[Témoignage] J’ai vécu dans un appartement insalubre et mon voisin était un homme politique connu

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En quelques mois, un locataire d’un appartement insalubre s’est retrouvé menacé, insulté et a perdu son procès contre un propriétaire abusif et violent. Retour avec son témoignage sur une spirale délirante qui a pourri la vie de ce locataire, pas assez riche et n’ayant pas les relations lui permettant de se battre contre un pouvoir tentaculaire.

Oui, on peut vivre dans un studio de 18 mètres carrés insalubre, sous les toits, couvert de moisissure, juste au dessus d’un appartement de plus de 100 mètres carrés, occupé par un homme politique connu et sa femme.
Et dans ce même immeuble, vous aviez une femme battue, un couple d’escroc et une tragédie.
Voici mon histoire.
Je vais être clair, cette histoire est difficile à raconter car elle m’a pourri ma vie et elle le fait toujours.
Volontairement, je ne vais pas donner de nom ou de localisation ici pour des raisons évidentes.

Tout a commencé, quand j’ai du déménager en urgence de mon ancien appartement. J’ai visité bon nombre de lieux, mais je suis tombé sur un petit studio, dans un coin calme de la ville.
On m’avait clairement annoncé qu’il a été refait à neuf mais il y avait des choses étranges :
un tuyau de gaz en plein milieu du salon accroché au mur, une fenêtre battante qui ne fermait pas, des robinets montés à l’envers... Je ne vais pas m’attarder dessus et je vais couper court au suspens, car je sais ce que vous attendez, vous lecteurs, qui lisez ces lignes. Le studio de 18 mètres carrés s’est révélé être un ancien local de machinerie d’ascenseur refait en extérieur (pour faire joli et tromper le visiteur peu expérimenté que j’étais à l’époque) mais complètement détruit de l’intérieur, et je ne m’en rendrais compte que bien plus tard.

Installé depuis quelques semaines, tout se passait bien et je vivais à côté de mon nouveau propriétaire.
Les choses se sont vite gâtées.
En dessous de chez moi, au neuvième étage, j’ai entendu presque tous les matins, dès 6 heures, un homme crier, harceler, frapper sa femme. Les murs étant fins au possible, j’entendais tout. A cette époque, je rentrais en formation et je devais étudier chez moi. Mais impossible de faire quoi que ce soit dans le studio. Quel malaise et c’était horrible à entendre. J’ai eu la visite de la dame en question, me demandant de l’aide, des bleus autour de ses poignets et de ses chevilles. Précision de taille, le couple était des personnes âgées de plus de 70 ans.

J’ai décidé de l’aider. Donc, j’en ai parlé. Réponses choisies de mes anciens voisins, tous co-propriétaires :
- « Mêlez vous de vos affaires. » Vous êtes un locataire, vous n’avez aucun droit. Fermez la.« »C’est vous le problème". Même son de cloche de mon propriétaire, qui savait, tout le monde savait mais ça ne l’intéressait pas.
J’ai donc contacté la police. C’était incroyable de voir un petit homme maigre, se tenant sur une canne, sa poche urinaire autour du cou, ouvrir la porte et déclarer tout haut « je ne bats pas ma femme, je la secoue un peu »
Réponse de la police, pour le coup honnête, à son sujet :
- « On ne peut pas l’embarquer. Si jamais on l’embarque et s’il fait une crise cardiaque, on est responsable. »
Parce que vous l’aurez compris, le monsieur n’avait pas la force de marcher et était fragile mais il lui restait suffisamment d’énergie pour frapper sa femme avec sa canne.
Les voisins n’ont guère apprécié mon initiative. Pas de vagues, je devais me taire.
On m’a traité de « sale musulman » à l’interphone (je ne suis pas de confession musulmane mais certains co-propriétaires le croyaient) « On va te faire taire » « dégage », et j’en passe. Jamais je n’aurai cru que ma tentative d’intervention auprès de la victime allait déclencher la colère des co-propriétaires. Plus le temps passait, plus ça allait mal. On me reprochait tout. J’habitais au dixième étage, et les voisins du huitième se plaignaient de moi, alors qu’au dessus d’eux un homme « secouait » sa femme les matins dès 6H. Sans compter un nouveau voisin, à mon étage, qui avait installé un établi contre le mur « du salon » du studio. Le mur de son balcon est le mur du salon. Avec un établi et un marteau, je vous laisse imaginer le bruit. Même en apportant les preuves de mon innocence et même quand je prouvais qui étaient les responsables, ça ne suffisait pas. Rien ne changeait.

J’ai eu le droit à un déferlement de menaces et d’intimidations envers moi. Même son de cloche de la régie gérant l’immeuble : « c’est pas notre problème ». Courriers, recommandés, plaintes, rien ne marchait.
J’étais dans une situation désespérée. A cette époque, j’étais encadré par une référente sociale, à qui j’ai expliqué le problème. Quand je lui a parlé de ma voisine et de son calvaire, cela lui disait quelque chose.
Elle s’est renseignée. La mairie de la ville connaissait le problème depuis ... 20 ans. 20 ans que le dossier était là.
La mairie ne pouvait pas intervenir sans plainte de l’épouse. En attendant, je recevais la visite à domicile, de deux hommes costaux, me « recommandant » de me calmer. je n’ai pas pris l’intimidation au sérieux.
Mais c’est allé plus loin. Ça ne s’arrêtait pas.

Mon propriétaire est venu à ma porte me promettant « de me déchirer le visage et de me défoncer le crane ».
Il n’hésitait pas à parler en mal de moi, à la régie et aux autre co-propriétaires (et pour cause, je ne le savais pas encore mais cela avait un but précis). Puis, j’ai reçu un acte d’huissier : « cessation de bail pour motifs légitimes et sérieux ». Je sais ce que vous vous dites : à ce moment précis il était temps de partir, d’autant que la situation dégénérait encore et encore.
Ma boite à lettres était saccagée, ma porte d’entrée aussi et le studio commençait à montrer des signes d’une rénovation « à la va vite » (fuites d’eau, trou au plafond, chaufferie en panne, moisissures qui apparaissaient dans tous les coins... ). J’ai eu droit à une tentative d’agression à mon domicile.
Pas de coup physique échangé et j’ai su réagir de la bonne manière et ça n’a pas dégénéré.
Dois-je préciser que malgré toutes mes plaintes et preuves, rien n’a été fait du côté de la Police.
C’était surréaliste. Un mot d’ordre : personne ne dit rien, personne ne sait rien et il n’y avait aucun problème dans l’immeuble, à part moi et le « tapage » que je produisais.

Malgré tout ça, j’avais décidé de me battre jusqu’au bout. J’ai contesté les faits qui m’étaient reprochés.
On me m’était tout sur le dos, le bruit, le tapage, les hurlements, les dégradations : tous les ’non’ problèmes de l’immeuble. C’était le début ce que j’ai appelé « le temps des promesses et des démarches administratives ».
Mairie, ARS, conciliateur de justice, préfecture du Rhône, CAF... Des élus sont venus, des membres d’associations, experts... Prenons juste un exemple avec l’ARS :
Deux ans pour venir, aucune trace de mes précédentes demandes, et la visite, les pieds sur mon tapis trempé de bout en bout, s’est terminé par « il n’est pas insalubre ». J’ai prévenu pour les fuites et je nettoyais tous les jours. Que devais je faire, laissez couler l’eau, ne rien réparer, ne rien nettoyer ?
Malheureusement, j’y vivais encore, je n’avais pas le choix. Et l’avenir allait me donner raison.
J’avais l’impression d’être balader de service en service. L’état était impuissant ou n’écoutait pas.
Personne ne semblait vouloir de mon affaire. Donc j’ai subis et je me suis battu seul.

5 ans de procédures, c’est fou mais ça passe vite, surtout lorsqu’on vous berce d’illusions et de promesses.
Malheureusement, on croit aussi au système censé nous protéger, un minimum.
On espère au moins des propositions de solutions. Une enquête. J’avais l’impression d’avoir les éléments d’un puzzle , que personne ne voyait. Et pendant ce temps, l’argent et le temps s’évaporent à une vitesse folle et le tragique arrive. La dernière fois que j’ai vu ma voisine du bas, elle se tenait devant les policiers, qui étaient venus une énième fois, non pas pour la sauver elle mais lui, enfermé depuis des jours dans les toilettes, car il n’arrivait pas à marcher, criant pour qu’on vienne l’aider. Les policiers ne comprenaient pas pourquoi cette femme laissait son mari agoniser dans les toilettes... Que ce soit pour les pompiers ou les policiers, venir dans mon ancien immeuble, voulaient souvent dire problème avec ce couple. Encore une fois, les co-propriétaires ne voulaient rien savoir.

Quelques temps plus tard, il mourrait à l’hôpital. Elle est morte après lui. Ma procédure judiciaire contre mon ex propriétaire a tourné à la mascarade. Quand on a une femme avocate, cela rend les choses beaucoup plus faciles. Les révélations sont vite tombées. C’était encore plus sombre que je ne le pensais.
Mon ex propriétaire et sa femme étaient recherchés pour des factures impayées (travaux, charges de l’immeuble, crédits impayés...) et avaient déjà fait l’objet d’une dizaine de procédures judiciaires.
Ça a été marrant de voir des huissiers à ma porte pour me demander s’ils habitaient encore là.
Le couple avait déménagé, sentant j’imagine le vent tourner. Marrant aussi quand j’ai appris que j’ai payé leur chauffage. Cette fameuse pompe de chauffage dans le studio, « qui était essentielle pour le reste de l’immeuble » mais qui chauffait que leur appartement. Malins, ils ont trouvé le pigeon parfait pour détourner l’attention de tout le monde. Pendant qu’on me mettait tout sur mon dos, eux en profitaient.

La rénovation de leur appartement, n’a jamais été réellement achevée, faute de paiement.
Il arriva ce qui devait arriver : 2 dégâts des eau et un plafond effondré à l’étage d’en dessous et au huitième.
Bilan : une personne blessée et une autre décédée, quelques temps plus tard, suite à cette épreuve.
Rapidement, les procédures judiciaires se sont multipliées, où tout le monde se renvoie la faute, et moi au milieu. J’étais toujours coupable mais ça y est, on commençait à voir qu’il y avait bien d’autres problèmes.
Bien trop tard. J’ai perdu mon procès. Impossible d’annuler la cessation de bail, basée sur des faits mensongers, que j’ai contesté point par point, preuves à l’appui, en précisant d’où venait les différents problèmes de l’immeuble. La justice n’en n’a pas tenu compte.

Coluche disait : « il y a l’avocat qui connait bien la loi et l’avocat qui connait bien le juge ».
Mon dossier comprend des témoignages, des expertises, des rapports de police, un rapport de la mairie, un constat d’huissier, des vidéos, des photos... Contre deux témoignages pour mon ancien propriétaire.
J’ai écouté et suivi la procédure, toutes les procédures pendant plus de 4 ans. Pour rien. Et oui votre statut social joue, peu importe vos preuves et les épreuves que vous traversez.

Peu de temps après, l’appartement de mon ancien propriétaire a été racheté. Comme pour le studio où j’habitais, la rénovation de l’appartement était partielle et axée sur sa « beauté » extérieure. On avait maquillé les vrais problèmes. Pas de chauffage, problèmes de fuite sur le toit... Même symptôme, même étage, même propriétaire.
Une procédure judiciaire a été effectué par l’acheteur de l’appartement, ainsi que la régie et quelques propriétaires. Enfin, il semblait avoir du changement... en apparence. Une réunion a eu lieu, mais j’ai été mis à l’écart. On n’a pas voulu de moi, malgré tous éléments que j’avais. Encore un procès perdu contre mon ancien propriétaire et sa femme. A croire que tout le monde perd contre une avocate.

Et finalement rien n’a été fait et tout a été très vite oublié. Personne n’a été condamné et personne n’était responsable. Bien entendu, à part moi, comme je vous disais je restais coupable, ça arrangeait tout le monde.

Il y a eu 3 rénovations d’appartements par an dans l’immeuble. Il est composé de 20 appartements. Cette année, il y en a déjà eu 3, le neuvième étage ayant étant inondé.15 appartements rénovés en 5 ans. L’immeuble reste le même depuis toutes ces années, et la régie ne semble pas vouloir s’en occuper. J’étais inquiet de l’état du toit au dessus de ma tête. La moisissure, les fissures, les trous... Rénover des appartements dans un immeuble en mauvais état, ça ne marche pas.

Là vous vous dites, « où est l’homme politique et quel est le rapport avec lui ? »

Mais justement, c’est la révélation finale. J’en étais déjà à ma quatrième année dans le studio.
C’est à cette période là, qu’un ami me fait remarquer un nom sur une des boites au lettre de l’immeuble.
« c’est marrant on dirait (...) » Renseignement pris, c’était bien lui. Oui, lui que je n’avais jamais croisé pendant tout ce temps et qui habitait (de manière occasionnelle) dans le même immeuble que moi. Oui, on peut habiter dans le même immeuble sans se croiser et sans faire attention aux noms sur les boites aux lettres.
Depuis quand était il là ? Des années. « Il y a d’autres circonstances en jeu », une phrase que j’ai entendu lors de mes démarches administratives. Je n’y ai pas fais attention à l’époque. Mais quelle phrase pleine de sens.
Quand j’ai croisé cet homme politique et sa femme dans mon immeuble, alors qu’ils montaient au sixième étage, j’ai eu ce fameux moment où tout devient clair et limpide. Vous imaginez bien comment tout ceci se termine. Quand j’ai recontacté les différents protagonistes de cette affaire pour obtenir des nouvelles ou une aide : silence radio.

J’ai déménagé et je vis à la campagne. Le studio est abandonné. Je suis endetté à cause de cette histoire et çà me poursuit tous les jours, influençant mon entourage le plus proche. J’ai eu et j’ai toujours droit à un lot de reproches, suite à ma réaction et à mon attitude face à tout ce que j’ai vécu. Quand vous perdez vos combats, vous avez toujours tort et finalement vous vous retrouvez vite esseulé. A croire que j’ai eu tort d’aider une femme battue.
La justice sociale ça n’a jamais existé et je n’y crois plus. Bien entendu, j’ai accumulé les preuves mais la réalité m’a vite rattrapé. Si vous n’avez pas les moyens de vous défendre et si vous n’êtes personne, c’est un parcours du combattant, même avec l’aide juridictionnelle, dont je bénéficiais. Parce qu’on vous a à l’usure.
Et c’est exactement ce qu’il s’est passé, avec une « circonstance » inattendue, dont j’ignore encore aujourd’hui la portée sur toutes les affaires décrites ci-dessus. Influence positive, négative, volontaire ou involontaire, ce que je peux dire c’est qu’aujourd’hui, je paye toujours les conséquences de mon passage dans cet immeuble.
Je n’ai jamais contacté l’homme politique en question et j’ignore s’il est courant d’une seule de ces affaires.

Si un jour, je dois écrire un livre, son titre sera « J’ai vécu dans un appartement insalubre et mon voisin était un homme politique connu ». Sortie probable pour la prochaine élection présidentielle...

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