Pour une analyse féministe de la loi travail : plus que jamais féministes et révolutionnaires !

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Loi travail

La loi travail, c’est la loi du capital par excellence : elle reprend de vieilles recettes pourtant déjà bien usées, elle vise la division de tou.te.s les prolétaires pour les exploiter au maximum et ainsi s’octroyer une belle augmentation du taux de profit. Avec ce nouveau missile, les capitalistes s’assurent non seulement de tirer vers le bas les conditions matérielles d’existence de tou.te.s mais aussi d’accroître les inégalités entre les salarié.e.s. Les plus précaires sont acculé.e.s à toujours plus de misère dans cette double logique : détruire les acquis de tou.te.s et s’attaquer encore plus durement à celles et ceux qui subissent déjà le plus gravement les horreurs du capitalisme. Cette mise en concurrence des prolétaires augmente d’autant plus la précarisation des femmes.

La dégradation de nos conditions de vie suit une courbe exponentielle, c’est donc celles et ceux qui se situent tout au bout de cette courbe qui en subissent les conséquences les plus violentes !

La mise en concurrence des travailleuses/rs ou comment désunir notre classe

L’esprit général de cette loi travail est simple : s’attaquer directement au fondement du code du travail, le détruire en lui ôtant son caractère prédominant. Bien sur cela ne date pas d’hier et de nombreux dispositifs permettent déjà au patronat de contourner la loi. Avec l’application de la loi travail, ce seraient désormais des accords de branches et d’entreprises qui établiraient les conditions de travail de chacun-e-s, même si ces derniers sont moins favorables que la loi (c’est ce qu’on désigne par « inversion de la hiérarchie des normes »). Au fond, c’est une manière simple et efficace de briser l’intérêt commun de notre classe, pour ne laisser subsister que les intérets individuels, déterminés ici par branche, ailleurs par entreprise, voire même par poste. Alors même que nous luttons toutes et tous pour la même chose : en finir avec l’exploitation, en finir avec ceux qui l’organisent, reprendre en main nos outils de travail et avec ça, nos vies !
Dans cet esprit, la loi travail c’est aussi la fin de la possibilité d’une défense collective avec le chantage au licenciement imposé par simple référendum. Cette mesure comme toutes celles qui seront permises par l’inversion de la hiérarchie des normes vont pénaliser davantage les femmes que les hommes, car nous sommes plus nombreuses dans les TPE/PME : des entreprises où le rapport de force est encore plus défavorable aux salarié-e-s, du fait notamment d’une implantation syndicale faible voire inexistante.

Augmenter le taux d’exploitation pour augmenter la plus-value, encore et toujours...

La flexibilité, la modulation du temps de travail ou la mobilité forcée sont autant de façons d’atomiser le prolétariat pour augmenter les profits qui sont justement renforcées avec ce projet de réforme. Et encore une fois ces dispositions creusent un peu plus les inégalités entre les femmes et les hommes.
En tant que femmes nous sommes assignées socialement au travail domestique et au « care » familial (élevage des enfants, ménage, courses, préparation des repas, s’occuper d’un.e parent.e âgé.e ou malade, etc...), travail que nous assumons gratuitement.C’est pourquoi nous sommes souvent contraintes d’occuper des postes à temps partiels (c’est le cas à 82%). Nous serons aussi les premières à ne pas pouvoir composer avec la flexibilité, la modulation du temps de travail ou la mobilité imposées et donc à être licenciées plus facilement à cause de la loi travail.
Le projet de loi dégrade doublement la situation des travailleuses-rs à temps partiel, qui sont donc principalement des travailleuses : en remettant en cause le minimum légal de 24 heures de temps de travail par semaine, qui pourra être inférieur après un simple accord de branche. Et en payant moins bien les heures complémentaires (ainsi appelées car elles viennent compléter les heures à temps partiels) : 10 % au lieu de 25 % en plus. C’est donc encore sur nous que le capital fait son beurre, ainsi que sur les travailleurs-ses immigré-es qui sont cantonné-es à des tâches subalternes et dont les journées s’enchaînent jusqu’à l’épuisement.

Travailler plus pour gagner moins

En France la norme de présentéisme est de plus en plus valorisée. Ca fait « bien » de rester plus longtemps au taf ou d’arriver en premier-e. Et avec le travail domestique c’est quelque chose de plus difficile à assumer pour nous. Le projet de loi facilite la mise en place de « forfait jours » (système où on comptabilise le temps de travail non plus en heures mais en jours). Seules quelques cadres femmes pourront rester dans la course, tout en reportant le travail domestique sur d’autres femmes, prolétaires et souvent racisées. Ce n’est pas notre vision de la libération des femmes....

La lutte dans la lutte des classes est loin d’être finie et c’est pourquoi en tant que femmes révolutionnaires, nous luttons avec détermination contre cette loi et tout ce qu’elle représente. Tout comme nous continuerons à nous battre contre toutes les situations d’exploitation. Plus que jamais nous sommes dans le camp des révolutionnaires, celui de notre classe !

Groupe féministe matérialiste de Lyon - feministes@protonmail.com

P.-S.

Slogans sexistes, remarques et reluquages font partie intégrante des pratiques misogynes de tri entre les femmes, par les hommes. Nous constatons de manière récurrente que des « camarades » exercent cette pression par le tri, en manif’ ou ailleurs. Nous condamnons fermement ces pratiques d’oppression faites aux femmes.

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