Procès pour agressions sexuelles : brisons le silence le mardi 7 décembre

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Nous, comité de soutien aux plaignantes dans l’affaire d’agressions sexuelles aggravées qui sera jugée le 7 décembre prochain, après une instruction de 3 ans, vous invitons à nous retrouver devant le tribunal judiciaire de Lyon (rue Servient), mardi 7 décembre à partir de 13h30. Pour soutenir les plaignantes, mettre en lumière le rôle défaillant de la justice dans cette affaire et combattre ensemble la loi du silence qui pèse sur les victimes de violences sexuelles.

En juin 2017, une première victime dénonce les faits et dépose plainte, rejointe dans cette procédure par huit autres femmes. L’ensemble des plaignantes parle de faits similaires : au prétexte de massages lymphatiques, le professionnel, qui officie depuis plus de 25 ans au sein de l’herboristerie Gailleton, place Gailleton, Lyon 2e, amène une femme dans son arrière-boutique, qu’il verrouille à clef, tamise la lumière, se change pour se mettre en vêtements satinés près du corps ou carrément en t-shirt et en caleçon, demande à sa cliente de se devêtir et l’agresse sexuellement, tout en lui recommandant d’ « oublier qu’elle est une femme, et lui un homme ». Lui ne semble pas oublier tant que ça la différence puisqu’il refuse souvent de prendre des clients masculins en rdv pour des massages. Régulièrement, il propose aux femmes qu’il agresse de bénéficier de réductions sur les « soins », de repartir avec des plantes gratuitement, voire de travailler dans la boutique qu’il tient. Plusieurs jeunes femmes embauchées dans le commerce témoignent ainsi d’agressions.
Ce praticien exerce depuis plus de 25 ans, et a probablement commis des dizaines et des dizaines d’agressions. Suite à ce premier procès pour plusieurs agressions sexuelles, un autre se tiendra dans plusieurs mois pour viol devant la Cour d’assises (il est désormais incarcéré en détention
provisoire depuis le mois d’avril pour ces faits).

Plusieurs éléments nous semblent révélateurs dans cette affaire :

Tout d’abord le traitement par la justice de cette affaire explique sans doute pourquoi tant de victimes hésitent à porter plainte. Avant la plainte déposée en 2017, nous avons connaissance d’au moins deux plaintes classées sans suite pour des faits similaires. De plus le praticien a été initialement interdit d’exercer des massages dans le cadre de son contrôle judiciaire (suite à la
plainte de 2017). Pourtant une juge de la Cour d’Appel a jugé bon de suspendre cette interdiction, lui permettant ainsi dans les faits de poursuivre ses agressions. La juge d’appel l’a en effet autorisé à reprendre son activité de massage, avec comme seule contrainte de faire signer un formulaire de consentement au préalable. Plusieurs femmes ont malheureusement été agressées après cette autorisation à poursuivre ses massages, puisqu’au moins deux autres femmes ont porté plainte pour des faits commis alors qu’il était placé sous contrôle judiciaire. La signature d’un contrat n’éloigne pas la survenue des violences. La justice a été dans les faits incapable de
protéger les femmes franchissant la porte de ce cabinet de nouvelles agressions.

Porter plainte a été pour nombre d’entre elles source de stress, de souffrance, voire de culpabilisation. La pression mise par les policiers en vue des confrontations avec l’auteur des agressions a été difficile à vivre, les victimes ont parfois eu le sentiment d’être traitées comme des
coupables, et l’une des plaignantes est actuellement sous le coup d’une plainte pour diffamation. Elle a eu le tort d’avoir laissé sur internet un commentaire mettant en garde d’autres femmes, et alertant sur les poursuites ouvertes à l’encontre du praticien. Ce commentaire a
pourtant permis à des femmes d’être alertées et de signaler elles aussi des violences dont elles ont été victimes. Son procès pour diffamation aura lieu dans les mois prochains.

Force est de constater que les commissariats et les palais de justice ne sont pas ces lieux d’écoute de la parole des victimes qu’ils prétendent être. Nous savons d’ailleurs que ces institutions servent bien souvent à maintenir des rapports de domination au sein de la société. Elles ne proposent que rarement une écoute réellement bienveillante, et vont jusqu’à poursuivre
celles qui s’autorisent à parler. Le parcours judiciaire tend aussi à individualiser chaque plaignante, à les déposséder des moyens d’action qui leur semblent justes et de ce qui se passe après l’agression. On reproche aux femmes leur silence  mais pourquoi n’ont-elles rien dit ? »), mais on les entrave lorsqu’elles se décident à parler. De plus elles n’ont plus leur mot à dire une fois que la justice se saisit de leur affaire.

Cette affaire est révélatrice d’un système général de silence, qui est explicitement ou tacitement imposé aux personnes qui subissent les violences sexuelles dans notre société. Plusieurs victimes n’ont pas pu parler publiquement, nombreuses sont celles qui n’ont pas souhaité porter plainte, et plusieurs femmes qui se connaissaient et savaient qu’elles consultaient le même herboriste n’ont même pas osé se raconter ce qu’elles avaient subi.

  • « Je pense aux nombreuses femmes qui ont eu le malheur d’entrer dans sa boutique, qui se sont dit que c’était de leur faute, et parce que la honte isole, n’en ont parlé à personne. Ces femmes restées dans le silence. Un silence qui n’est pas sans violence, un silence qui est un bâillonnement, un silence qui mutile. » (une plaignante)

Cet empire du silence pousse à l’intérieur même de nos corps. Car ce silence n’est pas seulement un mutisme, une impossibilité à s’exprimer, mais avant cela, une incapacité à se formuler pour soi, dans son for intérieur, ce qui fait violence. C’est le fait de ne pas se faire confiance, de se dire que l’on a mal compris, mal interprété les signaux de l’autre, d’avoir été tellement habituée à ne pas être écoutée, qu’on ne s’écoute même plus soi-même, sa propre voix intérieure, ses sensations les plus intimes, et qui fait qu’on enfouit profondément ne serait-ce que le souvenir de ces violences.

Ce système qui fait peser le silence, la honte et la responsabilité du côté des victimes se nomme le patriarcat, et il est bien plus large que les agissements d’un pitoyable petit homme.

  • « Aujourd’hui, ma responsabilité consiste à analyser ce qu’il s’est produit chez moi, quand je me suis retrouvée sidérée, chercher à comprendre d’où cela vient, comment le déjouer, et surtout, en parler. C’est aussi de rendre publique cette histoire, pour tenter de participer à mettre une pierre dans cet engrenage de système de silence. »
  • (une plaignante)

Cette domination est redoublée par le rapport d’autorité et de légitimité que confère le statut de soignant, et de patron. L’herboriste prenait bien soin d’afficher ses diplômes au mur et de rappeler sa qualité de professionnel. Ce rapport de pouvoir ne se révèle pas que dans les agressions sexuelles. Nous pensons à toutes celles et ceux qui, sous prétexte de ne pas avoir de
diplôme, mais simplement un corps, voient leurs ressentis niés par le savoir médical. Violences obstétricales et gynécologiques, maltraitance sous couvert de soins, aux urgences ou dans le secret des cabinets...

C’est pour briser ce régime de silence que nous écrivons ce texte. Nous souhaitons aussi que cette histoire circule largement et invitons collectifs ou journalistes à nous contacter à l’adresse mail suivante : proces07.12.21@gmail.com .

Nous serons nombreuses et nombreux le 7 décembre prochain, à nous réunir devant le tribunal judiciaire rue Servient à partir de 13 heures 30, pour soutenir et encourager la libération des paroles. Le but n’est pas simplement de venir se poser en victime, et de dénoncer les agissements d’un personnage monstrueux. Les monstres n’existent pas. Il s’agit de regarder notre société en face, nos amis, nos frères, nos fils. Rendre publique
cette affaire, c’est déjà jeter une pierre dans le grand rouage du silence, censé nous écraser.

Parlons, rencontrons-nous, luttons !

mardi 7 décembre 2021

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