Les cheminot·es mobilisé·es contre la destruction du service public ferroviaire dans la région

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Les salarié·es de la SNCF de Rhône-Alpes et d’Auvergne se sont rassemblé·es à l’hôtel de Région le 14 avril, (jour du vote du budget 2016 de la région). Ils et elles ont fait entendre leurs voix sur la politique régionale de fermeture de gares, de lignes ou de guichets et de suppression des contrôleurs dans les trains.

300 cheminot-es et leurs proches se sont réuni-es à Confluence. À l’appel des organisations syndicales SUD-Rail, CGT et FO, les personnes présentes ont manifesté leur opposition à la politique de la direction régionale de la SNCF et au soutien que lui apporte le Conseil Régional.

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Inquiétudes sur l’emploi des contrôleurs et le maintien du service public

La principale revendication est le maintien des contrôleurs à bord des TER. La direction de la SNCF prévoit en effet la fin de leur présence systématique, suivant l’exemple de ce qui a lieu en région parisienne avec les RER [1]. Cette décision devrait être mise en œuvre à partir du 1er juillet 2016, elle menace directement 40 emplois. Les syndiqués que nous avons rencontrés, comme ceux qui ont pris la parole au micro, s’inquiètent à la fois des pertes d’emploi et de la casse du service public.

Beaucoup de gens voient le contrôleur uniquement selon des aspects répressifs, mais il a un ensemble d’autres missions liées à la sûreté ferroviaire et à l’assistance aux voyageurs. Ces rôles-là ne seront plus assurés par personne à bord des trains. C’est un recul très important en matière de service public. Après avoir fermé des dizaines de gares sur l’ensemble de la région, il n’y aura bientôt plus un cheminot pour renseigner les usagers ou venir en aide quand il y a un pépin. C’est une désertification des gares et des trains qui se dessine.

Sébastien, militant SUD-Rail.

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Les cheminot-es dénoncent aussi la fermeture de gares, de lignes et de guichets. Selon la CGT, la SNCF a fermé 6 boutiques et 8 gares depuis 2012. 9 boutiques et 30 points de vente devraient être prochainement impactés. Les fermetures concernent notamment les lignes de montagnes mais aussi de gros tronçons comme la ligne Saint-Étienne – Clermont-Ferrand, qui devrait s’arrêter fin 2016. Ces fermetures se traduisent par le report des passagers sur l’automobile et par le remplacement des trains par des bus, certains gérés par des compagnies privées « grâce » à la loi Macron.

Ça va à l’encontre de ce qui a été fait jusqu’à présent avec le développement du TER et le rapport du trafic routier qui encombre les grandes agglomérations comme les vallées et les campagnes. Si le train régresse dans la région, ce sera un retour en arrière pour les usagers et pour l’écologie. La route va se développer à nouveau et c’est un non-sens à l’époque dans laquelle on vit.

Greg, syndiqué CGT.

Le Conseil Régional botte en touche

Lors de la campagne électorale, Laurent Wauquiez avait pourtant défendu le rail. Dans sa ligne sécuritaire, il avait promis de créer une police ferroviaire régionale chargée de soutenir les contrôleurs. Il laisse aujourd’hui faire la direction de la SNCF malgré le fait que le Conseil Régional est l’autorité organisatrice des transports régionaux.

Il faut être clair : ce que la SNCF cherche, comme le Conseil Régional, c’est de supprimer des emplois. C’est uniquement faire des grains de productivité et supprimer du personnel. Les usagers comme les cheminots ne veulent pas de ce projet, je rappelle que 17 000 personnes ont signé une pétition remise au Conseil Régional.

Membre de la délégation pour SUD-Rail.

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Une délégation syndicale a été reçue par Patrick Mignola, vice-président aux transports de la Région, et l’un de ses adjoints. Après une heure de discussion, trois syndiqués SUD, CGT et FO se sont relayés au micro pour faire le point. La leçon est simple : le Conseil Régional se dédouane de ses responsabilités en prétextant ne pas vouloir s’immiscer dans les décisions de la SNCF.

Ils considèrent que ce n’est pas leur responsabilité mais celle de la direction de la SNCF. On a décidé d’appeler à ce rassemblement ici et de demander à être reçus parce que c’est le Conseil Régional qui décide comment circulent les trains sur la région, comment doivent être équipées les gares en personnel cheminot et combien de trains en volume doivent rouler. Ils ne veulent pas se positionner sur le sujet ? On va les contraindre à le faire.
Le budget transport ne baisse pas d’un centime en 2016 et on nous explique que les trains vont circuler sans contrôleur à l’intérieur et en payant la même chose ? C’est un truc déconnant qu’on ne laissera pas passer. Si Laurent Wauquiez ne donne pas son aval, ça ne peut pas se mettre en place. C’est pour ça qu’on est là aujourd’hui et qu’on reviendra avec les usagers.

Membre de la délégation pour SUD-Rail.

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Quand on leur dit qu’ils doivent prendre une position en tant qu’élus ou hommes politiques, ils noient encore le poisson. Donc c’est bien une décision politique de la Région. Tout ce qui les préoccupe c’est que la sûreté soit prise en compte. Je ne sais pas ce qu’ils proposent mais sans doute plus d’agents de sécurité ou je ne sais quels emplois précaires.

Membre de la délégation pour la CGT.

Discussion autour de la place des contrôleurs

Après ça, on était un peu sceptiques vis-à-vis de la présence massive d’usager-es dans un futur rassemblement. On était aussi sceptiques sur l’absence de critique de la politique sécuritaire émise par les membres de la délégation, surtout quand la personne de la CGT a lu ce passage d’une lettre ouverte à Laurent Wauquiez : « Dans le contexte actuel, ou le risque d’attentat est à son paroxysme, l’absence de personnel qualifié à bord des trains est de la pure inconscience ! ».

Surtout, pour nous, les contrôleurs ce sont d’abord ceux qui collent des prunes à celles et à ceux qui n’ont pas le fric pour payer le métro ou le train. Bref, pas vraiment nos potes à priori. Et alors que le projet de loi fraude fait de ceux qui se font pincer sans titre de transport plusieurs fois dans l’année des candidats à la prison, on a trouvé intéressant de parler de cette répression avec des cheminots. Et ça l’a été, en dérivant un peu du sujet. Voici ce que Sébastien et Greg nous ont répondu.

Je pense qu’il y a une criminalisation dangereuse des usagers qui sont en infraction à bord des trains. C’est pas la direction dans laquelle il faut aller.
Notre revendication de base, c’est que les transports en commun soient gratuits pour l’ensemble des citoyens, que chacun puisse accéder au train quel que soit son niveau de ressources. C’est la question de savoir ce qu’on fait des services publics de transport. De plus en plus on est dans une boîte qui cherche à faire du fric sur le dos des usagers.

Sébastien, militant SUD-Rail.

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Un contrôleur est là pour assurer la sécurité des passagers, la sûreté et apporter des services et des informations tout au long du trajet et en cas de perturbation. Tous ces rôles-là seraient reportés sur le conducteur.
Le répressif… bien sûr c’est une mission de la SNCF que les passagers soient en règle à bord des trains. Malheureusement, les fermetures de guichets et de gares font que les passages sont souvent obligés de voyager en fraude parce qu’il n’y a pas de distributeurs ou qu’il est en panne, ou qu’il y a trop de queue. C’est ce qu’on appelle de la fraude passive, les voyageurs qui sont obligés de frauder.

Greg, syndiqué CGT.

Un combat inscrit dans un mouvement plus général

Le rassemblement de ce matin, outre sa dimension régionale, s’inscrit dans un mouvement plus large à la SNCF. Il concerne la remise en cause de la réglementation du travail appliquée aux cheminots. Héritage de dizaines d’années de lutte, celle-ci est actuellement renégociée pour devenir une nouvelle convention collective ferroviaire nationale. Se prépare une baisse importante des droits des cheminots notamment en terme de nombre d’heures de travail et de jours de repos.

Le système ferroviaire français croule aujourd’hui sous une dette de près de 50 milliards d’euros. Elle est le fruit d’années de construction de lignes à grande vitesse qui ont dû être assumées par la SNCF et non pas par l’Etat. Elle a surtout permis d’enrichir les patrons du BTP pendant des années. Le projet du gouvernement et de la direction de l’entreprise est de faire payer le remboursement de la dette aux cheminots, par leurs conditions de travail, et aux usagers, par une augmentation continue du prix des billets.

Sébastien, militant SUD-Rail.

500 syndiqué-es de SUD-Rail et FO se sont rendus le 13 avril au Ministère des transports. Ils ont envahi les locaux pour s’inviter à la table des négociations autour de cette convention collective entre le Ministère, les patrons des boîtes de transports publics et les organisations syndicales.

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Outre leurs luttes spécifiques, les cheminot-es participent aussi au mouvement contre la loi travail et pour certain-es aux assemblées de Nuit Debout. Le tout dans la perspective de construire la grève générale.

Article réalisé par X, à la photo, et Y, à l’enregistrement et à la retranscription, dans le cadre du collectif d’entraide à la rédaction.

Notes

[1Les syndicats parlent d’une « RER-isation » des TER.

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