Après avoir été victime de la police Naïm est désormais victime de la justice

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Comptes-rendus de justice

Le couperet est tombé pour Naïm ce 25 Novembre 2022. Il lui était reproché d’avoir proféré des outrages, des menaces de mort à l’encontre de cinq membres de la Brigade Spécialisée de Terrain de Vaulx-en-Velin et de s’être rebellé lors de son interpellation. Le jeune homme, lui, les accusait de violences policières.

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Naïm. jeune engagé et exemplaire de Vaulx-en-Velin a été condamné par la justice à une amende délictuelle de 600€ (une peine alternative à la peine de prison avec sursis demandée par la procureure). Les parties civiles des policiers ont été jugées recevables : ils ont donc chacun reçu 200€ pour préjudice moral à l’exception du grand blessé de la soirée, victime d’une entorse du genou, qui lui a reçu 400€ pour préjudice moral. Cependant la juge a rejeté ses autres demandes.

Étrangement Naïm a été relaxé pour les outrages et condamnés pour les menaces et la rébellion. Cinq fonctionnaires de police décrivent en effet outrages, menaces et rébellion mais ces témoignages ne sont pas forcément cohérents entre eux comme l’a démontré Me Fabrègue lors de sa plaidoirie.

Pourquoi avoir choisi de relaxer Naïm pour les outrages et non pour le reste et vice-versa ?

Les témoignages des policiers sont suffisants pour caractériser l’infraction selon la juge. Le témoignage de son ami n’est pas réalisé en cours de procédure et ne coïncide pas avec ses déclarations, et Naïm aurait refusé l’examen médical. Or il n’a pas refusé cet examen il a juste refusé de montrer les blessures qui n’étaient pas apparentes. Il a d’ailleurs dès le lendemain vu un médecin qui a soigneusement consigné toutes ses blessures.

Encore une fois la parole des policiers est la seule qui a de la valeur aux yeux de la justice. Aucune mention ne sera faite des témoignages qui prouvaient qu’un homme avait été roué de coups sur la place cette nuit-là. De plus comme l’a rappelé avec véhémence Me Lantheaume, les policiers ne sont jamais convoqués dans des affaires de violences lorsqu’ils portent plainte. Ils ne courent donc pas le risque de se tromper ou de faire des déclarations qui ne correspondent pas à leur déposition en étant interrogés par les juges ou les avocats de la défense à la barre. En revanche si un prévenu a le malheur de se tromper en racontant sa version (même si les faits datent de deux ans et demi plus tôt) une simple erreur sera montée en épingle pour remettre en doute l’intégralité de ses paroles.

D’ailleurs la présidente ne dira pas que Naïm a menti seulement que ses paroles ne sont pas corroborées par des éléments de la procédure, procédure soigneusement vidée de tout ce qui allait à l’encontre de la parole des policiers. Elle oublie que l’ami de Naïm a joint une attestation en justice et que les avocats ont demandé à ce que ce même témoin soit entendu par le parquet, ce qui est évidemment tombé dans l’oreille d’un sourd. on se demande si ce n’est pas de la complicité. Le parquet aurait dû ouvrir une enquête à l’encontre des policiers à la simple lecture du PV d’audition de Naïm où il accuse déjà les policiers de violence. Rien à voir avec une stratégie de défense élaborée au moment de porter plainte comme l’a prétendu la procureure lors du procès donc.

L’un des rares points communs entre les déclarations de Naïm et des policiers est que ceux-ci ont décidé de l’interpeller après qu’il ait demandé leur RIO (Référentiel des identités et de l’organisation : un numéro de 7 chiffres unique pour chaque policier et qui doit être porté de manière visible sauf dans certains cas particuliers). C’est donc bien l’interpellation de Naïm qui constitue une stratégie de défense de la part des policiers. Stratégie que les baqueux qui ont violenté Arthur Naciri le 10 décembre 2019 sur la place Bellecour auraient pu utiliser. Ceux-ci ont été condamnés chacun à douze mois de prison avec sursis car le tribunal a retenu la scène unique de violences, de plus cette condamnation est désormais inscrite à leur casier judiciaire et le sursis pourra donc être révoqué si ils se livrent de nouveau à des actes répréhensibles. ils ont également été condamnés solidairement à 10 000 + 9646,34 € pour le préjudice moral et physique.

Le procès de Naïm est le négatif presque parfait de celui d’Arthur,, presque aucun article n’a été écrit, aucune vidéo n’a pu tourner sur les réseaux sociaux pour obliger le parquet à s’auto-saisir puisqu’aucune vidéo de l’agression de Naïm n’existe. Les deux situations sont pourtant similaires : deux jeunes sont victimes de violences policières mais dans un cas cela a été commis sous le feu des projecteurs place Bellecour et dans l’autre dans le silence de la nuit vaudaise.

Parole contre parole, c’est toujours le policier qui gagne même à un contre un. Naïm n’avait aucune chance de s’en sortir contre plusieurs membres de la BST de Vaulx-en-Velin même si aucune preuve matérielle et tangible autre que leur propre parole ne vient confirmer la version policière, d’autant plus que ceux-ci ont à la fois un intérêt judiciaire et financier dans cette affaire. Judiciairement cela leur permet de se protéger des accusations de violences policières portées par Naïm et ils se sont constitués parties civiles, ce qui leur rapporte un joli pactole.

Le jeune homme a annoncé son intention de faire appel dès l’énoncé du verdict. Il a donc décidé de ne pas profiter de la ristourne du Black Friday proposée par la juge. Si l’amende est réglée dans le mois, vous avez droit à une réduction de 20% (et encore mieux que le Black Friday cette offre est valable toute l’année) !

Si vous êtes victimes de violences policières, la médiatisation est votre meilleure protection comme l’a prouvé sans la moindre ambiguïté l’affaire Arthur Naciri. Filmer et diffuser les violences policières est une nécessité absolue.

« J’aurais aimé que l’enquête ne soit pas menée par les victimes » Me Fabrègue

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