Une petite histoire des empreintes digitales

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Vous vous demandez d’où vient cette manie des flics et de l’administration de prendre vos empreintes digitales à tout bout de champ ? Voici une réponse donnée par l’historien Carlo Ginzburg, extrait d’un article intitulé « Traces ». Attention l’histoire est moche… On pouvait s’en douter !

Toute société ressent le besoin de distinguer ses propres composantes ; mais les manières de faire face à ce besoin varient selon les époques et les lieux. Il y a, avant tout, le nom ; mais plus la société est complexe, plus le nom semble insuffisant pour circonscrire sans équivoque l’identité d’un individu. Dans l’Égypte gréco-romaine, par exemple, on enregistrait, à côté du nom de celui qui s’engageait devant un notaire à épouser une femme ou à effectuer une transaction commerciale, quelques détails physiques sommaires, accompagnés de l’indication de cicatrices (s’il en avait) ou d’autres signes particuliers. Les possibilités d’erreur ou de substitution frauduleuse de personnes restaient de toute manière importantes. Par comparaison, la signature apposée au bas des contrats présentait de nombreux avantages ; à la fin du XVIIIe siècle, dans un passage de sa Storia pittorica, consacrée aux méthodes des « connaisseurs », l’abbé Lanzi affirmait que le caractère inimitable des écritures individuelles avait été voulu par la nature pour la « sécurité » de la « société civile » (bourgeoise). Assurément, les signatures pouvaient elles aussi être falsifiées ; et surtout, elles excluaient du contrôle les non-alphabétisés. Mais malgré ces défauts, pendant des siècles et des siècles, les sociétés européennes ne ressentirent pas la nécessité de méthodes plus sûres et plus pratiques pour établir l’identité — pas même quand la naissance de la grande industrie, la mobilité géographique et sociale liée à celle-ci et la formation très rapide de gigantesques concentrations urbaines eurent radicalement changé les données du problème. Et pourtant, dans une société présentant ces caractéristiques, faire disparaître ses traces et réapparaître sous une nouvelle identité était un jeu d’enfant — et pas seulement dans des villes comme Londres et Paris. Mais ce n’est que dans les dernières décennies du XIXe siècle que l’on proposa, de divers côtés, en concurrence les uns avec les autres, de nouveaux systèmes d’identification. Cette nécessité écoulait de vicissitudes contemporaines de la lutte des classes : la constitution d’une association internationale des travailleurs, la répression de l’opposition ouvrière après la Commune, les modifications de la criminalité.

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