Théâtre : Ma guerre d’Algérie

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« Ma guerre d’Algérie », de Bernard Gerland
Du 15 au 17 mai au Horlieu

Nous voilà face à une « pièce de théâtre » tirée du témoignage d’une personne, Bernard Gerland, qui, comme appelé, donc sans que son avis ne lui soit demandé, est envoyé par le gouvernement français de l’époque (début des années 60) pour combattre le(s) mouvement(s) indépendantiste(s) algérien(s). Il avait alors vingt ans et, à son retour, de même que les nombreux autres appelés [1], il se tut puisque autant le gouvernement français que le nouveau gouvernement algérien maintenaient l’omerta quant à cette guerre.

De leur côté, les sociétés civiles pensaient évacuer le traumatisme par ce silence, mais elles n’ont fait que renforcer ce tabou. Cette fausse pudeur (ne pas parler à quelqu’un d’une chose qui lui fait mal) leur a
permis de se faire une bonne conscience et a contribué parallèlement à l’enfermement des individu-e-s. Le silence qui entoure encore maintenant la guerre d’Algérie reflète les multiples blessures, encore à vif, de part et d’autre de la Méditerranée.

Cette pièce (jouée dès 1996) s’inscrit dans un mouvement très récent qui consiste à réouvrir le débat public sur le passé colonial de la France en Algérie. Elle ne donne pas de réponses mais elle permet de poser des questions et, à mes yeux, de dénoncer deux choses importantes : d’une part, la gestion déplorable de la mémoire de cette guerre qui n’a pas été qualifiée comme telle (seulement par des euphémismes comme « opérations de pacification », « événements »,...) jusqu’en 1999 et qui a été chassée de l’Histoire officielle. De cette façon, ses acteurs-trices n’ont trouvé aucun espace pour exprimer leur vécu et en faire le deuil. Par ailleurs, elle met le doigt sur les logiques militaristes de l’état [2] français - qui sont à peu de choses près les mêmes que celles des autres états. Le témoignage poignant de B. Gerland nous
permet de comprendre que des personnes ont commis des atrocités mais que c’est le système militaire dans son ensemble qui est condamnable ; il profite de la vulnérabilité des individu-e-s pour les modeler en fonction de ses objectifs.

B. Gerland nous livre un jeu de scène travaillé où il provoque les spectateurs-trices, il va les chercher dans leur fauteuil confortable en les regardant dans les yeux, en éclairant la salle... Le-la spectateur-trice ne peut être passif-ve, il-elle participe à la réappropriation de son passé.

Autour du spectacle de B. Gerland, l’association Parlons-en est née en mars 2001. Son objectif est de « promouvoir le débat public à partir de l’expression artistique, autour du thème de la mémoire ».

- Pour les contacter : Assoc Parlons-en, 81 Bd E.Zola, 69600 Oullins (04.78.51.37.37).

Kartochka

Notes

[1Selon les estimations il y eut 1 500 000 à 2 000 000 d’appelés mobilisés en Algérie entre 1954 et 1962.

[2Cette « faute » est volontaire et émane juste du désir de désacraliser ce concept.

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