« L’homme au costard » balayé par un canon à eau à Bellecour condamné à 4 mois de sursis

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Loi travail 2 compléments

La photo d’un canon à eau l’arrosant en costume trois pièces après la manifestation du 31 mars avait beaucoup circulé. Cet homme passait en comparution immédiate différée le 24 mai 2016 dans la 14e chambre correctionnelle au TGI de Lyon. Les audiences du 27 mai et celles du 23 mai.

Ce mardi 24 mai, dans la 14e chambre correctionnelle de Lyon, était jugé un camarade que la France entière avait pu voir sur son écran les jours qui ont suivi la manifestation contre la loi travail du 31 mars place Bellecour.

Je vous parle de cet homme de 58 ans, en costard cravate, muni de sa mallette, qui fait face au camion anti-émeute lanceur d’eau et se fait balayer comme un vulgaire déchet d’un coup de jet d’eau dans la tête. Cet homme est délégué syndical et conseiller aux prud’hommes.

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Le 31 mars à Bellecour. credit : gopalwagner.com

Il est poursuivi pour outrage sur personne dépositaire de l’autorité publique (doigt d’honneur et insultes) et provocation à un attroupement armé.

Le juge, rarement installé sur le fauteuil de président de cette 14e chambre, donne tout de suite le ton en énumérant les faits : « Vous étiez entre les CRS qui protégeaient le camion anti-émeute et des manifestants très courageux, masqués et casqués, qui lançaient des projectiles sur la police. Ces casseurs, zadistes, sont très courageux tant qu’il est impossible de les identifier ou tant qu’ils ne se font pas attraper. Vous avez insulté copieusement les policiers – "Sale flic, à mort la police" - et encouragé les jeunes masqués – "Allez-y, prenez tout, cassez-les".

Votre système de défense est très déplaisant car après s’être acharné contre l’ordre public, vous dites que vous aviez bu et que vous ne vous souvenez de rien. Après avoir joué le leader, vous jouez le petit garçon qui n’assume pas. Vous êtes très véhément pour quelqu’un qui n’a rien fait et très incorrecte pour quelqu’un qui a l’habitude de l’institution judiciaire. »

L’avocat de la partie civile, qui représente un policier de la CRS 46 qui était en protection du camion anti émeute, prend la parole pour dire que l’on attend un autre comportement de la part d’un représentant syndical. Il ose dire que la victime dans cette affaire c’est bien son client, car le fait d’avoir projeté cet homme au sol à l’aide du jet d’eau en pleine tête a créé du tort à l’image de la profession. Cela ne se serait pas produit s’il n’était pas resté devant à insulter la police. Il demande 400 € de dommages et intérêts pour outrage. Petite note personnelle, c’est toujours ce même jeune avocat qui représente les policiers partie civile.

Au tour de la procureure de prendre la parole et de nous rappeler la définition du « véritable manifestant » : « C’est quelqu’un qui vient défendre ses idées, pas quelqu’un qui vient pour casser. La police mérite le plus grand respect dans l’exercice de leur fonction, qui consiste à assurer la sécurité des manifestations, pour que les casseurs ne se mêlent pas aux manifestants. Rien ne justifie tout acte qui ne se rapporterait pas à une action syndicale. Ce n’est pas très reluisant pour lui d’être ici aujourd’hui. C’est plutôt des faits qui font honte aux syndicats car il s’agit de faits qui nuisent aux manifestations. » Elle demande 6 mois de prison en sursis intégral.

Du côté de la défense, on entend enfin un avocat prôner un discours sur la légitimité des actes commis lors de ce mouvement anti loi Travail et son monde. Il rappelle que Mai-68 sans manifestations qui dégénères, meneurs ou actions fortes n’aurait jamais été Mai-68. Il dit que, aujourd’hui, défendre cet homme de 58 ans, c’est défendre cette lutte syndicale.

Ensuite, l’avocat nous donne la version du prévenu, vidéos à l’appui. Certes il aurait insulté la police en état d’alcoolémie. Mais après avoir été projeté au sol par le jet d’eau, c’est bien les policiers qui sont venus le relever pour le mettre à l’abri sur le côté pendant deux ou trois heures car il avait mal à la tête. Vers la fin du dispositif, alors que des individus lançaient toujours des projectiles, un policier est venu le récupérer en lui disant « Monsieur, venez avec nous, vous n’avez pas enfreint la loi. »

Premier flottement quand un policier demande ce qu’ils vont faire de lui, un autre lui répond de le faire monter dans le panier à salade et qu’ils trouveront bien un truc plus tard. Second flottement quand le procureur engueule les policiers car ce n’est pas ce genre de profil qu’il veut et qu’il ne sait pas quoi en faire maintenant. Et troisième flottement quand le procureur s’apprête à le remettre en liberté le lendemain midi mais qu’il découvre l’existence d’un frère jumeau anciennement condamné pour meurtre.

Pour finir, l’avocat rappelle que lors de cette manifestation il y a eu 13 interpellations. Dont deux profils atypiques, son client et un jeune en délire psy qui a proclamé des menaces de mort envers la police et fait l’apologie du terrorisme, mais surtout 11 jeunes étudiants dont le profil ne correspondait en rien avec celui de "casseur".

Pour clôturer cet instant pénible pour ce délégué syndical, le tribunal l’a reconnu coupable et condamné à 4 mois de prison en sursis intégral pour une durée de cinq ans et le conseil de ne pas s’amuser à faire le couillon en manifestation. La partie civile empoche 300 € de dommages et intérêts.

P.-S. : fait intéressant de ce procès, on a appris que lors de cette manifestation les sommations de dispersion n’ont pas été faites selon les modalités légales : une personne portant l’écharpe tricolore bleu blanc rouge qui somme la dispersion au porte voix, puis qui ordonne le lancer de fusée à fumé rouge. C’est pour cette raison que, malgré les sommations de dispersion en fin de manifestation ce jour-là, aucun interpellé n’a été poursuivi pour non dispersion après sommations d’usage.

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  • Le 1er juin 2016 à 14:54, par gopal

    Et cette superbe photo a été prise par gopalwagner.com, le meilleur photographe argentique de l’ouest

  • Le 29 mai 2016 à 23:28, par zora la rousse

    Ah, j’avais raison de faire remarquer l’importance de relever que les sommations règlementaires n’étaient pas faites (c’est quasi systématique ds ce mouvement) !

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