Manifestations lyonnaises contre la réforme des retraites (5, 6, 7 décembre) : la République matraque et tire à tout va

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Lyon Réforme des retraites 2019-2020

A l’issue de trois belles et intenses journées de mobilisation, jeudi 5, vendredi 6 et samedi 7 décembre 2019, le comité de liaison contre les violences policières établit un bilan provisoire des pratiques policières qui ont marqué ces journées.

Jeudi 5 décembre 2019

Beaucoup de gaz lacrymos place Victor Basch, près de Saxe-Gambetta, puis au niveau du pont de la Guillotière, puis sur les quais au niveau du skate park, et enfin place Jean Macé à la fin de la manif.
Un peu après 13h, quai Claude Bernard, alors qu’il s’apprêtait à descendre en direction de la rue Passet, V a reçu une grenade lacrymo au visage.
Il écrit :

"Au sommet des escaliers, je reçois en plein visage une bombe à gaz lacrymogène. Je suis sonné et n’ai plus conscience de ce qu’il se passe, la tête pleine d’acouphènes. Je titube encore sur quelques mètres, avant d’être pris par le bras par un streetmedic (témoin retrouvé grâce à l’appel du 10 décembre de la CGT), puis par un deuxième streetmedic (témoin retrouvé grâce à l’appel à témoin du 10 décembre). Ils me font m’allonger par terre. Une dame de la CGT qui a été témoin de la scène appelle les pompiers par téléphone qui refusent de venir (dans une manifestation, les pompiers n’interviennent que sur appel des forces de l’ordre). Au bout de quelques minutes, les médecins s’en vont pour voir s’il n’y a pas d’autres blessés. La dame de la CGT et une deuxième dame, me conduisent vers un banc public, où j’ai un nouveau malaise. La dame de la CGT rappelle les pompiers qui acceptent finalement d’intervenir et arrivent sur le lieu une dizaine de minutes plus tard. Ils me prennent en charge et me font un examen médical au bout duquel ils constatent un hématome. Pendant ce temps, un policier de la Police Nationale discute avec un des pompiers et enregistre mon identité. Ils me laissent partir et me conseillent de la glace et du repos. Ma compagne vient me chercher et nous rentrons à notre domicile.
Je n’arrive plus à ouvrir la bouche, et mon œil gauche se gonfle et je n’arrive plus à l’ouvrir non plus.
Du jeudi après-midi au samedi matin, je suis alité et je n’arrive pas à m’alimenter.
Samedi matin, je fais un malaise. Ma compagne appelle les secours et je suis emmené à l’hôpital Saint-Luc-Saint-Joseph. Les examens poussés (scanner, radio) montrent cinq fractures au visage. Ce bilan me vaut 45 jours d’ITT et 37 jours d’AT."

Appel à témoignages pour ce blessé au visage : si vous avez été témoin de cette scène, merci d’envoyer vos témoignages .

D’après un témoin, après la fin de la manif, aux alentours de la place Jean Macé, une cinquantaine de personnes ont été nassées, ont reçu des gaz lacrymos et beaucoup ont été matraquées. Un autre témoignage fait état de plusieurs personnes blessées. Un quarantenaire a été blessé au crâne (une plaie qui saignait abondamment), alors qu’il était mains en l’air. Un autre homme a été blessé à la tête. Une personne s’est effondrée au sol suite à un coup de matraque. Un couple a été matraqué alors qu’il était enlacé et en pleurs. Un dernier témoignage corrobore ce récit : une personne présente à l’hôpital Edouard Herriot a vu arriver plusieurs personnes blessées au crâne (elle en a compté cinq) à quelques minutes d’intervalles.
Si vous avez davantage d’informations sur ce qui a eu lieu, merci de nous contacter : comite-violences-policieres@protonmail.com

Un pompier a apparemment été blessé par un tir de gomme-cogne [1] ce même jour, si vous avez assisté à la scène, merci de nous contacter pour nous donner plus d’informations.

Vendredi 6 décembre 2019

Offensive brutale sur des mineurs du lycée Ampère-Saxe, gaz lacrymogènes, une lycéenne a été molestée et insultée, elle souffre depuis d’une lésion de la coiffe, tendon de l’épaule gauche. Un lycéen de quinze ans a été blessé au visage par un tir de gomme-cogne et hospitalisé (voir notre communiqué).

Samedi 7 décembre 2019

- W, 19 ans, a pris une grenade lacrymo dans la cheville place du pont. Pris en charge par les médics, il décide de continuer la manif, bien qu’il boite. Cours de la liberté, la police bloque la rue, ordonne aux manifestant-es de faire demi-tour et de se diriger vers le sud. W demande "laissez-moi passer, je suis blessé", la police lui refuse le passage et lui ordonne d’avancer plus vite (il ne peut pas, il est blessé), lui met un coup de matraque en plus. Avec les lacrymos en plus, vers 17h, W se sent mal et s’étend, il est à nouveau pris en charge par les médics. Ce jeune homme a été blessé par la police, puis matraqué alors même qu’il venait de dire qu’il était blessé !

Pendant cette grosse charge de police, vers 16h30-17h30, autour du cours de la Liberté, d’autres personnes blessées ont témoigné directement :
- X a reçu un coup de matraque sur la tête, si fort qu’il en est tombé (cours de la liberté)
- Y, au moment de la charge, prend une rue perpendiculaire au cours de la liberté, une grenade de désencerclement (d’après une medic) lui est envoyée dans les jambes, mais n’explose pas. La police arrive pour la matraquer, elle arrive à se réfugier dans un magasin in extremis
- Un groupe de personnes, cours de la liberté, s’est vu charger par le camion des "forces de l’ordre", des personnes ont été matraquées

D’après des témoins :
- un jeune a été frappé par cinq agents dans une rue perpendiculaire au cours de la liberté
- un ancien a été tapé sur la tête à coup de tonfa
- alors que des policiers insultaient une manifestante, un ami à elle s’est indigné, il a reçu un coup de matraque sur la tête, avait le crâne en sang…

Force et soutien à toutes ces personnes !

Heureusement, comme le répète la préfecture encore mardi 10 décembre, que « le droit de manifester est constitutionnel » !

Notes

[1Nous bannissons le terme utilisé par la novlangue préfectorale de « LBD » (pour « lanceurs de balle de défense ») puisqu’en pratique ces armes sont systématiquement utilisées comme armes d’offensive contre les manifestant-es. Elles ont soit-disant remplacé les armes à feu pour les missions de maintien de l’ordre, mais en réalité, si les forces de l’ordre n’en avait pas, elles ne tireraient pas du tout, et chacun-e s’en porterait mieux !

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