Témoignage d’un Lyonnais blessé à Paris le 14 juin : les grenades peinent à entamer ma détermination

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Loi travail

Le témoignage d’un Lyonnais blessé à Paris par l’explosion de deux grenades alors qu’il se trouvait seul sur la chaussée.

Paris, le 14 Juin 2016. Je n’ai aucune idée de l’heure à laquelle c’est arrivé. Pour ce qui est du lieu, n’étant pas Parisien et je l’avoue un peu perdu du fait de l’acharnement des flics sur la tête de cortège, j’ai un peu de mal à me situer. Après visionnage de quelques vidéos et recoupement de témoignages, ce serait à hauteur de l’église St François-Xavier, peu après le désormais fameux “saccage” de l’hôpital Necker. Pour la énième fois depuis le départ de la manifestation, nous nous fîmes copieusement gazer la gueule et sans vraiment comprendre ce qu’il se passait, je me retrouvais isolé seul au milieu de la route. La plupart des copains s’étaient regroupés sur le trottoir de droite, les flics se trouvant de l’autre côté de la rue.

Le temps de tourner la tête et de m’en rendre compte, une première explosion fait péter un gros bout de bitume devant moi ; j’ai peu de souvenirs nets de ce moment là, excepté celui de ce trou rond dans le sol. Je pense que j’ai commencé à marcher à reculons, assez lentement. Il faut aussi dire qu’à partir de là j’avais les tympans bien atteints, j’avais l’impression d’être sous l’eau, profond. C’est donc là qu’est arrivée la seconde grenade, celle qui a explosé à mes pieds, envoyant des éclats se loger un peu partout dans ma chair. Je n’entendais vraiment plus rien, juste une fréquence très aiguë et j’ai dû avancer en titubant jusqu’au trottoir où l’équipe médicale m’a recueilli. Pas de douleur mais une sensation étrange, comme des fourmis dans les jambes et sur le torse.
Ils m’ont fait m’asseoir et effectivement, quand j’ai enlevé ce qu’il restait de mon t-shirt, mon torse était en sang et plein de petites boules de chair gonflée. Je pensais à une grenade assourdissante, tellement la détonation avait été puissante, mais ayant parlé avec pas mal de monde présent à ce moment là, et au vu des bleus que je me tape aujourd’hui, c’était sans doute (seulement) une grenade de désencerclement.

Mille mercis à l’équipe médicale (je n’ai pas retenu ton prénom mec, mais je retiendrai ton calme et ton attention) qui m’ont fait reprendre doucement conscience et ont arrêté rapidement les saignements.

À tous ceux qui en passant devant moi, lâchaient un petit “Courage”, “Ça va, mec ?” ou même “La putain de sa mèèère”, merci à vous aussi ; j’avais perdu de vue mes potes dans la bataille mais je me suis senti très vite bien entouré.

Au flic qui m’a lancé deux grenades d’affilée dessus, je rappelle tout d’abord quelques règles d’usage : « les DMP ne doivent être employés que dans un cadre d’autodéfense rapprochée »
note du Directeur central de la sécurité publique du 24 décembre 2004 J’étais seul, à au moins dix mètres de toi, statique. Qu’est-ce qui a motivé l’utilisation d’une grenade, si ce n’est la seule volonté de blesser ?

Cette seule volonté de blesser, on l’a constaté de trop nombreuses fois à Paris, ce mardi 14 juin. On ne nous fera plus croire à un hasard, un faux rebond, un feu ami. Cette lutte est désormais inscrite dans ma chair et dans celle de milliers d’autres. Et si cette stratégie vise à nous décourager, ça ne fonctionne pas, mais alors pas du tout.

Bisous.

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