Exproprier pour mieux régner. Retour d’expérience paysanne de la lutte de Notre-Dame-des-Landes

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A45

L’abandon du projet d’aéroport acté, l’A45 aux oubliettes, les savoirs issus de ces luttes sont toujours vivants et se transmettent comme à Saint-Etienne les 24 et 25 février prochains. S’il est un point commun aux luttes actuelles dans les territoires ruraux, c’est qu’il s’agit de terres agricoles dont les propriétaires sont susceptibles d’être expropriés. A Mornant en 2016, un agriculteur zadiste explique ce processus méconnu de vente forcée.

Le 18 septembre 2016, Marcel, agriculteur exproprié dans le cadre du projet d’aéroport est présent sur les terres de Jérôme, producteur de lait à Mornant, où se tient un gros rassemblement contre l’A45. Aux agriculteurs présents, et dont les terres sont situées sur le trajet de cette seconde autoroute entre Lyon et Saint-Etienne, il détaille son expérience et celle des autres expropriés de NDDL.

A la fête des opposant·es au projet d’A45 : « S’ils donnent les premiers coups de tractopelles, on va muscler le jeu »

Dimanche 18 septembre, les opposant·es au pharaonique et ridicule projet d’autoroute A45 entre Lyon et Saint-Etienne organisait une fête à Mornant. Malgré une pluie constante, l’affluence était là et l’ambiance était combative et joyeuse. Des membres du collectif d’entraide à la rédaction ont recueilli (...)

27 septembre 2016

"Accepter la proposition financière de Vinci, c’est accepter un petit bout du projet"

Fin 2010, Vinci est nommé concessionnaire du projet d’aéroport. Début 2011, un bureau de géomètres repère toutes les parcelles cadastrales concernées. Vinci va voir chaque propriétaire pour signer une vente amiable, ce qui veut dire que vous êtes d’accord avec l’offre. Vous avez pu engueuler le type mais sur le fond cela veut dire que vous étiez d’accord. Le chiffre était le même partout : 1 600 € de l’hectare.

Ils vont aussi voir les exploitants agricoles qui avaient l’obligation par la DUP (déclaration d’utilité publique) de renoncer à leurs droits d’usage c’est-à-dire à leur fermage. Accepter la proposition de Vinci, c’était accepter un petit bout du projet. Nous avons décidé de refuser et d’aller jusqu’à l’expropriation judiciaire. On avait l’idée que les modalités seraient claires et identiques pour tous et que le montant serait réévalué selon l’impact prévu sur la ferme (si le siège était concerné par la destruction par exemple).

Notre association d’agriculteurs avait toujours dit : « On se bat comme si le projet n’existait pas, pour qu’il n’y ait pas de friches qui s’installent, pour que l’on maintienne toutes les exploitations, que l’on installe des jeunes ». Le plus longtemps possible on a eu cette politique : « On ne va jamais juger ceux qui signent avec les autres ». Au Larzac, il y avait eu le serment des 103 où chacun s’engageait à lutter contre le projet. On n’a pas choisi ça. Tu peux juger le voisin aujourd’hui et puis 6 mois après tu fais la même chose que lui et t’as pas l’air con !

"Une expropriation, quand vous avez 70 ans, ça fout les chocottes"

Une expropriation, c’est quelqu’un qui vient chez les propriétaires dont la moyenne d’âge en milieu rural est de 70 ans. Il leur explique qu’il y a un tarif précis, qui correspond au prix des terres agricoles 4 à 5 ans avant, et qui ne prend pas en compte les valorisations qui seront faites ensuite. Ça c’est la Loi. Il n’y a pas de marche de manœuvre, si vous n’êtes pas d’accord, vous devez passer devant le juge. Quand vous avez 70 ans, que vous avez une vie propre et nette et que vous n’êtes jamais allé au palais de justice, ça vous fout un peu les chocottes…

Si vous allez devant le juge, il vous faudra un avocat sinon vous allez vous faire manger tout cru et ça va vous coûter très cher. Rajoutez à cela un certain nombre de coups de fil le soir à 10h quand les gens sont déjà couchés, le samedi de Pâques, le lundi de Pâques... Un certain nombre de pressions sérieuses… on a vu des femmes veuves pleurer à la suite de visites comme ça tellement elles avaient été démontées.

"On aurait dû choisir des positions plus dures"

Le moyen de résister c’est de ne pas laisser ces propriétaires seuls. Il faut faire des réunions, des petites, des grandes, ou même par villages. Il faut les appuyer dès qu’il y a une visite difficile et que chacun ait une assurance juridique. Pour notre cas, un seul cabinet d’avocat a un pris en charge tous les dossiers des propriétaires qui ont résistés. Vous prenez un dossier nommé Monsieur X, vous mettez Madame Y et c’est exactement le même dossier, la même argumentation. Il y a une économie d’échelle incroyable. Nous n’avons payé que 100 € de frais juridiques. Les avocats se sont payés avec les assurances juridiques de ceux qui en avaient et ça leur a suffit. Au final, ils ne sont pas ruinés, ils bouclent leur budget et ils vivent bien.

À peu près 80 % des propriétaires n’étaient pas d’accord avec les propositions. Ils sentaient bien qu’ils auraient peau de chagrin pour quelque chose qui allait rapporter plein de fric à Vinci. Mais chez les exploitants, 80% ont signé. Quand Vinci est arrivé, les collègues qui n’avaient que quelques parcelles se sont dits "Le truc est en marche, alors tant pis", même s’ils pensaient que le projet était une connerie.

On aurait dû choisir des positions plus dures. La somme allait de toute façon être la même à la fin. Si tout le monde était allé jusqu’à l’expropriation judiciaire, on se serait sentis moins seuls. Il y a toujours eu plein de militants, plein d’associations, plein de soutiens partout. Quand on est passé en procès, il y avait 1 000 personnes qui nous attendaient à la sortie. Mais du côté paysan, si tous les copains qui venaient toujours aux manifs en tracteur avaient été assis à côté de nous à la barre, cela aurait eu une autre gueule devant Vinci !

P.-S.

Article réalisé dans le cadre du Collectif d’entraide à la rédaction

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