Après les attaques terroristes, l’instauration de l’état d’urgence, quelle réponse des étudiant-es ?

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Contre le terrorisme, contre l’état d’urgence, contre la guerre, contre le racisme, contre l’impérialisme, contre le capitalisme : étudiant-e-s, travailleurs, nous devons aujourd’hui bien plus qu’hier encore nous réunir, nous organiser pour lutter !

Daech a massacré près de 130 personnes et fait plusieurs centaines de blessé·es vendredi 13 novembre à Saint Denis et en plein Paris. On ne peut être qu’horrifié·es et révolté·es.

Nous tenons ici à exprimer notre solidarité et nos pensées aux victimes et à leurs proches, ainsi qu’aux nombreuses victimes en Turquie des attentats et de la terreur de l’Etat turc qui vise les mouvements syndicaux, de gauche et révolutionnaire, aux victimes des attentats de Beyrouth, mais aussi de Charm el-Cheikh, en Égypte, en Tunisie, au Mali, aux innombrables victimes au Nigeria, et partout où les djihadistes tentent d’imposer par la violence et la peur leur courant de pensée réactionnaire. Nous n’oublions pas non plus les victimes du terrorisme de l’extrême-droite raciste en Norvège notamment, et aux Etats-Unis.

L’extrême-droite religieuse et l’extrême-droite raciste se répondent, et partagent la même conception du monde basée sur le choc des civilisations.

Nous condamnons toutes ces attaques terroristes ainsi que la stigmatisation et les agressions à caractère raciste qui visent notamment les musulman·es – ou considérées comme tels, ici en France. En cette période de crise, politiques et journalistes étaient déjà nombreux/ses à désigner leur ennemi, en stigmatisant et vomissant leur haine raciste envers musulman·es et les migrant·es. Ils se sentent depuis davantage autorisés à stigmatiser, à amalgamer, à contrôler, à réprimer..!

DE LA RESPONSABILITÉ DES INTERVENTIONS IMPÉRIALISTES

Dans la situation au Moyen-Orient et le développement rapide de Daech et d’autres groupes fondamentalistes, la France, aux côtés notamment des États-Unis et d’autres puissances économiques telles que la Grande Bretagne, la Russie, la Turquie, l’Iran, l’Arabie Saoudite, le Qatar, a une part de responsabilité considérable.

Les interventions militaires récurrentes n’ont jamais été là pour servir les populations ni même « lutter contre le terrorisme » mais bien pour défendre les intérêts géostratégiques et économiques (accaparement des ressources naturelles, pétrole notamment, exploitation de la main-d’œuvre à moindre coût, etc.) de ces puissances impérialistes.

L’intervention directe de la France, par exemple dans le renversement du régime libyen, (dans le but une fois encore de sécuriser les approvisionnements français en pétrole) a directement contribué à répandre de nombreuses armes dans la région et notamment auprès de groupes islamistes et a justifié finalement d’autres interventions militaires, notamment au Mali.

La France a encore une responsabilité, en tant qu’alliée indéfectible de l’État Turc (2e armée de l’OTAN), Etat qui finance et arme directement Daech, et qui bombarde les combattantes et combattants Kurdes qui luttent armes à la main au Kurdistan Syrien et Irakien. De même, en tant que cinquième plus gros exportateur mondial d’armes, la France profite largement de l’intensification des conflits à travers la planète, et notamment dans la région, en vendant rafales et autres « fleurons de l’industrie nationale » aux États et pétromonarchies parmi les plus réactionnaires dans la région (Arabie Saoudite, Qatar, etc).

Le terrorisme peut se définir par le fait de chercher à obtenir des avantages politiques, idéologiques ou économiques en imposant la peur, en visant les civils. Si le qualificatif de terroriste est légitimement attribué à Daech, ce qualificatif peut aussi très bien être appliqué aux États, qui se sont plus d’une fois attaqués à des civils dans le seul but de répandre la peur, et surtout de dissuader de leur résister (le napalm américain au Vietnam, massacre de Sétif par l’armée française, répression de l’insurrection malgache, l’usage de munitions à l’uranium appauvri en Irak, etc, la liste est interminable !). C’est par la peur en réalité qu’on nous gouverne tous les jours. La peur de ne pas avoir de boulot, la peur de le perdre, la peur de se retrouver à la rue, la peur de la police, la peur de la prison… Ce règne de la peur, ils l’appellent démocratie, économie…

D’OÙ VIENT L’ÉTAT ISLAMIQUE ?

A la fin des années 70, les États-Unis contribuent à armer des groupes islamistes pour combattre l’influence de l’URSS en Afghanistan. C’est dans ce contexte que naît Al-Qaida, d’où l’Etat islamique (EI) trouvera ses origines. L’occupation de l’Irak en 2003 par les Etats-Unis a poussé tout un pan de l’armée de Saddam Hussein, des fondamentalistes et de la bourgeoisie irakienne défaite, à rejoindre les groupes islamistes dans l’espoir de reconquérir le pouvoir.

L’EI qui se constitue lors ce conflit en Irak, s’est étendu à d’autres pays comme la Syrie.

Des groupes islamistes ont été encouragés et armés, directement ou non, par des pays européens – France en tête – et aussi les États-Unis, pour se battre contre le régime de Bachar Al-Assad. Fabius, le ministre français des affaires étrangères considère ainsi que Al Nosra (Al Qaida en Syrie) « fait du bon boulot sur place ». Mais aussi, lorsque la population se soulevait en 2011, Bachar al Assad a fait le choix de libérer des centaines de djihadistes de ses prisons dans l’objectif de confessionnaliser le conflit, diviser les manifestants et de légitimer la répression brutale du régime à leur encontre. C’est clairement le choix de la contre-révolution !

L’EI bénéficie également du soutien financier des monarchies du Golfe, alliés de la France et des Etats-Unis. Les interventions militaires des pays occidentaux ne font que semer le chaos qui constitue le terreau des mouvements djihadistes et laisse des milliers de victimes.

État d’urgence en France : un aperçu historique

La genèse de l’état d’urgence est coloniale, puisque c’est pour mater par la force le mouvement nationaliste algérien en sortant la répression de son cadre légal que ce statut a été créé. Le régime des assignations à résidence ouvre d’ailleurs la voie à l’ouverture de camps d’internements, comme ce fut le cas pendant la guerre d’Algérie. Des voix à droite et à l’extrême droite se sont exprimées pour interner tous les « fichés S ». Ce fichage concerne en fait aussi bien des djihadistes supposés, que de supporters de football, des syndicalistes, des écologistes, des militants politique. Aujourd’hui, le gouvernement envisage l’internement préventif des fichés S ! L’état d’urgence a également décrété en 2005 pour réprimer les révoltes des banlieues françaises…

A BAS L’ÉTAT D’URGENCE !

A la suite des attentats, la réponse du gouvernement a été de déclarer l’état d’urgence.

Ainsi, perquisitions « administratives » de jour comme de nuit, assignations à résidences, contrôle de la presse, instauration de couvre feu, restriction de liberté de circulation, suppression du droit de réunion, sont désormais possibles.. Les préfets ont de fait tout pouvoir. Les contrôles aux frontières ont par ailleurs été rétablis et le déploiement militaire et policier a encore été renforcé.

Plus de 2500 perquisitions ont ainsi déjà été réalisées, dont l’écrasante majorité n’a rien donné. Et déjà des centaines de témoignages relatent des perquisitions complètement arbitraires.

L’assignation à résidence peut également être délivrée par la police à toute personne dont « il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace pour la sécurité et l’ordre public ». En clair, toute personne que les renseignements et le gouvernement identifieront comme leur ennemi du moment risque de se faire enfermer à la maison ! Déjà, des dizaines de militant-e-s écologistes ont été assignés à résidence dans le but d’empêcher leur participation aux manifestations contre la COP 21. Plus de 300 personnes ont été interpellées et placées en garde à vue à Paris suite à leur participation à la manifestation interdite par la préfecture.

Au total, des centaines d’assignations à résidence ont également été délivrées, avec obligation de pointer au commissariat 3 fois par jour. Également toutes les manifestations depuis les attentats sont interdites. A Paris par exemple, malgré l’interdiction de la manifestation en solidarité avec les réfugiéEs, des centaines de manifestantEs ont tout de même fait le choix de braver l’interdiction et de défiler. Les flics n’ont pas pu les en empêcher. Mais 58 manifestants ont été identifiés par les renseignements et convoqués les jours suivants.

Ces mesures liberticides permises par l’État d’urgence ont été prolongées pour une durée de 3 mois par les parlementaires, avec les voix du Front de Gauche à l’extrême-droite, à la quasi unanimité de l’Assemblée Nationale..

On le voit, c’est un véritable État policier qui est mis en place, en soi disant réponse à ceux « qui voudraient nous empêcher d’être « libres » »… Déjà, le gouvernement annonce son intention de prolonger encore l’état d’urgence.

L’objectif en réalité est d’empêcher toute contestation sociale.

Car il n’y a aucune solution policière ou militaire à cette situation. Déjà, les attentats de janvier avaient facilité l’adoption en urgence de la loi sur le renseignement qui généralisait la surveillance de masse et conférait de nombreux nouveaux moyens aux services de renseignement.

Déjà, le plan Vigipirate était en alerte quasi maximale, et des milliers de militaires et de policiers étaient déployés dans les rues, armes de guerre à la main. Rien de tout ça n’aura empêché le massacre du 13 novembre !

Ne laissons pas le gouvernement supprimer nos libertés !

A BAS L’ « UNITÉ NATIONALE » !

L’autre réponse à ces attentats est l’intensification des bombardements en Syrie. L’État est en guerre « contre le terrorisme » – rappelons au passage que la « guerre mondiale contre le terrorisme » a déjà fait jusqu’ici plusieurs millions de victimes civiles… !-, les appels à l’unité nationale, au patriotisme, sont partout. La « France est en guerre », effectivement, et ça ne date pas d’hier !

Il n’y a pas d’unité possible avec gouvernement et patronat, qui tous les jours nous attaquent, dégradent nos conditions de vies.
Car dans cette guerre sociale permanente que nous mènent le patronat et l’État à son service, pour leurs profits il n’y a pas pour nous de répit.

Ainsi, le gouvernement PS a pu en 2015 passer en force, en utilisant 3 fois le 49-3 pour faire passer la loi Macron, attaque sans précédent. La logique est toujours la même, et se concrétise chaque jour un peu plus : TRAVAILLER PLUS, GAGNER MOINS, FERMER SA GUEULE ET PERDRE SON EMPLOI !

Contre le terrorisme, contre l’état d’urgence, contre la guerre, contre le racisme, contre l’impérialisme, contre le capitalisme : étudiant-e-s, travailleurs, nous devons aujourd’hui bien plus qu’hier encore nous réunir, nous organiser pour lutter !

Ne plus rester isolé est une impérieuse nécessité !

- Solidarité internationaliste avec les progressistes et révolutionnaires sur place (retrait du PKK de la liste des organisations terroristes de l’UE)
- Levée de l’état d’urgence !
- Solidarité avec les migrant-e-s, les réfugié-e-s, les sans papiers !
- A bas les guerres impérialistes ! Non à l’intervention française en Syrie, comme ailleurs !

Assez de mort·es pour leurs guerres !

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  • Le 15 décembre 2015 à 17:45, par

    Je comprends pas. Vous clashez les collusions d’intérêts entre le gouvernement et la bourgeoisie, dénoncez l’impérialisme de l’état pour finalement aboutir à des revendications auprès de ce même état (et des slogans). Quel est le but de cette démarche ?
    Vous parlez d’une « réponse des étudiants » mais il n’y a pas de proposition d’initiatives étudiantes, c’est plus un dialogue entre votre syndicat et le gouvernement. Et encore, un dialogue à sens unique parce qu’il y a peu de chance que l’état réponde.
    Tout ça pour dire que je trouve ça risible d’écrire « il n’y a pas d’unité possible avec gouvernement et patronat » (ce qui est vrai) pour lui demander quelque chose. S’il n’y a pas d’unité possible avec eux, on les oublie et on lutte de notre côté et ça implique de proposer des solutions qui ne nécessitent pas la participation de l’état ou du capital.
    Je n’ai pas de réponse, à ma décharge je ne me présente pas comme une organisation militante, mais je pense qu’il serait judicieux d’abandonner les revendications et de réfléchir à des actions directes dans lesquelles les étudiants, à qui et au nom de qui vous prétendez vous adressez, seraient acteurs du mouvement plutôt qu’une caution numérique à vos négociations avec l’état (ici pour le pousser à porter votre demande - qui est, si j’ai bien déduis, de retirer le PKK comme organisation terroriste des listes de l’OTAN - devant le conseil nord-atlantique, à lever l’état d’urgence et à retirer ses troupes de syrie).

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