Compte-rendu des comparutions immédiates de gilets jaunes du 14 janvier

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Comptes-rendus de justice | zbeul hiver 2018/2019 | Gilets Jaunes 2 compléments

L’acte IX des gilets jaunes a encore rassemblé des milliers de personnes à Lyon. La manifestation a donné lieu des affrontements entre manifestants et policiers (en particulier avec la « B.A.C »,« Brigade Anti Criminalité »). La manifestation lyonnaise a donné lieu à 23 interpellations. Lundi matin la police nationale du Rhône produisait un communiqué de presse envoyé aux médias locaux en essayant de se faire passer pour la victime des gilets jaunes en furie... Récit d’une audience des comparutions immédiates hors norme qui a duré de 14h à 23h30.

L’acte IX des gilets jaunes a encore rassemblé des milliers de personnes à Lyon. La manifestation a donné lieu des affrontements entre manifestants et policiers (en particulier avec la BAC). La veille, le Ministre de l’intérieur avait proféré via TF1 des intimidations envers tout ceux et celles qui se rendrait à ces manifestations : ils et elles seraient considérés de fait complices des violences qui allaient se dérouler. Il avait par ailleurs donné publiquement des consignes « de fermeté » aux policiers mais aussi aux procureurs sur la répression judiciaire à exercer. La manifestation lyonnaise a donné lieu à 23 interpellations. Lundi matin la police nationale du Rhône produisait un communiqué de presse envoyé aux médias locaux en essayant de se faire passer pour la victime des gilets jaunes en furie. Après s’être auto-congratuler d’avoir interpellé à tout va, le communiqué policier appelait à faire une démonstration de la fermeté de l‘Etat vis-à-vis du mouvement en cours, et d’ainsi décourager les manifestants de samedi prochain. Récit d’une audience des comparutions immédiates hors norme qui a duré de 14h à 23h30.

Premiers prévenus gilets jaunes

La première affaire qui concerne les gilets jaunes commence avec deux hommes ayant la trentaine. Ils sont poursuivis tout les deux pour la « participation à un groupement en vue de la préparation de violences envers les personnes ou de dégradation de biens » et pour des violences sur policiers n’ayant entrainé aucune ITT. Il leur est reproché d’avoir jeté des boulons sur les policiers. Cependant aucun des nombreux témoignage policiers lus par la présidente ne les lie clairement à un tir de projectile (ils faisaient partie d’un « groupe hostile » selon le PV des flics). Un des deux est poursuivi également pour port d’arme parce qu’il avait un couteau dans son sac. Ces faits se sont déroulés au niveau des quais des Célestins et les deux personnes ont été interpellées deux heure plus tard vers la Place Bellecour. Deux policiers se constituent parties civiles pour préjudice moral.

La présidente récapitule le contexte : « Samedi, il y avait un parcours déposé. Il y a eu parallèlement à ça des groupements complètement désorganisés qui ont eu lieu. Il y a eu de nombreux incidents. Nous avons un procès verbal de contexte, fait par les policiers et les gendarmes tout au long de la journée. La conclusion de ce procès verbal indique que le nombre de manifestants avoisinait les 1800 personnes et 500 policiers dans un climat de tension extrême. Les policiers ont du a de nombreuses reprise faire usage de la force. Le bilan est lourd, 8 policiers blessés et deux véhicules de la BAC pris pour cible. »

Elle se fait ensuite la porte parole de la police nationale (ce qu’elle fera, en compagnie de la procureure pendant toute l’audience) : « Je vais commencer par donner connaissance des déclarations des policiers qui sont victimes et qui permettent de mieux comprendre ce qui a pu se passer. Les policiers n’ont pas pu vous interpeller pendant ce moment de tension car ils étaient sous une pluie de projectile. Lorsque la situation était plus calme vers Bellecour et qu’ils vous ont reconnu, ils ont décidé de votre interpellation. »

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Le premier prévenu nie les faits en garde à vue. Il portait sur lui un masque de protection, un écrou , un boulon et une protection de moto.
J : « A quoi vous sert tout cet attirail pour manifester pacifiquement ? »
Pré : « Pour me protéger des violences policières. »
J : « Vous vous promenez souvent avec des écrous et des boulons ? »
Pré : « Oui comme je travaille souvent sur les chantier, j’ai ai avec moi. »
J [s’énerve] : « On passe nos samedi et nos dimanches à voir par l’intermédiaire des médias ou des réseaux sociaux, des débordements dans les manifestations et vous vous baladez avec boulons alors que des policiers en ont reçu ! Et la tenue de moto ? »
Pré : « C’était pour pas me prendre de projectiles. »
J : « Monsieur, si vous craignez les émeutes, y’a une solution très simple, c’est de ne pas venir. »
[...]
J : « Je le dis : le droit de manifester c’est une liberté fondamentale. Mais il y a une autre liberté fondamentale, c’est le droit des policiers à effectuer leur travail dans des conditions normales.. »
Pré : « Je souhaite dire que je m’excuse. Ça ne se reproduira pas. Je ne voulais pas faire de mal à la police. »
J : « Il y a eu dix ou douze policiers blessés. Qu’est ce que vous en pensez ?! Des gens qui sont obligés de se réfugier dans des commerces ?! Des commerces qui doivent fermer ?! La presse se faisait l’écho que fait que les policiers ont peur qu’un drame se produise. Du point de vue des manifestants mais aussi des policiers. Chacun doit avoir sa responsabilité individuelle. »

Prévenu 2 : « Alors vous Monsieur c’est pas un ou deux boulons c’est un sac entier que vous aviez sur vous. Vous n’aviez pas vu qu’il y était. »
Pré : « Si je savais mais je ne les ai pas enlevé. »
J : « Qu’est-ce qu’on fait avec des boulons quand on va manifester, surtout dans le contexte de tension que nous vivons. »
Pré : « Moi en aucun cas j’ai jeté les boulons. »
J : « Rappelez nous ce que vous avez fait dans la journée. »
Pré : « On est partis de Gerland où il y avait la marche en hommage aux Gilets Jaunes blessés et décédés. Puis on est remonté, mais je ne connais pas bien Lyon donc je peux pas vous dire précisément . À un moment on s’est retrouvé vers la fleur. »
J : « Donc vous n’êtes pas restés simplement sur la rive gauche. Vous êtes allés sur la Presqu’île . Les policiers disent qu’ils vous reconnaissent formellement. »
Pré : « Oui on a passé un pont. »

L’Avocat des deux flics (parties civiles) : « On aurait pu penser que les lundis se ressemblent en comparutions immédiates comme les samedi en centre ville mais ce n’est pas le cas. Ce samedi a été différent. A Lyon, la violence a été d’une nature différente. De nouveaux moyens de violence comme des cocktails Molotov, des jets de projectiles, des armements découverts sur des pseudo-manifestants comme des couteaux. Cette nouvelle violence représente des risques considérables. Désormais il y a une véritable organisation de cette violence. On retire son gilet jaune pour se fondre au milieu de la foule. On se retrouve dans de petites ruelles de Lyon. On se retrouve mêlés à tous les citoyens. »
« Je défends deux policiers qui n’ont pas étés blessés fort heureusement. D’autres l’ont été. »
« Quand on projette un boulon avec une fronde et que l’on atteint le visage le pronostic vital est engagé. »
« Je viens vous demander réparation des préjudices qui sont exclusivement moraux. »

Procureure : « Je disais tout à l’heure que c’était une audience de messages. La provocation et la violence envers les policiers ne seront pas tolérées par le Parquet de Lyon et je le sais par tout les Parquets de France. »
« Bien sûr qu’il faut manifester quand on trouve que la cause est juste. Mais la violence ne sera pas tolérée. »

Rumeurs de désapprobation dans la salle

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Proc : « Si quelqu’un a un problème on peut le régler par la voie judiciaire ! On est en audience et il faut que cette audience soit respectée ! »
« Évidemment le parquet a poursuivi et évidemment le parquet va demander à ce que vous entriez en voie de condamnation. On a des individus qui sont identifiés clairement . Votre tribunal est évidemment souverain. Mais le parquet veut faire en sorte que le message passe et soit entendu. »

Réquisitions : 9 mois avec mandat de dépôt + suspension du permis de conduire et interdiction de Lyon les week-end pendant 6 mois.

Rumeurs d’indignation dans la salle .

Défense :
« Aujourd’hui nous sommes dans une « audience spéciale gilets jaunes. »
« J’entends les déclaration des services de police. Ces comportements doivent être réprimés. Pour autant on ne peut pas taper dans le tas juste pour satisfaire les revendications d’un corps de métier. »
« Ce n’est pas le procès du mouvement social. Il faudra dépassionner les dossiers. »
« Le but de cette audience est clairement de dissuader de se rendre aux prochaines manifestations. »
« Je pense que la justice ne doit pas être le chien de garde d’un gouvernement qui ne comprend pas la colère des gens. »

Délibéré : relaxe pour les faits de violences + 3 mois de prison avec sursis pour le groupement + Interdiction de manifestation sur Lyon pendant 6 mois.

Deuxième affaire

Le prévenu suivant est un homme âgé de 56 ans. Il est poursuivi pour « Groupement en vue de.... » Il a été interpellé par des gendarmes mobiles vers Perrache, en dehors de la manifestation avec un masque de protection, un déguisement de léopard et des boulons dans son sac.

Assesseur : « Pourquoi avez-vous pris les boulons ? »
« Pour les lancer si il y avait besoin. Y’a pas longtemps des collègues ont été blessés par la police. Y’a un ami qui a pris un tir de flashball. Ça suffit que ça soit toujours les mêmes qui prennent. J’ai voulu que ça change. »
« Donc c’était destiné à la police ? »
« Oui si il le fallait. »
« Madame la greffière va noter tout ça. Et le masque ? »
« C’était pour les projectiles. Le flashball ça fait mal madame. »

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La présidente reprend la main : « Vous avez dit : « faut pas que ça soit toujours les mêmes qui ramassent ». Ça veut dire que vous comparez les policiers qui sont investis par la loi, d’un pouvoir légitime et des manifestants qui ont , certes, le droit de manifester mais qui n’ont pas le droit de faire des manifestations violentes ni de masquer leur visages. Vous ne pouvez pas les comparer ! »
Prévenu : « Exact je ne suis pas dans le même raisonnement que vous. Je regarde ce qui est juste ou non pas en fonction de ce qui est légal ou pas. Il y a beaucoup de personnes qui ont perdu une main ou un oeil, ou qui sont blessées à cause de la police. »
J : « Qui ont perdu un oeil ça c’est vous qui le dites. On est pas des journalistes. Vous parlez de vidéos qui sont sûrement sorties de leur contexte. On en sait rien et ce n’est pas notre travail. Ni le votre, vous n’êtes pas juges. »

Devant une telle ignominie, le public se met à hurler contre la Cour et à conspuer les magistrats. La litanie du mensonge et du vice se bloque d’un seul coup. Un tel retour sur terre pour les magistrats n’arrive pas souvent. Ils sont surpris puis vite outrés par la populace.

Juge [essayant de se justifier] : « Non mais ça va ! Je ne fais que dire que nous n’en savons rien. Vous n’avez pas à tenter d’intimider le tribunal. Vous n’êtes sans doute pas des familiers de la justice [1]. En audience vous devez vous taire et écouter. Le tribunal ne se laissera pas intimider ! Je déclare une suspension d’audience puisque c’est comme ça ! »

Suspension à 16h20

Reprise à 16h49 : Comme la magistrature n’est une profession particulièrement courageuse, la salle est désormais investie par 10 flics pour étouffer toute tentative de contestation de l’autorité judiciaire. Là encore, troublante situation où l’institution judiciaire protégée par une dizaine de flics, juge des affaires de violences sur... policiers. La boucle est bouclée.

Procureur : « Monsieur est aussi sympathique qu’inquiétant. Il a des réactions qui sont étonnantes comme le fait de refuser de donner son identité [2] ou de marcher en tenue léopard [3]. »
« Ce qui est le plus inquiétant est qu’il nous explique très sérieusement que ce sont des gens qu’il ne connaît pas qui ont été victimes de violences policières et que par conséquent il serait prêt à se servir des boulons sur des policiers. »
Réquisitions : 6 mois de prison + Interdiction pendant 6 mois de passer ses week-end à Lyon+ Suspension du permis de conduire

Délibéré : 6 mois de prison avec sursis + 6 mois d’interdiction de manifestations à Lyon.

Affaire n°3

Deux jeunes hommes d’une vingtaine d’années.

Les deux prévenus sont poursuivis pour la détention de pétard Bisons et pour « groupement en vue de… » Un des deux prévenus est également poursuivi pour port d’arme, en l’occurence une bombe lacrymogène. Ils ont été interpellés vers Bellecour alors qu’ils se trouvaient dans leur voiture. Un policier a simplement remarqué des emballages vides de pétard a proximité de leur véhicule.

J : « Pour comprendre ce qu’il s’est passé, le plus simple est de lire le témoignage de ce policier de la BAC. »

J : « Vous avez déclaré avoir acheté ces pétards pour des soirée entre amis. Mais nous ne somme pas le 14 juillet, ni même le nouvel an. Que faisiez vous à Lyon, en plein mois de janvier avec des pétards. »
Pré : « On venait de les acheter et on allait manger au McDo. Nous on est complètement désintéressés des Gilets Jaunes. »
J : « C’est quand même des pétards de taille respectable. On a des photos au dossier. Alors ils servaient à quoi ? Et la bombe lacrymo et la cagoule ? Et les gants coqués ? »
Pré : « À se défendre. On sait jamais, par précaution. »
J : « Ça fait beaucoup quand même quand c’est juste pour acheter des pétards et qu’on va un samedi, jour de manifestation, dans le centre ville de Lyon. »

Procureur : « Alors on a eu des personnes qui assumaient , d’autres à moitié mais alors eux ils n’assument pas du tout ! »
« C’est pas des petits pétards, on ne poursuit pas les petits pétards il faut le savoir. »
P : « Il n’est pas question de laisser le samedi après-midi, des gens mettre le désordre comme ça à Lyon ! »

Réquisitions : 6 mois de prison + 6 mois d’interdiction de Lyon pendant les week end + 6 mois de suspension de permis.

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Défense : « L’objectif des réquisitions de madame la procureur c’est de faire passer un message politique à la salle, pour leur montrer les conséquences de manifester. »
L’avocate demande la relaxe pour le « groupement en vue de » et une condamnation légère pour la bombe lacrymo.

Délibéré : relaxe pour groupement en vue de + 3 mois de prison avec sursis et 500 euros d’amende

Affaire n°4 

Deux hommes sont poursuivis pour des violences (jet de projectile ) n’ayant pas entrainé d’ITT sur des policiers. Ce sont une bouteille et deux cailloux qui auraient été lancés sur les policiers aux abords de la place des Jacobins. Ils sont aussi poursuivi pour avoir « résisté avec violence » à leur interpellation sur les quais de Saône. Trois policiers se sont constitués partie civile.

J : « Ces faits nous sont connus, et c’est le plus simple de procéder ainsi, par l’audition des policiers victimes. »
La présidente lit le témoignage des policiers (leur mission était d’interdire l’accès à la place des Jacobins).
J : « Une partie de la manifestation s’est engouffrée dans une rue étroite en direction de la place des Jacobins. Là, les policiers ont fait usage de grenades lacrymogènes pour faire reculer la foule. Les manifestants sont revenus une deuxième fois et ont jeté des projectiles. »

Les policiers ont reconnu un des deux prévenus parce qu’ils portait une veste noire avec une inscription vert fluo dessus. Ce prévenu ce serait « opposé avec force à son interpellation ».
Un des deux prévenu reconnaît avoir jeté une bouteille en verre sur les policiers.
J : « Les policiers ont pour mission que les violences et les dégradations de biens ne se propagent pas à l’hyper centre ville. C’est leur mission d’empêcher les manifestants agressif et violent de rentrer sur la place des Jacobins. C’est à ce moment là que vous jetez une bouteille en verre. Vous vous rendez compte de la dangerosité ? En Garde-à-vue, vous avez reconnu que vous vous étiez rebellé contre votre arrestation. Vous confirmez ? »
Prévenu : « Oui. »

Avocat des flics : « Ici on a à faire à une violence d’opportunité. »
« Le monopole de la force doit rester à la Loi et à ceux qui la font respecter. »
« J’ai un client qui a une ITT de 4 jours parce qu’après c’est le week-end et qu’il doit retourner travailler. Samedi prochain, il y aura besoin de toute la BAC pour que force reste à la Loi. »

Procureur : « L’interpellation a été musclée, et ce n’est pas normal que les fonctionnaire soient obligés de faire usage de la force. »
« On saute sur des policiers pour éviter des interpellations . Mais où sommes nous ! Mais où somme nous ! »
« Je veux dire à ces messieurs que pour ces faits ils encourent 5 ans de prison. »
« Comment des gens qui ont une situation stable se mettent-ils à sauter sur des policiers. »
Réquisitions : 6 mois de prison avec mandat de dépôt + interdiction de venir à Lyon le week-end pendant 6 mois.

Délibéré : 6 mois de prison + interdiction de manifester à Lyon pendant 6 mois, 400 euros de dommages et intérêts pour 2 policiers pour le premier prévenu, 800 euros de dommages et intérêts pour le second prévenu.

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Affaire n°5 

Le prévenu est poursuivi pour jet de cailloux avec un lance pierre sur un policier de la BAC. Les chefs d’inculpation sont « violences envers personne dépositaire de l’autorité publique », « groupement en vue de... » et port d’arme (le lance pierre). Le prévenu reconnaît les faits. Alors que les affrontements sont déroulés vers la place des Jacobins, l’homme a été interpellé deux heure plus tard sur l’A7. Le policier visé s’est constitué partie civile. 

Assesseur : « Vers la place des Jacobins, les policiers ont stoppé leur progression car ils se sont retrouvés sous une pluie de projectiles. »
« Le policier a pu voir que cet individu avait un sac à dos couleur marron. »
« Vous aviez un masque, vous aviez un bonnet, vous aviez un gilet jaune, vous aviez un masque de plongée, vous aviez des pétards, vous aviez un pompe de corne de brume et vous aviez également des feux d’artifices. »
« Vous traitez le policier de menteur. Mais dans votre seconde audition vous reconnaissez les faits. Qu’est ce que vous contestez ? »
Pré : « J’ai pas traité le policier de menteur. »
Ass : « Si ça c’est dans la première audition. »
Pré : « Non c’est pas sorti de ma bouche. »
L’assesseure reprend l’audition : « Ah oui bon d’accord. J’avais lu en diagonale. »

Assesseure « Qu’est ce que vous avez à dire des faits avec le recul ? »
« Je regrette profondément. J’ai fait une erreur. J’ai été influencé. »
Ass : « Par qui ? »
Pré : « Par les gens qui sont sur les groupes gilets jaunes sur Facebook. »
Ass : « Ça veut dire que si sur Facebook on vous dit qu’il faut aller poignarder un policier vous le faites ? « 

Rires dans la salle.

Ass : « Qui a rigolé ? C’est plutôt dramatique ! »
Pré : « J’ai manifesté déjà 5 ou 6 fois et ça s’était bien passé. Mais là j’ai dépassé la ligne qu’il fallait pas dépasser. »
Pré : « Je voulais pas faire de mal. Les pierres je les ai choisi exprès toutes petites. J’ai calculé les risques. En plus les policiers ils ont des casques, ils sont protégés. »
Ass. : « Monsieur sachez que parmi les policiers, il n’ y pas que des CRS équipé de casques et de boucliers, il y a aussi des policiers de la BAC, qui le sont beaucoup moins. L’avocat de la victime l’exprimera mieux que moi. »
Pré. : « Je savais pas, je pensais qu’il n’y avait que des CRS. »
Ass. : « Vous paraissez d’une naïveté effrayante monsieur ! »

Avocat des flics : « Le prévenu ne mesure pas la gravité de son comportement. Là on est dans l’inconscience absolue mais l’inconscience armée. »
« Je le répète pour l’instant nous somme chanceux mais un jour la chance tournera et il y aura un drame. »

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La procureur rebondit et défend les propos de l’avocat des flics : « Voilà pourquoi mes réquisitions ont été celles qu’elles ont été. Parce que nous ne voulons pas de drame. »
« On a des policiers qui essaient de maintenir l’ordre, pas qui s’amusent à tirer sur la foule. »

Rires dans la salle

Procureure [énervée] : « Monsieur vous sortez ! Vous êtes dans un tribunal là vous pouvez être content qu’il n’y ait pas de poursuite. »

Il sort et marmonne en sortant.

Proc. : « Rajoutez en et on prend votre identité. »
Proc. : elle revient à son réquisitoire : « Aujourd’hui monsieur est sympathique mais c’était pas pareil samedi dernier. C’est sûr que 48 h de Garde à vue ça calme ! »
« On a beau avoir un casier judiciaire vide on a des faits suffisamment graves dans le contexte actuel pour faire de la répression en conséquence. »
Réquisitions : 9 mois avec mandat de dépôt + suspension de permis et interdiction de venir à Lyon les week-end pendant 9 mois.

Délibéré : 7 mois de prison + interdiction de manifestation pendant 6 mois à Lyon + 400 euros a chacun des trois policiers pour le préjudice moral.

Affaire 6

Les deux hommes sont poursuivis pour le fameux « groupement ». Il leur est reproché d’avoir participé à la mise en place d’une barricade place des terreaux vers 20h et d’avoir enflammé une poubelle et une palette en bois.

J : « On voit sur les photos de la vidéo surveillance, un bus arrêté parce qu’il y a ces énergumènes qui ne trouvent rien de mieux à faire que de faire une barricade. Il y a la vidéo-surveillance qui nous permet de bien voir ce qu’il s’est passé avec un belle netteté des photos. »
J : « En quoi ça fait avancer le débat ? »
Prévenu : « Je dois le reconnaître, en rien du tout »
J : « Et bah voilà : en rien du tout ! »
Pré : « Je pensais pas faire de mal. Je pensais qu’on allais me traiter de lâche si je le faisais pas… Je sais plus où je voulais en venir, je suis assez stressé, excusez moi. »
« Quand les CRS arrivent, je pars, j’ai un peu peur d’eux. »

J : « Depuis le début de cette après midi j’ai l’impression qu’on ne peut pas critiquer ce qu’il se passe sur Facebook ni émettre de doute. Tout ce qui est dit sur Facebook est vrai. C’est effrayant ! »

Juge s’adressant au prévenu 2 : « Alors vous vous êtes celui qui allumez le feu avec l’aérosol. Quel a été votre rôle et pourquoi c’était si drôle ? Parce qu’on vous voit savourer de voir le feu place des terreaux . »
Pré « Je vais souvent faire des tours dans Lyon avec mon sac à dos et dedans y’a toujours mon déodorant. C’est comme les filles qui en ont un dans leur sac à main. Après je comprends pas : tout était mouillé, le feu a jamais pris. »
J : « Est ce que le conseil de monsieur pourrait lui montrer les photos ? Parce que ça a jamais pris c’est pas ce qu’on voit. »
L’avocate va chercher les photos auprès de la présidente et les montre au prévenu.
Pré : « Oui y’a du feu mais ça a pas tenu quelques minutes. »
J : « Vous pensez quoi de ce qu’il s’est passé place des terreaux ? »
Pré : « C’était stupide. »
J : « Avec les réseaux sociaux on a l’impression qu’il n’y a pas de réflexion individuelle. »

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Proc. : « On demande pas une peine pour taper sur quelqu’un mais pour rétablir l’ordre. Ce qui aurait été bien ça aurait été de dire que vous étiez prêt à indemniser le propriétaire de la poubelle. C’est le portefeuille qui parle au gens ! »
« C’est des comportements qui sont importés par des gens qui n’ont rien à voir. Parce que quand on les a devant nous, ils ne sont pas capables de nous dire pourquoi ils étaient là. »
« On poursuit des gens qui vont dégrader un bien. Ou poursuit les délits et c’est comme ça ! C’est comme ça parce que le Code pénal nous l’a dit !. »
« A partir du moment où il y a de la violence, il ne peut plus y avoir de discussion. »

Réquisition : 4 mois de prison pour les deux et un stage sur les stupéfiants pour l’un des deux.

Délibéré : 70 h de TIG pour l’un et 6 mois de prison avec sursis + interdiction de manifester à Lyon pendant 6 mois pour l’autre.

Avant dernière affaire :

L’homme est poursuivi pour... « groupement » ! Il aurait menacé les policiers de leur lancer un palet de lacrymogène. Il a été interpellé vers 16h45 vers la rue Victor Hugo.

Pré : « Je confirme ce que j’ai dit en garde à vue. »
J : « Vous pouvez mimer le geste que vous avez fait ? »
Le prévenu s’exécute.
J : « Vous n’avez pas voté aux dernières élection présidentielles vous étiez trop jeune. Je pense que même si vous n’êtes pas bien vieux, vous savez que la démocratie c’est les élections. La démocratie ce n’est pas manifester, la démocratie ce n’est pas le pouvoir de la rue. »

J : « Comment vous vous positionnez par rapport aux gilets jaunes ? »
Pré : « C’est la première fois que je vais à une manif en ville. D’habitude sur le rond point ça se passe bien. »
Pro : « Et pourquoi là ça ne s’est pas bien passé ? »
Pré : « Parce qu’ils nous ont gazé. »
Proc. : « Comme ça sauvagement ? Sans raison ? »
Pré. : « Oui, on ne pouvait aller nulle part,. Ils ne nous laissait pas passer. »
Procureure [qui s’énerve] : « Non ! Ils ne vous laissait pas passer où vous vouliez aller et où c’était interdit de passer c’est différent !. »
Proc. : « Les forces de l’ordre sont obligées, sont obligées ! , d’utiliser des gaz pour ne pas se faire déborder par des manifestants violents. »

Réquisitions : 4 mois avec sursis + interdiction de venir les week-end à Lyon pendant 6 mois.

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La juge relit le PV de contexte qui fait était d’un groupe violent vers la rue Victor Hugo : « Vous voyez, ils ne vous ont pas gazé pour rien. »

Défense : « Je vous rejoins quand vous dite que la démocratie c’est le vote. Mais pas que ! C’est aussi de manifester, de se réunir. Et tant mieux qu’à 18 ans, il ait des convictions et puisse les exprimer. »
« Vous relaxerez ce jeune de 18 ans qui va à sa première manif en ville. »

Délibéré : relaxe

Dernière affaire

L’homme est poursuivi pour « groupement en vue de... » et port d’arme en l’occurrence une matraque télescopique. Il a été interpellé par des gendarmes mobiles.

La juge commence à lire le dossier : « Vous avez reconnu que vous avez déclaré que vous étiez venu pour casser du gendarme. »
Pré : « Ah non ! Ça c’est pas vrai. »
J : » Vous l’avez dit lors de votre audition. »
Pré : « Alors c’était que j’étais sur les nerfs. Mais je le pensais pas. »
J : « Bon pour être bien clair, pour l’instant je parle et vous m’écoutez. Après je vous interrogerais. »

J : « C’est quand même inquiétant de dire ça sous le coup de l’énervement. Expliquez vous la dessus.
Pré : « J’étais sur les nerfs mais j’allais pas le faire. Vous avez vu comment ils sont équipés. j’aurais pris cher. »

La procureur requiert 4 mois de prison + interdiction de paraître à Lyon les week end pendant 6 mois.

Délibéré : 6 mois de prison avec sursis + interdiction de manifester à Lyon pendant 6 mois

Délibéré : il est 23 h : 10 policiers encadrent le public qui remplit la salle. Tous les proches, les amis, les familles des gilets jaunes sont là. Les forces de l’ordre sont équipés en anti-émeutes : boucliers, LBD, casques ainsi qu’un policier en civil.

Épilogue

Après des réquisitions toutes plus mesurées et nuancées les unes que les autres, après surtout avoir rendus tous ces verdicts [4] dans la plus complète indépendance et sans haine aucune à l’égard des manifestants, la justice considéra qu’elle avait, elle aussi, fait sa part du boulot dans le maintien de l’ordre face aux gilets jaunes, au même titre que les gendarmes mobiles, la brigade anti-criminalité et les médias de masse. Elle se leva donc et s’en alla sans autre forme de procès.

Notes

[1Encore cet même raisonnement très « macroniste » sur la foule un peu idiote guidée par ses instincts et sa bêtise versus les élites qui qui on le savoir. Encore une qui a dû voté Macron aux deux tours.

[2Il a refusé de donner son identité au début et a été trahi par son téléphone.

[3Il était habillé en Tigrou pendant la manif.

[4Aucun mandat de dépôt donc aucune mise en détention.

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  • Le 17 janvier à 21:52, par P’tit louis

    Même interrogation suite à lecture des réquisitoires...

    Je ne vois que cynisme & sadisme de personnes usant de « leurs » pouvoirs de justice sous ordonnances (circulaires inter ministérielles ou autres recommandations..) des valets en place qui préfèrent l’index sur la couture que d’être confrontés à leurs interrogations... (Vichy a fait de même)

    Vu que la chose la + commune au Gilet Jaune est la possibilité de se déplacer en automobile perso (faute d’infrastructure transport en commun ou/ réalité professionnelle ( lieux, horaires, ...)

    CE N’EST QUE DOUBLE PEINE POUR T’ENFONCER ...

  • Le 17 janvier à 12:54, par ktk

    Pouvez m’expliquer le rapport avec jugement pour émeutes et suspension de permis ?

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