« On a l’impression qu’on n’est plus que des chiffres pour le gouvernement », à Doisneau, lycée en lutte contre la Loi Travail

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Loi travail

Depuis une semaine le lycée Doisneau (Vaux-en-Velin) est quotidiennement bloqué par les lycéens en lutte contre la loi travail. Une semaine de lutte, de manifestation, de répression, d’arrestations (28 déjà !). Est-ce parce qu’il s’agit d’un quartier populaire loin du centre ? La répression policière y est particulièrement violente et le mutisme de la presse à ce sujet est impressionnant. Paroles de lycéen.ne.s en lutte, déterminés à ne pas s’arrêter là.

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Y. et F.
« Nos parents sont d’accord pour qu’on manifeste, il sont contre la loi, mais ils ont un peu peur pour nous. »

« Nous c’est Y. et F. On n’est pas en cours aujourd’hui parce qu’on se mobilise contre la loi travail. Depuis lundi, on manifeste contre cette loi. Ils veulent faire des changements sur lesquels on n’est pas d’accord et qui vont nous désavantager alors qu’on va bientôt devoir travailler. C’est galère d’aller manifester à Lyon, ici c’est plus simple vu que tout le monde est contre la Loi Travail ! On a raison de donner notre avis, mais la police abuse en embarquant des jeunes pour rien. Ici, le premier jour, ils ont embarqué 13 personnes, et après ils ont continué. Même des collégiens ! Nos parents sont d’accord pour qu’on manifeste, il sont contre la loi, mais ils ont un peu peur pour nous. »

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A. et J.
« Quand on regarde qui se fait interpeller, on se rend compte que c’est que des personnes d’origine maghrébine. »

« Nous, c’est A. et J. On a commencé par une manifestation lundi (4 avril), on était pas trop organisés du coup on est allés voir la CGT pour avoir de l’aide et faire une vraie manif mardi. C’est parti en cacahuète à partir de mercredi, on est un peu désorganisés et il y a pas assez de monde. On a appelé à manifester, on a fait des tracts. On était contentes qu’il y ait du monde à la manif, on était 40 à 60 du lycée. C’est pas mal surtout que les autres étaient assez peu à connaître la loi travail. On a eu beaucoup d’arrestations du coup, 24 depuis le début de la semaine et on a envoyé un appel à soutien. Le plus grave c’était le lundi : 13 arrestations en une matinée. Ce qui nous dérange avec les arrestations, c’est qu’on sait bien que c’est parce qu’on est à Vaulx-en-Velin qu’il y en a autant. Dans d’autres lycées, il y en a eu beaucoup moins alors qu’il y a eu des blocus aussi. Ça a été très violent envers les jeunes, on a vu des insultes racistes et des menaces aussi quand les gens se faisaient fouiller. Quand on regarde qui se fait interpeller, on se rend compte que c’est que des personnes d’origine maghrébine. On a un ami blond aux yeux bleus, ils l’ont attrapé et lui on dit "il fallait qu’on arrête quelqu’un de blanc aussi pour faire bien". »

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A.
« On sait qu’on sera obligé de commencer par un petit truc en vérité »

« Moi c’est A. Je manifeste contre la loi travail. Tous les jeunes sont contre cette loi. Le gouvernement veut établir des lois pour dire qu’ils font quelque chose, mais ils s’en foutent des conséquences futures. Comme les portiques dans les lycées, je vois pas pourquoi ils veulent mettre autant de sécurité, alors qu’à la base on vient là pour apprendre et que c’est un lieu public. Après, le slogan « se lever pour 1200 c’est insultant », c’est juste les paroles d’une chanson, on sait qu’on sera obligé de commencer par un petit truc en vérité. Moi je veux devenir prof de sport. »

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S.
« Après, de toute manière, je pense pas que j’aurai trop le choix. Loi ou pas, je devrai me lever pour 1200 le matin ... »

« Moi, c’est S. Je suis mobilisé depuis une semaine contre la la loi El Khomri, la loi travail. Là on était à coté du palais des sport, il y a eu quelques projectiles de lancés. Les forces de l’ordre ont lancé des lacrymos et ont interpellé 2 personnes. Après, c’est sûr qu’il y a toujours le risque de se faire arrêter. Mais quand on reste groupés, ça va. Les premiers arrêtés de lundi (4 avril) sont sortis, mais il y en reste d’hier (jeudi 7 avril) qui sont pas sortis. C’est vraiment violent et ciblé ces arrestations. Après pour le reste, moi je vais pas aux manifs à Lyon. C’est trop loin, en plus je sais pas trop où c’est la place Bellecour. Après, de toute manière, je pense pas que j’aurai trop le choix. Loi ou pas, je devrai me lever pour 1200€ le matin… »

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S.
« On est choqué par la violence des arrestations sur des mineurs »

« Moi, c’est S. On a bloqué toute la semaine le lycée, on a fait les manifs à Lyon, on lâche pas. Moi-même je me suis faite arrêtée. On est choqués par la violence des arrestations sur des mineurs, c’est violent. Bientôt ils vont mettre des flics dans les lycées, c’est n’importe quoi. C’est un lieu de travail pourtant. Après, là, c’est galère de se mobiliser, car on a les flics contre nous. A la dernière manif, on a dû forcer le passage, les flics voulaient pas nous laisser passer. En plus, il n’y a que quelques profs qui sont avec nous. En majorité, ils continuent les cours même avec 3 élèves au lieu de nous aider... Mes parents par contre, il me soutiennent, ils trouvent que c’est bien que je manifeste pour défendre mon avenir, vu que c’est clair que je me lèverai pas plus tard pour juste 1200€. »

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M.
« On veut le retrait de la loi travail. Je me suis renseigné dessus et j’ai trouvé cette loi très déshumanisante. On a l’impression qu’on est plus que des chiffres pour le gouvernement, qu’on a aucune autre valeur. »

Moi, c’est M. Je suis en seconde. Je pense que je vais aller en ES l’année prochaine, peut-être faire Science Po après. Dans notre lycée, on a commencé dès lundi (4 avril) à se mobiliser, on a été parmi les premiers en France. Ça s’est lancé sur les réseaux sociaux, ça a pris et on s’est bougés au lycée. Dès le début c’est parti en force. La police était là, ils ont jeté des lacrymogènes alors que les manifestants jetaient des œufs ou des fruits. Mardi, c’était la journée nationale, on a bloqué le lycée le matin et on s’est organisés pour aller à la manifestation. On avait des pancartes et des banderoles. Ça s’est passé dans une bonne ambiance mais ça a dégénéré un peu à la fin, mais bon la police... Il y a que jeudi après-midi que c’était un peu plus calme, tous les autres jours on a fait blocus, on lâche rien ! On veut le retrait de la loi travail. Je me suis renseigné dessus et j’ai trouvé cette loi très déshumanisante. On a l’impression qu’on est plus que des chiffres pour le gouvernement, qu’on a aucune autre valeur. Les gouvernants essayent de faire passer des lois qui favorisent la précarité, la misère, le chômage et c’est ce qu’on connaîtra au quotidien. On peut pas s’en sortir dans un monde comme ça. Heureusement, on est pas bêtes, on a compris cette loi et donc on manifeste contre. J’aimerais bien participer au mouvement Nuit Debout, mais c’est tard. Ça permettrait de parler, d’échanger, de comprendre les autres et d’enrichir son débat.

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F.
« On est pas mal à participer aux manifs de Lyon. Du coup, on s’est dit qu’on voulait nous aussi faire bouger les choses. Donc on a bloqué notre lycée toute cette semaine »

« Moi, c’est F. Je me mobilise contre la loi El Khomri mais aussi contre l’état d’urgence. On est pas mal à participer aux manifs de Lyon. Du coup, on s’est dit qu’on voulait nous aussi faire bouger les choses. Donc on a bloqué notre lycée toute cette semaine. Mais il y a eu 25 interpellations. Du coup, aujourd’hui c’est la mobilisation générale dans le lycée. Après, là, c’est la veille des vacances, donc on avait pensé à faire une Nuit debout ici, mais il n’y aura pas assez de monde, donc on verra à la rentrée. En réunion inter-lycéenne, on a aussi discuté de la question des portiques de sécurité qu’ils veulent installer dans 3 lycées de Lyon. On va essayer de se mobiliser contre ça. Sinon, pour les manifs, j’avais écrit sur notre banderole « se lever pour 1200 c’est insultant » et c’est clair que moi je me lèverai pas pour ce prix-là... »

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