« Ce qui m’intéresse aujourd‘hui c’est si vous représentez une menace pour l’ordre public ». Récit des comparutions immédiates des gilets jaunes du 9 mars

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Comptes-rendus de justice

Samedi 7 mars, c’était l’acte national 69 des gilets jaunes à Lyon. Un bon millier de manifestants venu de toute la France a résisté à la pression policière toute l’après-midi place Bellecour et a même réussi une percée rue Victor Hugo. La détermination ne faiblit pas. De l’autre côté la répression a été féroce : une grosse vingtaine de blessés dont au moins cinq à la tête et sept interpellations. Ce lundi, deux des personnes arrêtées passaient en comparution immédiate.

Première affaire

Une jeune femme est poursuivie pour « violences n’ayant entrainé aucun jour d’interruption temporaire de travail sur personnes dépositaires de l’autorité publique » ainsi que « port d’arme ». Elle aurait lancé une bouteille en verre en direction des gendarmes mobiles, sans les toucher, et portait sur elle un marteau, un allume feu, un cutter ainsi qu’un masque de ski.

Assistée d’une avocate, elle demande un délai pour préparer sa défense. L’avocate justifie ce renvoi en arguant qu’elle n’a eu le dossier complet qu’en début d’après-midi, rendant impossible sa lecture complète et la possibilité de s’entretenir avec sa cliente de manière satisfaisante.

Le procès ne porte donc pas sur le fond de l’affaire mais uniquement sur la « personnalité » de la manifestante : l’enjeu pour les magistrats est de statuer sur ce qu’ils font de la prévenue d’ici la prochaine audience. Elle peut soit être placée en détention provisoire, soit être placée sous contrôle judiciaire, soit laissée libre.

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La manifestante a fait le choix de ne pas s’exprimer en garde à vue. Cela désarçonne les magistrats qui n’ont aucun élément sur lequel s’appuyer. L’audience va donc extrêmement vite.

La procureur essaie quand même de gratter quelques informations en plus : « Ce qui m’intéresse aujourd‘hui c’est si vous représentez une menace pour l’ordre public. Est-ce que vous avez déjà participé à une manifestation et est-ce que ça s’était bien passé ? »

De concert avec son avocate, la prévenue ne répond pas à cette question piège.

Pendant son réquisitoire, la proc’ évoque le fait que la gilet jaune n’est pas connue pour son appartenance à l’ultragauche (!). Visiblement rassurée sur ce point, elle demande simplement un contrôle judiciaire.

Délibéré : renvoi du procès au 20 avril 2020.
D’ici là, la manifestante est soumise à un contrôle judiciaire particulièrement sévère avec comme impératifs :
- Interdiction de participer à une manifestation de la Rhône.
- Interdiction de porter une arme.
- Interdiction de paraître dans les 1er et 2e arrondissements de Lyon.

On peut ici constater qu’en adpotant une stratégie de défense basée sur le silence pendant la garde-à-vue et le fait de demander du temps pour préparer sa défense, cette manifestante ne s’en sort pas trop mal. En tout cas, elle a donné le moins de matière possible à ses adversaires pour se faire condamner et a maintenant plusieurs semaines pour organiser correctement sa défense.

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Deuxième affaire

Le second prévenu est un jeune homme poursuivi pour « violences n’ayant entrainé aucun ITT sur personnes dépositaire de l’autorité publique » et « participation à un attroupement avec une arme ». L’homme aurait été vu avec un bout de bois d’un mètre dans les mains et aurait jeté une pierre... qui a atterri à un mètre d’un policier. Il a été repéré par les caméras de vidéo-surveillance du fait de détails vestimentaires : sa capuche de sweat jaune.

Le gilet jaune n’est pas assisté d’un avocat car les commis d’office sont en grève. Le procès est donc automatiquement reporté. Comme pour sa camarade, il est jugé uniquement sur sa « personnalité » [1] pour voir s’il sort ou est envoyé à Corbas jusqu’à la seconde audience où il sera, cette fois-ci, jugé.

Le procès est encore plus rapide que le précédent. Quelques éléments de « personnalité » semblent jouer en sa faveur, comme la fait d’être embauché en CDI dans un bar.

La proc’ ne demande pas un placement en détention mais un contrôle judicaire.

Délibéré : renvoi du procès le 20 avril 2020.
D’ici là, contrôle judiciaire :
- Interdiction de participer à une manifestation dans le Rhône.
- Interdiction de porter une arme.

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P.-S.

Si vous-même ou un proche avez été interpellé pendant le mouvement n’hésitez pas à contacter la Caisse de Solidarité : caissedesolidarite(at)riseup.net ou au 06 43 08 50 32.

Pour les dons : par chèque à l’ordre de Témoins-Caisse de Solidarité à envoyer au 91 rue Montesquieu 69007 Lyon ou via le site helloasso : https://www.helloasso.com/associations/temoins-des-acteurs-en-mouvement/formulaires/2

Notes

[1Comme pour la manifestante précédente, la « personnalité », au cours d’un procès en CI, se résume à : Avez-vous un emploi ou pas ? Êtes-vous déjà connu des services de police ? Buvez-vous régulièrement de l’alcool, consommez-vous du canbanis ?...

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  • Tel : 06.43.08.50.32
  • 91 rue Montesquieu 69007 Lyon
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