièrement depuis la révolution industrielle est une ville qui a des spécificités sociales. C’est l’archétype de la ville bourgeoise "modérée". Modérée dans le sens où la mairie se partage entre une droite catholique réactionnaire (elle est la capitale de l’Eglise Catholique en France) et une "gauche" issue du Parti Radical, très droitière et très attachée aux intérêts de la bourgeoisie commerçante et industrielle. Au final, les maires gouvernent en flattant l’un et l’autre. Le traitement réservé aux canuts illustre un peu la manière dont le "dialogue social" s’opère. La ville ne doit son nom de "capitale de la résistance" que par le fait qu’elle a servi de point de ralliement aux groupes et réseaux, non par l’activité de sa population et certainement pas de ses élites.
Il existe donc une véritable tradition de soutien à l’extrême-droite, car elle est principalement issue de la bourgeoisie réactionnaire. L’ex-maire de Lyon, Gérard Collomb, ne fait pas exception à la règle.
L’activité de Gérard Collomb au ministère de l’intérieur est un bis repetita en plus grand de celle qu’il a eu à Lyon : dorloter tout ce qui est réactionnaire ou capitaliste, et frapper sur tout ce qui peut nuire à l’exploitation "pacifique". Le traitement médiatique, policier, politique et judiciaire des fascistes, comparé à celui dont nous avons bénéficié ne laisse pas de doute.

Chacune de nos activités fait l’objet d’un contrôle très étroit, chaque rassemblement ou chaque manifestation se fait sous la menace constante de l’interdiction, de la nasse, des arrestations -même des tractages. Chaque conférence se heurte à des difficultés croissantes. Lorsque des arrestations ont lieu, la police ne se prive pas d’exercer des violences. Lorsque nous sommes déférés devant la justice, les sanctions sont impitoyables. A l’inverse, nous n’assistons qu’à des douceurs, des tendresses, des regards énamourés entre l’Etat et les fascistes. Ce n’est pas un hasard, il s’agit d’une volonté politique.

Certains, certaines, ont cru "naïvement" à la possibilité de pouvoir être, même aux yeux de l’Etat bourgeois, les "gentils de l’histoire", en considérant que le fait de ne pas créer de trouble à l’ordre public et d’être sage tournerait la répression contre les fascistes et ferait que les institutions feraient le ménage par elles-mêmes. Dans les faits, ce fut un pacte avec le diable, nous privant de toute activité tandis que les fascistes continuaient la leur. Cette erreur s’est payée chèrement et continue de se payer, encore aujourd’hui.

Car de fait, Gérard Collomb, la Préfecture et la Justice ont laissé se développer et ont encouragé l’expansion du petit royaume que se sont construit les fascistes. La Horde a, par ailleurs, produit un document sur les amitiés qui unissent notre cher ex-maire aux groupuscules réactionnaires et fascistes.

Les résultats sont là.
Les dissolutions n’ont fondamentalement rien changé (nous pensons qu’ils ont été juste KO quelque temps). Les fascistes ont simplement changé d’enseigne, ont pleurniché pour se faire plaindre, et se sont remis au travail.
Leurs locaux ont continué à tourner. Ainsi, le local des identitaires, qui avait ouvert en 2011 " la Traboule " a servi de base d’opération pour plusieurs agressions. A peine un an après la mort de Clément, en 2014, ce sont deux jeunes qui se sont faits poignarder dans le quartier du Vieux-Lyon, pas très loin du local des identitaires. Poignardés car suspectés par leurs agresseurs d’être des militants de gauche, les agresseurs, quant à eux, étaient sans surprise des militants d’extrême-droite. Les deux jeunes sont sortis quelques jours plus tard de l’hôpital, malgré des blessures sévères. Le procès des agresseurs est d’ailleurs eu lieu ce mercredi 5 septembre 2018.

Plusieurs membres avaient déja été condamnés pour violences, mais à des peines symboliques. Ce local est aujourd’hui toujours ouvert malgré plusieurs manifestations pour exiger sa fermeture. Il s’est même agrandi avec une salle de boxe, l’Agogé, la plus grande salle de boxe identitaire de France.
La Traboule n’a jamais donc été inquiétée par une fermeture. A ces premiers locaux se sont joints d’autres. L’Action Française, qui en possède un dans le Centre de Lyon, puis le GUD, qui est parvenu, lui aussi à ouvrir le sien.

Les fascistes se sont aussi progressivement dotés de locaux commerciaux. Salon de tatouage, boutique de vêtements. Il est cependant difficile à croire que cela soit des affaires rentables, et il n’est pas impossible que des activités illicites et des tours de magie comptables s’y déroulent.

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En 2017, le GUD a ouvert un premier Bastion Social sous forme de squat, qui a pu être fermé par la mobilisation populaire, puis un deuxième, qui, lui, continue d’opérer et sert à lancer des attaques contre divers lieux. Ce succès a fait que le GUD opère désormais sous le nom de Bastion Social, leur nouvelle identité.
Et malgré le nombre d’agressions à caractères racistes, homophobes ou contre des militant-e-s de gauche faites par cette organisation les pouvoirs politiques de la ville disent ne rien pouvoir faire tant qu’ils n’enfreignent pas la loi.

Le message est clair par les amis politiques de Collomb, tant qu’il y a pas de mort, ils ne peuvent rien faire.

Il y aurait par ailleurs matière à se poser des questions sur les liens entre police et groupes fascistes, et quant à savoir jusqu’à quel point les fascistes sont des indics.

En cinq ans, la situation s’est dégradée, tout comme la situation partout dans l’hexagone. Cette dégradation est autant le fait de conditions objectives, approfondissement de la crise, effondrement de la sociale-démocratie... que de conditions subjectives. Parmi celles-ci se trouvent la naïveté effarante avec laquelle la situation est analysée.
Que certains et certaines essaient de faire de l’antifascisme pour dorer ou redorer leur image et rameuter des votants, cela de nous surprend pas.
Mais ce qui est grave, c’est que malgré les discours radicaux, une grande partie de la "gauche" et de la "gauche de la gauche" persistent à croire dans les promesses des institutions et à marcher main dans la main avec les charognards qui voulaient utiliser Clément Méric comme symbole à leur profit.

Nous avons fait le choix de ne plus collaborer à ce jeu de dupe, où on nous demande de tout sacrifier pour des promesses. Ceux qui le font seront perdants.
Mais surtout, et c’est là le plus grave, leur attitude reflète leur absence de confiance dans les classes populaires de Lyon, dans leur rejet du fascisme, dans le fait qu’elles haïssent la clique de bandits et d’agresseurs, et qu’elles sont ceux et celles qui feront pencher la balance en faveur de la victoire, tant contre les réactionnaires, tant contre les fascistes, que contre les exploiteurs en général.

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L’antifascisme est l’affaire de tous et toutes.

L’antifascisme n’est pas un fond de commerce, c’est le bouclier qui nous protège tous et toutes des réactionnaires, des néo-nazis, des obscurantistes, de tout ce que l’agonie du capitalisme peut vomir de pire. "

Notre lutte continue. Solidarité avec toutes les victimes du racisme, du fascismeet des violences et crimes policiers.

LA GALE

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  • Le 16 septembre à 17:15, par

    Le studio de tatouage fasciste "point d´encrage" a changé de nom (et de propriétaire ?) quand au magasin de fringues de Bissuel et Dijan, il est fermé , le local est a céder.
    Visiblement le faf business n´est pas très rentable. (a moins qu´ils ne se préparent a ouvrir des locaux ailleurs ?)

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